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Le directeur général du géant allemand de la chimie Bayer, Werner Baumann, prononce un discours lors de l'assemblée générale annuelle du groupe à Bonn, en Allemagne, le 26 avril.-Source: AFP

Avec près de 13 400 plaintes contre les désherbants du groupe américain Monsanto, qu’il a racheté en 2018, l’allemand Bayer fait face à un risque juridique énorme. Sa valeur en bourse a chuté de 40% et la direction est sous pression.

Le 26 avril restera une journée à marquer d’une pierre noire pour Werner Baumann, PDG du groupe pharmaceutique allemand Bayer. Lors de l’assemblée annuelle des actionnaires à Bonn, ces derniers ont voté à 55,5% contre les «actions du directoire». Une première dans l’histoire du groupe. L’année précédente, ils les avaient approuvées à 97%. Mais depuis, le cours de l’action de l’inventeur de l’aspirine a chuté de près de 40%, effaçant plus de 30 milliards d’euros de capitalisation boursière.

Les résultats du groupe ne sont pas en cause. Certes, le résultat net par action a chuté à 1,8 euros après une année 2017 exceptionnelle à 8,41 euros, mais le chiffre d’affaires a progressé de 13%. En revanche, les mauvaises nouvelles se sont accumulées sur le front judiciaire depuis la finalisation, en juin 2018 du rachat du semencier et producteur de produits phytosanitaires américain Monsanto pour 63 milliards de dollars (environ 54 milliards d’euros au moment de la transaction).

Dès août 2018, un tribunal californien a estimé que le désherbant phare de Monsanto, le Roundup, avait été un «facteur substantiel» dans le développement du cancer dont souffre Dewayne Johnson, un jardinier de 40 ans. Le groupe allemand a été condamné à une amende de 289 millions de dollars ramenés finalement à 78 millions (66,6 millions d’euros) et a fait appel.

La somme peut paraître dérisoire par rapport aux quelque 39 milliards d’euros de chiffre d’affaires réalisé en 2018 par Bayer. Mais lors de l’assemblée générale des actionnaires, Werner Baumann a reconnu que le groupe faisait face à 13 400 plaintes enregistrées aux Etats-Unis et liées à la présence de glyphosate dans ses produits. Le PDG de Bayer a toutefois souligné qu’à ce jour, le groupe n’avait fait l’objet que de deux condamnations en première instance, contre lesquelles il s’est pourvu en appel.

Dès 2015, l’OMS déclare le glyphosate cancérigène probable

Mais la question de la responsabilité du glyphosate contenu dans les produits Monsanto, portant aujourd’hui la marque Bayer, est devenue un phénomène mondial. En France, par exemple, deux procès ont été intentés à Monsanto par les agriculteurs Paul François et Jean-Claude Tierlet.

Dès 2015, le Centre international de recherche sur le cancer, dépendant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a jugé «probablement cancérigène» le glyphosate. Chez Bayer, on répond que plusieurs centaines d’études scientifiques démontrent le contraire. Mais cette affirmation est fortement fragilisée par les Monsanto Papers, révélations datant de 2017 et selon lesquelles un grand nombre de ces études auraient été produites par des chercheurs de Monsanto et contresignées par des scientifiques extérieurs au groupe pour leur donner l’apparence d’une expertise indépendante.

Pour la direction de Bayer, l’achat de Monsanto demeure un choix stratégique pertinent. Dans sa documentation le groupe allemand explique que «la croissance démographique et la dégradation de l’environnement sont les plus grandes menaces pour l’humanité [et que] plus que jamais, le monde a besoin de solutions agricoles modernes et innovantes».

Se référant à des données de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, Bayer avance aussi que d’ici 2050, la population mondiale devrait atteindre 10 milliards d’habitants, générant une hausse de 50% des besoins alimentaires et en biocarburant, alors qu’en raison du changement climatique, la superficie des terres agricoles par habitant devrait baisser à 16 hectares, contre 52 en 1950. Ces projections justifieraient l’achat d’un spécialiste des biotechnologies capable d’offrir des solutions à cette raréfaction des terres agricoles et à l’augmentation des besoins en alimentation.

Un endettement qui menace la stabilité financière du groupe

Mais les actionnaires s’alarment de constater que la valeur du groupe Bayer est aujourd’hui à peine supérieure à la somme dépensée pour racheter Monsanto, ce qui fait peser sur le groupe la menace d’un endettement difficilement soutenable.

Enfin, on peut légitimement se demander si la vente du groupe américain Monsanto à Bayer ne modifiera pas l’attitude de la justice américaine vis-à-vis des plaignants. A cet égard, difficile d’oublier que dans l’affaire du Dieselgate, Volkswagen a été condamné aux Etats-Unis en 2017 à l’équivalent de 3,6 milliards d’euros d’amendes, auxquels s’ajoutaient des arrangement avec la justice sur le rachat ou la mise aux normes de 475 000 véhicules pour un coût de plus de 12 milliards d’euros. Son concurrent américain, General Motors, n’avait payé que 900 millions de dollars pour un défaut dans la construction d’airbags, réputé avoir coûté la vie à plus de 100 personnes.

Source : RT Economie

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