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La chancelière allemande Angela Merkel à côté d'une Mercedes Vision EQS sur le stand de Daimler lors de l'ouverture officielle du Salon international de l'auto (IAA) à Francfort-sur-le-Main, dans l'ouest de l'Allemagne, le 12 septembre 2019 (illustration). - Source: AFP

A moins d’un mois de la sortie prévue du Royaume-Uni de l’Union européenne, avec une perspective de rupture sans accord, c’est malgré tout le fort ralentissement de l’économie allemande qui inquiète le plus Paris.

«Nous sommes plus préoccupés par l’Allemagne que par le Brexit. Nous sommes beaucoup plus exposés à l’Allemagne», déclarait un «haut responsable du ministère des Finances français» cité par l’agence Reuters dans une dépêche fin septembre. Et en effet, l’Allemagne, qui a elle seule représente bon an, mal an 17% du commerce extérieur de la France est son premier partenaire économique, loin devant le Royaume-Uni (6e en 2018) qui n’en représente que 5%.

Certes, ces chiffres sont à nuancer, dans la mesure ou le commerce avec l’Allemagne est déficitaire pour la France, alors qu’elle dégage un excédent dans ses échanges avec le Royaume-Uni. Mais l’enjeu n’est pas le même. Selon les chiffres du ministère des Affaires étrangères, en 2018, la France exportait pour 70,5 milliards d’euros de biens en Allemagne, contre 32 milliards au Royaume-Uni.

Or le moteur de l’économie européenne est largement en panne. En 2019, Berlin a déjà connu deux trimestres de recul de son activité, et sur l’ensemble de l’année, les instituts allemands ont revu à la baisse leurs prévisions n’anticipant plus que 0,5% de croissance du produit intérieur brut (PIB). En 2020, ils prévoient un léger redressement à 1%, mais à condition que Londres et Bruxelles parviennent à un accord de sortie, sans quoi l’Allemagne continuerait de stagner à un demi-point de croissance.

Dans une note d’analyse publiée le 1er octobre, que s’est procurée RT France, les économistes basés à Londres de Credit Suisse vont jusqu’à appeler l’Allemagne, «l’homme malade de l’Europe». Ils relèvent que depuis 2017, l’Allemagne est, au sein de la zone euro, l’économie qui a connu la plus forte baisse de son rythme de croissance. Ils notent aussi que c’est en Allemagne que l’indice de confiance de l’industrie est le plus faible.

«L’homme malade de l’Europe»

Particulièrement affectée par la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, la production de l’industrie automobile, fleuron de la deuxième puissance exportatrice mondiale après la Chine, a connu en 2019 un recul de près 20% par rapport à 2018. Une nouvelle inquiétante pour les équipementiers français, Faurecia et Valeo en tête. A lui seul Volkswagen plus gros client du premier, représente 19% de ses ventes, tandis que les clients allemands représentent 31% des ventes du second. D’ailleurs, depuis la mi-2018, les cours des actions Faurecia et Valeo ont chuté de près de 50%.

Autant dire qu’une persistance de l’Allemagne dans une situation de quasi-stagnation économique ne pourrait avoir que des conséquences néfastes pour la France. Citée dans la même dépêche de Reuters déjà mentionnée, une seconde source à Bercy affirme : «Il est important de prendre des mesures préventives avant qu’il ne soit trop tard et de ne pas réagir une fois qu’une crise s’est installée.» Une autre manière de dire que l’Allemagne, qui a fait de la rigueur budgétaire la priorité de sa politique économique, devrait desserrer les cordons de bourse pour stimuler l’activité économique à domicile et en Europe.

Mais, il faudrait pour cela revenir sur les engagements d’équilibre financier, sur lesquels repose, en grande partie, la Grosse Koalition rassemblant les sociaux-démocrates du SPD et les deux branches, CDU et CSU, de la démocratie chrétienne en Allemagne.

Le Brexit, même sans accord inquiète beaucoup moins. Hormis quelques petites entreprises, les entreprises françaises sont largement préparées au Brexit, selon le ministère des Finances. Les exportations vers la Grande-Bretagne ont même atteint un record en mars, juste avant la première échéance du Brexit, les entreprises britanniques stockant des marchandises pour parer à d’éventuelles pénuries futures.

Il représente même des opportunités, si l’on en croit François Villeroy de Galhau, directeur de la Banque de France. Interviewé par RTL le 18 septembre, il affirmait qu’une cinquantaine de sociétés financières précédemment basées à Londres s’étaient déjà installées à Paris, créant 2 000 emplois.

Jean-François Guélain

Source : RT Economie

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