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© AFP 2021 CHRISTOPHE ARCHAMBAULT

Quelques jours après la rentrée, le constat sanitaire est sans appel: le nombre de classes fermées a explosé. Or la situation risque de s’aggraver, malgré l’amélioration des indicateurs épidémiologiques.

Les parents d’élèves le redoutaient… Et ils avaient raison! Une semaine et demie après la rentrée, les fermetures de classes se multiplient à vitesse grand V. Dans un entretien donné au Parisien, Jean-Michel Blanquer a annoncé qu’un peu plus de 3.000 classes sont désormais fermées en France pour cause de Covid-19. Une hausse spectaculaire, en comparaison des 545 fermetures annoncées par le ministre il y a une semaine à peine, le 7 septembre. Cela représente «à peine plus de 0,5% des 540.000 classes du pays», a toutefois relativisé le pensionnaire de l’hôtel de Rochechouart.

Néanmoins cette proportion pourrait être plus importante. En effet, le protocole sanitaire qui veut qu’un enfant testé positif entraîne une fermeture de classe pendant sept jours ne s’applique qu’aux écoles maternelles et primaires. Soit un peu moins de 300.000 classes. Au collège et au lycée, en cas de contamination, seuls les élèves cas contacts qui ne sont pas vaccinés ou immunisés doivent s’isoler une semaine.

Il n’empêche, Jean-Michel Blanquer s’est voulu rassurant: «Nous nous attendons à ce que cela augmente ces prochains jours puis se stabilise, avant de redescendre, si cela suit la courbe que nous avons eue à chaque retour de vacances. C’est aussi ce schéma que l’on constate à la Réunion, où la rentrée a eu lieu deux semaines avant la métropole», a-t-il poursuivi.

Un optimisme que ne partage toutefois pas le docteur Alexis Hautemanière, médecin épidémiologiste et hygiéniste. Si le spécialiste convient qu’effectivement «une épidémie a toujours une phase exponentielle et une phase de décroissance», reste que «l’on ne connaît pas le laps de temps entre celles-ci». D’autant plus que l’épidémiologiste craint que le variant Delta, «au regard de ce qui s’est passé aux Antilles, entraîne une hausse des hospitalisations chez les tout-petits», du fait que les 0-12 ans ne sont pas vaccinés.

Taux d’incidence en baisse

Ainsi, dans une tribune publiée dans Le Monde, des médecins et des enseignants s’inquiétaient: «En France, au cours de l’année écoulée, 1,2 % des 0-9 ans testés positifs ont été hospitalisés et le nombre d’hospitalisations est aujourd’hui le double de celui de l’année dernière à la même date, celui des 10-19 ans, le quadruple.» Néanmoins, leur nombre tend à légèrement s’infléchir. Selon les données de Santé publique France, au 7 septembre, 67 enfants de 0 à 9 ans étaient hospitalisés, contre 78 fin août.

De plus, le taux d’incidence semble lui aussi diminuer: chez les 0-9 ans, il est passé de 132 pour 100.000 la semaine du 20 au 26 août, à 110, la semaine du 3 au 7 septembre. Alors qu’en semaine 35, le taux de dépistage a augmenté chez les 0-2 ans (619 pour 100.000 habitants, soit +4%) et les 3-5 ans (869, +10%). Et s’est stabilisé chez les 6-10 ans (1.527, -2%).

Capture d’écran site CovidTracker – Taux d’incidence du Covid-19 en fonction de l’âge (Nombre de cas positifs pour 100.000 habitants sur une période de 7 jours) // © Photo / CovidTracker

La hausse du nombre de classes fermées serait-elle donc due au protocole sanitaire dans les écoles? Rien n’est moins sûr, à en croire le docteur Hautemanière.

«Certes, avant c’était une hérésie folle. Il fallait attendre trois cas pour fermer une classe. Quand vous renforcez les mesures comme on a fait, vous avez toujours un effet d’amplification. Mais, au-delà du problème des fermetures de classe, aujourd’hui on voit beaucoup d’enfants malades», affirme le médecin.

D’ailleurs ce protocole pourrait avoir des effets bénéfiques sur la courbe des contaminations, à l’image des fermetures de classes au mois d’avril dernier qui avaient entraîné une chute du taux d’incidence.

«On en revient toujours à la même problématique dans toute épidémie, et celle-là en particulier: la nécessité de réduire les contacts interindividuels. Dès lors que vous allez fermer des classes, vous allez limiter les contacts entre les enfants et donc limiter la prolifération», plaide le docteur Hautemanière.

Cependant, selon le spécialiste, il faudrait envisager la vaccination «au moins des 3-11 ans» afin de maîtriser l’épidémie. «Il faut que rapidement les autorités sanitaires et les laboratoires nous donnent, en toute sécurité, l’autorisation de vacciner cette tranche d’âge», plaide le docteur Hautemanière.

Une éventualité qui est, pour le moment, loin de faire l’unanimité.

Source : Sputnik Société

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