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© AFP 2021 CHRISTOPHE SIMON

Qu’ils soient antivax ou vaccinés par un sérum non reconnu par l’UE, plusieurs milliers de soignants ne répondent pas à l’obligation imposée par l’exécutif. Ils crient leur colère. Reportage.

Pour des milliers de soignants, ce 15 septembre risque de marquer la fin d’une vocation. Alors que l’obligation vaccinale contre le Covid-19 est entrée en vigueur, ils étaient 11% à l’hôpital, 5% chez les libéraux, 10% chez les ambulanciers et 15% chez les aides à domicile à ne pas avoir reçu de première dose, selon la direction générale de la Santé.

​Gabriel Attal voit un motif de satisfaction dans ces chiffres: «L’incitation a porté ses fruits: nous sommes passés de 64% des soignants vaccinés en juillet à plus de neuf sur dix aujourd’hui.» Au passage, le porte-parole du gouvernemental en a profité pour saluer «l’immense majorité des soignants» qui «a fait le choix de la responsabilité et [de] l’immunité collective».

Pourtant, certains récalcitrants sont résolus à ne pas plier face à cette injonction du gouvernement.

Une minorité de non-vaccinés

C’est le cas de Julie, une assistante sociale exerçant dans un hôpital de l’Essonne, qui manifestait devant le ministère de la Santé le 14 septembre. Pour elle, il est hors de question de passer par la case piqûre, quitte à «se passer de salaire pendant plusieurs mois et se retrouver dans la rue».

«Je suis convaincue d’avoir raison. […] Donc, non, on ne m’aura pas, jamais ! Je préfère être suspendue que de me faire vacciner», expliquait-elle au micro de Sputnik.

Et pour cause, selon la loi du 5 août relative à la gestion de la crise sanitaire, ceux qui ne peuvent justifier d’une première injection, d’une contre-indication vaccinale ou d’une contamination récente «ne peuvent plus exercer leur activité». Le temps de se mettre en règle. D’autres, à l’image de Pascale, une syndicaliste, ont décidé d’intenter des actions en justice afin de faire valoir leurs droits, plutôt que de recevoir une injection.

Certes, l’obligation vaccinale révolte une minorité de professionnels de santé. Mais elle provoque également des situations pour le moins ubuesques. Véronique peut en témoigner. Infirmière vacataire dans deux hôpitaux en région parisienne, elle travaille pour International SOS. Cette mère de famille partage donc son temps entre la France et la Chine. L’injonction vaccinale a transformé sa vie en cauchemar.

Impossibilité de travailler car vaccinée au Sinopharm

Bloquée plus de neuf mois en Chine, elle en a profité pour recevoir deux doses du vaccin Sinopharm. Mal lui en a pris! En effet, le sérum développé par l’empire du Milieu n’a pas reçu le blanc-seing de l’Agence européenne du médicament (EMA). Et ce alors que l’OMS l’a adoubé!

«Les hôpitaux refusent que je travaille alors que j’ai un carnet vaccinal complet. J’ai même dit que je pouvais faire des tests antigéniques ou PCR pour ma vacation. On a refusé parce qu’il faut à tout prix que je sois vaccinée avec Pfizer, Moderna ou Janssen», relate l’infirmière.

«C’est scandaleux», fulmine Véronique. Alors, pour éviter de se retrouver sans rémunération, la vacataire vient de recevoir une autre injection d’un vaccin, cette fois reconnu par l’EMA.

«Il n’y a rien de médical là-dedans! On m’a forcée à subir une troisième injection. Je suis furieuse de devoir m’incliner pour pouvoir travailler. Il n’y avait pas de raison de faire une troisième injection. Même le médecin était étonné. J’espère qu’il ne m’arrivera rien», s’angoisse notre interlocutrice.

Une situation qui lui fait dire qu’il serait «plus intelligent de reconnaître tous les vaccins». Ce qui aurait pour avantage «de laisser le choix du vaccin aux personnes», estime-t-elle.

Vers des problèmes dans les services?

«Les politiques devraient cesser de s’improviser médecins et respecter le personnel soignant», tonne l’infirmière.

«Il y a un an, on nous applaudissait à vingt heures. “Ils” ont la mémoire courte. Je connais plein de médecins qui ont été contaminés par le Covid. Il y a des collègues qui sont décédés. Tout ça parce qu’il y avait un manque de matériel. Aujourd’hui, on nous poignarde dans le dos. C’est ridicule. C’est honteux!»

Disposant désormais d’un schéma vaccinal complet, la voilà en mesure de reprendre son activité. Cependant, le cœur n’y est plus: «Je n’ai pas envie de retourner à l’hôpital.» Or, dans un système de santé déjà en tension par manque de personnel, la moindre réduction des effectifs peut mettre en péril certains services.

Frédéric Valletoux préside le conseil de direction de la Fédération hospitalière de France. Il s’est épanché dans les colonnes de Ouest-France: «Si, dans un hôpital, plusieurs personnes sont non vaccinées, et donc absentes, jusqu’à déstabiliser l’activité d’un service, l’hôpital s’ajustera, “reventilera” du personnel, voire déprogrammera les opérations les moins urgentes.»

Les malades «reprogrammés» apprécieront…

Source : Sputnik Société

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