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Des policiers devant l’Assemblée nationale, le samedi 9 février, non loin du lieu où le manifestant a été grièvement blessé. (MICHEL STOUPAK / AFP)

Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour déterminer les causes de la blessure.

Les images, difficilement soutenables, ont fait le tour des réseaux sociaux. Un manifestant a été très grièvement blessé à la main et plus légèrement au visage, samedi 9 février à Paris, devant l’Assemblée nationale. D’après la préfecture, cet homme a eu « quatre doigts arrachés ».

Voici ce que nous savons de ce nouveau blessé lors du 13e samedi de mobilisation des « gilets jaunes ».

Que s’est-il passé ?

La scène s’est déroulée samedi à Paris, autour de 13 heures. Le cortège parisien se trouvait alors à hauteur de l’Assemblée nationale. Selon la préfecture de police, l’homme a été blessé « au moment d’une intervention des forces de l’ordre alors que des manifestants tentaient de pénétrer dans l’Assemblée nationale ». « Des black blocs ont commencé à forcer la palissade de l’Assemblée, c’est à ce moment que les CRS ont commencé à charger », raconte à franceinfo Cyprien Royer, qui se trouvait parmi les manifestants. La victime ne faisait que « regarder » les événements à ce moment précis, ajoute-t-il. D’après ce témoin, une grenade a alors été lancée par les forces de l’ordre.

« Les gendarmes se sont déplacés pour protéger les grilles et se sont retrouvés, à un moment, encerclés face à une foule très hostile et ils ont voulu se désencercler », a relaté le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, sur France Inter et franceinfo. « La grenade a rebondi vers lui, il s’est penché dans le but la repousser pour qu’elle n’explose pas entre ses jambes. C’est quand il a approché sa main, à quelques centimètres de la grenade, qu’elle a explosé », poursuit Cyprien Royer. L’agence de presse russe Ruptly a filmé la scène.

Qui est l’homme blessé ?

Dans la presse, l’homme a été présenté comme « un photographe ‘gilets jaunes’ », prenant en photo les manifestants qui s’en prenaient aux palissades. « Je ne sais pas si c’est vraiment un photographe, tout ce que je peux dire c’est que c’était bien un ‘gilet jaune’ », explique à franceinfo Cyprien Royer, qui a rencontré la victime dans le cortège parisien. D’après ce témoin, l’homme est originaire du Val-d’Oise. Il est âgé d’une trentaine d’années, selon les pompiers.

Dans quel état se trouve-t-il ?

Cyprien Royer raconte avoir ensuite écarté la victime de la foule avec d’autres manifestants et avoir appelé les « street medics », qui prennent en charge les « gilets jaunes » blessés. « Il a retiré ce qu’il restait de son gant et il a découvert sa main complètement arrachée. Il hurlait, c’était terrible », se rappelle Cyprien Royer. Des images – difficilement soutenables et que franceinfo a décidé de ne pas relayer – diffusées par la chaîne russe RT, montrent sa blessure et sa prise en charge par les « street medics ». « Il était encore conscient quand on l’a évacué », explique l’un d’eux, interrogé par une journaliste de France 24.

L’homme a ensuite été pris en charge par les pompiers, assure un commandant des pompiers de Paris à franceinfo. Deux véhicules ont été dépéchés pour l’emmener à l’hôpital. « Je sais que l’opération a été longue ce [dimanche] matin, parce que c’est un travail très méticuleux », a expliqué Christophe Castaner sur France Inter et franceinfo.

Qu’est-ce qui a provoqué cette blessure ?

Le parquet de Paris a ouvert, samedi, une enquête pour identifier les causes de ces blessures, a indiqué une source judiciaire à franceinfo. De son côté, la préfecture explique aussi « chercher à déterminer les circonstances exactes ». Interrogé dimanche par franceinfo et France Inter dans l’émission « Questions politiques », le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a assuré que le manifestant blessé n’avait pas porté plainte pour le moment.

Cyprien Royer et plusieurs gendarmes contactés par franceinfo affirment que la blessure a été occasionnée par une grenade GLI-F4. Cette grenade, qui contient 25 grammes de TNT, est la plus puissante utilisée par les forces de l’ordre. Elle a un triple effet : elle est lacrymogène, a un effet de souffle et est assourdissante. Contrairement à d’autres, elle n’explose pas immédiatement au sol, mais après quelques secondes.

C’est au moins le troisième « gilet jaune » à être blessé par une grenade de ce type depuis le début du mouvement. Ces grenades ont causé plusieurs blessures graves et amputations ces dernières années, principalement des pieds et des mains. La France est le seul pays d’Europe à les utiliser pour le maintien de l’ordre. Fin 2014, après la mort de Rémi Fraisse à Sivens (Tarn), un rapport du ministère de l’Intérieur préconisait déjà de l’interdire en maintien de l’ordre. La gendarmerie est en passe de le faire, mais pas avant l’épuisement de ses stocks prévu en 2021.

Source : profession-gendarme.com

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