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Dans la région de Soissons, dans les Hauts-de-France, des gardiens de la paix ont pris l’habitude d’aller notifier les interdictions de manifester directement au domicile des Gilets jaunes. Une méthode qualifiée de «tentative d’intimidation» et de «coup de pression» par l’ancien syndicaliste Karim Boudjema.

«Je suis dans un pays démocratique. En venant à mon domicile, c’est ma liberté d’opinion qu’on essaie d’atteindre.»

Karim Boudjema est en colère. Cet ancien syndicaliste, connu pour son activité dans la région de Soissons (Hauts-de-France), a récemment reçu une visite… un peu spéciale. Comme le relate L’Union et Le Courrier picard, Karim Boudjema, qui se définit comme «sympathisant de la cause des Gilets jaunes» s’est vu notifier à son domicile, par deux policiers, un arrêté d’interdiction de manifester pris par le préfet. Le syndicaliste a dû signer un papier tendu par ces «deux policiers très courtois». Une manœuvre qu’il a qualifiée de «tentative d’intimidation» et de «coup de pression».

L’administrateur de la page Facebook «infos Gilets jaunes Soissons» comprend d’autant moins cette démarche qu’il assure, précise Le Courrier picard, n’avoir jamais enjoint à enfreindre la loi:

«Jamais je n’appelle à troubler l’ordre public et surtout, en dehors du 17 et 24 novembre et d’une fois cet été, je ne manifeste pas à Soissons et je ne porte jamais le gilet jaune.»

Karim Boudjema n’est pas un cas isolé. D’autres sympathisants du mouvement des Gilets jaunes ont reçu le même type de visite des forces de l’ordre. Ces dernières se défendent de toute volonté de mettre «la pression», comme l’explique le commissaire de police Emmanuel Libeyre, qui est derrière cette initiative:

«On fait cela pour que l’information circule dans la communauté des Gilets jaunes. Ce n’est pas une sanction, c’est la notification d’une décision administrative. Quand il y a des organisateurs déclarés de manifestations, on les convoque pour leur notifier l’interdiction. Pour les Gilets jaunes, il n’y en a pas, donc on s’adresse à des gens qui sont régulièrement sur les ronds-points. Comme la plupart d’entre eux sont beaucoup sur les réseaux sociaux, ils peuvent la relayer», a déclaré le policier dans des propos repris par Le Courrier Picard.

«Selon le patron des policiers, trois ou quatre personnes différentes se voient notifier les interdictions de manifester chaque semaine. Cela vient en complément de l’affichage des arrêtés préfectoraux sur les ronds-points et de leur diffusion dans la presse», explique le quotidien du nord.

Ce n’est pas la première fois que des sympathisants des Gilets jaunes dénoncent ce qu’ils considèrent comme une pression des autorités. Récemment invité dans les studios de Sputnik France, Jérôme Rodrigues, une des figures du mouvement, dénonçait ce qu’il considère comme une «énorme dérive autoritaire du pouvoir en place»:

«On le voit et on le vit. Je me suis retrouvé en garde à vue pendant 12 heures le 14 juillet lors de la fête nationale, alors que j’allais voir un défilé militaire. Je me suis retrouvé privé de mes libertés, tout cela pour un classement sans suite. C’est arrivé aussi à des journalistes. […] On veut leur enlever leur liberté de parole. Et je l’ai dit dès le début du mouvement, le gouvernement essaie de faire taire le peuple. Et maintenant, il fait la même chose avec les journalistes. La dérive totalitaire est bien présente.»

Même son de cloche du côté de l’avocat et porte-parole des Gilets jaunes à Rouen, François Boulo. Selon lui, l’attitude des autorités envers le mouvement explique en grande partie la baisse de fréquentation observée dans les cortèges:

«Il y a eu une répression policière et judiciaire qui s’est abattue sur le mouvement des Gilets jaunes à l’initiative du gouvernement. Tout ceci avait pour objectif de briser les gens, psychologiquement et physiquement. Je vous rappelle qu’il y a eu 25 mutilés et cinq mains arrachés. Sans parler des très nombreuses gardes à vue, dont certaines faisaient suite à des interpellations préventives. C’est-à-dire que l’on a mis des gens en garde à vue qui n’avaient strictement rien fait. Certains avaient eu le malheur d’avoir un gilet jaune dans leur voiture. Des consignes illégales ont été données par le parquet de Paris pour maintenir des individus en garde à vue quand bien même les dossiers étaient totalement vides. C’est même arrivé à des journalistes. Tout cela a créé une cassure psychologique et physique et surtout beaucoup de peur.»

Source : Sputnik France

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