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Et dire que les Bremainers et les soutiens de l’UE annonçaient un véritable suicide de la Grande-Bretagne en cas de départ de l’UE. Depuis, le projet peur se prend le mur de la réalité de plein fouet, et il y a fort à parier que la sortie de la période de transition, début 2021, continuera à infirmer leurs prévisions, affaiblissant plus encore une construction de plus en plus dysfonctionnelle.

Une Grande-Bretagne plus forte et plus sociale
Bien sûr, les Bremainers se raccrochent à la thèse d’une évolution de la Grande-Bretagne en « Singapour sur la Tamise  », à savoir une sortie de l’UE en mode parasite fiscal géant, alliant dérèglementation et baisse des taxes. Mais d’une part, il faut reconnaître que les britanniques font ce qu’ils souhaitent et même si une telle voie me semblerait critiquable, il ne me reviendrait pas de la remettre en cause. En sortant de l’UE, Londres a gagné en liberté et il revient aux électeurs et à leurs dirigeants de choisir leur destin. Si une telle voie est possible, à défaut d’être souhaitable, il faut aussi rappeler que l’UE comporte déjà des parasites fiscaux, en son sein, comme le Luxembourg et l’Irlande.
Ensuite, les premières décisions de Boris Johnson semblent plutôt infirmer une telle direction. Augmenter le SMIC de 6,2% et le faire passer au-dessus de celui de la France, investir massivement dans la santé (34 milliards de plus par an dans 3 ans !), ou renationaliser les autoroutes, illustrent davantage une stratégie jacobine, comme le note Alastair Crooke. Mais surtout, le lien entre sortie de l’UE et de telles politiques pourrait faire des émules. Malgré tout, il ne faut pas se faire d’illusion et il est probable que Londres jouera sa carte crânement jusqu’à faire le parasite dans certains domaines, si cela sert son intérêt national, car le pays et Boris Johnson sont pragmatiques, au-delà du virage social.
En fait, débarrassée du cadre inhibiteur de l’UE, Londres va simplement défendre ses intérêts. Et, chose que les Bremainers refusent de voir, à leur propre péril argumentatoire, c’est que ce sont les britanniques qui sont en position de force avec l’UE. En effet, ils ont acheté pour 265 milliards d’euros de produits à l’UE, qui ne leur en achète que pour 172 milliards. Toute réduction des échanges serait au détriment de l’UE et on constate que les avertissements de Londres ont trouvé une oreille très attentive à Berlin, qui lui vend des centaines de milliers de voitures tous les ans. Autant dire que les avertissements de Michel Barnier sont une comédie qui sera effacée par les intérêts commerciaux allemands.
Ce faisant, la séquence politique est désastreuse pour l’UE. D’abord, Londres a démontré la réversibilité de l’adhésion à l’UE, qui semblait irréversible auparavant, fragilisant un de ses ressorts les plus solides. Puis, les prévisions cataclysmiques des Bremainers ne se réalisent pas et, au contraire, le Royaume Uni va bien, Boris Johnson offrant même un virage plus social aux électeurs du Brexit, qui se traduit très concrètement. Et si Teresa May avait laissé le beau rôle à l’UE dans les négociations, maintenant, c’est Londres qui montre sa force et Bruxelles sa désunion et ses contradictions. Pire, la sortie de Londres réouvre des discussions budgétaires périlleuses, certains pays refusant de payer plus.
Bref, le Brexit est bien le début de la fin pour l’UE. Du moment que Downing Street est vraiment prêt à une absence d’accord plutôt qu’à un mauvais accord, la faiblesse congénitale de cette construction monstrueuse en devient extraordinairement claire. Londres offre une nouvelle démonstration de tout ce qui ne va pas avec l’UE. Et à terme, même si cela prend du temps, cela sera mortel pour l’UE.

Source : Profession Gendarme

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