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La chute du Mao Zedong face au Benjamin Franklin a-t-elle été planifiée par la Banque centrale de Chine et est-elle le prélude à une guerre des monnaies ? (illustration).-Source: Reuters

Le yuan a connu sa dépréciation la plus brutale depuis une dizaine d’années, provoquant une onde de choc mondiale. Les Etats-Unis crient à la manipulation des cours. L’Europe pourrait être une victime collatérale en cas de guerre des monnaies.

Le 5 août, le yuan a chuté à son plus bas niveau depuis neuf ans face au billet vert franchissant le seuil symbolique de 7 yuans pour un dollar. Sur le marché offshore, la monnaie chinoise s’échangeait peu avant 10h locales (02h GMT) à 7,0203 pour un dollar, en repli de 1,15% par rapport au 2 août, son niveau le plus faible depuis 2010.

Cette chute spectaculaire répond à l’annonce, trois jours plus tôt, par Donald Trump, de son intention d’étendre des droits de douane supplémentaires à la quasi-totalité des importations en provenance de Chine à compter du 1er septembre. La dernière mesure concernerait 300 milliards de dollars d’exportations chinoises, jusque-là épargnées, et qui seraient désormais surtaxées à hauteur de 10%. Le président des Etats-Unis a depuis prévenu qu’il pourrait augmenter ces surtaxes si Pékin n’acceptait pas les exigences américaines, évoquant la possibilité d’aller «bien au-delà de 25%».

Dès le 5 août les Etats-Unis ont accusé officiellement Pékin de manipuler sa monnaie. Ce dont s’est défendu le lendemain la Banque centrale chinoise déclarant dans un communiqué : «La partie américaine n’a pas tenu compte des faits et a qualifié de manière déraisonnable la Chine de manipulateur de monnaie.»

La veille, jour de la chute brutale du yuan, le patron de la Banque centrale chinoise Yi Gang, avait assuré que la Chine «ne s’engagera[it] pas dans une dévaluation compétitive [et] n’utilisera[it] pas le taux de change […] pour faire face aux problèmes extérieurs comme les différends commerciaux.» Yi Gang avait aussi affirmé que la Banque centrale chinoise s’était engagée à «maintenir un taux de change du yuan à un niveau raisonnable et stable».

Pourtant, certains économistes affirment que la chute du yuan est largement dirigée par la Banque centrale de Chine. Cité par l’AFP, Bo Zhuang, économiste au cabinet d’études TS Lombard basé à Londres, estime que la baisse brutale du yuan est «le résultat évident d’une intervention active», et qu’elle a pour but de favoriser les exportations chinoises et d’atténuer l’impact de la hausse des droits de douane américains sur les produits chinois.

Une réponse à la hausse des tarifs douaniers

D’autres analystes font remarquer que même une forte dépréciation du yuan ne permettrait pas de compenser totalement l’impact des douanes. Une forte dépréciation du yuan pourrait aussi renchérir les importations stratégiques d’énergie de la Chine, alors que Pékin cherche depuis 2015 à stabiliser sa monnaie.

Mais, à l’approche, le 1er octobre prochain, du 70e anniversaire de la création de la République populaire de Chine, la stabilité demeure la priorité des autorités et un consensus des économistes penche pour une limite à la baisse du yuan.

«La plupart des gens ne pensaient pas que les Chinois utiliseraient l’arme de la monnaie et ils l’ont utilisée, chirurgicalement », analyse Stephen Roach, chercheur à l’université Yale, cité par l’agence Bloomberg, à propos de la baisse du yuan.

Nasdaq, S&P 500 et DJIA chutent

Le trou d’air de la monnaie chinoise a été suivi d’une forte chute des principaux indices de la Bourse de New York. Le doyen des indices et le plus regardé, le Dow Jones Industrial Average, se repliait de 2,14% à 25 918,96 points aux alentours de 15h GMT. Au même moment, le Nasdaq, qui scrute les valeurs technologiques, lâchait 2,88% après avoir brièvement perdu plus de 3%. L’indice élargi S&P 500 a, lui, perdu 2,22% à 2.867,10 points.

Wall Street avait déjà terminé en baisse à la fin d’une semaine, marquée par la montée des tensions entre Pékin et Washington. Le Nasdaq et le S&P 500 avaient encaissé leur pire repli hebdomadaire de l’année. Pour Jack Ablin analyse chez le conseil financier américain Cresset Wealth Advisors : «Ce recul témoigne du fait qu’un accord commercial au cours du prochain trimestre n’est sans doute pas à l’ordre du jour. Cela prouve que les deux parties sont vraiment éloignées».

Les Bourses européennes n’ont pas été épargnées. Le CAC a perdu a perdu plus de 5% entre l’annonce par Donald Trump de nouveaux tarifs contre les importations chinoises et la baisse du yuan chutant le 5 au soir à son plus bas niveau depuis 13 mois. Le ralentissement de l’activité mondiale a un fort impact sur la croissance déjà atone en Europe, notamment dans la zone euro où les dernières prévisions pour l’année 2019 ont baissé à 1,2%, en attendant de nouvelles dégradations de plus en plus probables à la rentrée.

Mais si le conflit commercial entre Washington et Pékin s’étendait à une guerre des monnaies, cela pourrait être très dangereux pour la monnaie unique et les Etats de l’Union européenne (UE) qui l’ont choisie. « Le risque est que les Etats-Unis soient tentés de déprécier leur devise, d’autant plus que Donald Trump réclame cela depuis des mois à la Fed, la banque centrale américaine », explique Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG (Institut d’économie scientifique et de gestion) interviewé le 5 août par Le Figaro.

«Nous risquons d’être les dindons de la farce», redoute Eric Dor, car selon lui : « Si une guerre des monnaies est déclarée et qu’une sorte de partie de ping-pong s’installe, avec des dépréciations successives du yuan et du dollar, l’euro s’appréciera face à ces devises. Ce serait une mauvaise nouvelle pour la Banque centrale européenne[BCE]». Le chercheur remarque que les taux directeurs européens sont historiquement bas, pour certains négatifs et que la BCE ne dispose plus vraiment d’outils pour suivre et empêcher une éventuelle baisse de l’inflation déjà très basse, un risque de choc économique majeur.

Source : RT Economie

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