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La CGT et les gilets jaunes à Marseille, lors d'une grève, le 5 février 2019 - AFP

La journée du 5 décembre sera scrutée avec attention par le gouvernement qui ne veut surtout pas revivre le même mois de décembre que l’année dernière.

Personne, au sein de la majorité, ne veut revivre le mois de décembre 2018, au cours duquel les gilets jaunes réussissaient à imposer leur actualité chaque samedi, avec des dégâts matériels et économiques colossaux. Depuis, le gouvernement a lâché du lest (neuf milliards de baisses d’impôts promises et votées dans le budget 2020) et le mouvement s’amoindrit.

Mais l’exécutif n’en a pas fini avec les manifestations. À l’approche de la réforme des retraites présentée comme capitale au cours du quinquennat, ce sont désormais les syndicats qui font entendre leur voix. Ils se sont donné rendez-vous dans un mois jour pour jour, le 5 décembre, pour soutenir la grève “illimitée” menée par la RATP.

Samedi 2 novembre, “l’Assemblée des assemblées” des gilets jaunes a fait savoir qu’elle se joindrait au cortège syndical. Une “très bonne chose” pour le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez. Dans ce contexte, le gouvernement et la majorité LREM craignent-ils une agrégation des colères qui pourrait faire tache d’huile et concerner d’autres secteurs de la société, sur le modèle des grandes grèves de 1995 qui avaient conduit au retrait de la réforme des retraites d’Alain Juppé?

“Je n’avance pas avec la crainte”, répond d’emblée au HuffPost Roland Lescure, le président LREM de la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale, même si on voit bien qu’il y a une volonté de coaguler des choses différentes”, reconnaît-il. “Peur, non”, répond Olivier Véran, le rapporteur général LREM de la commission des Affaires sociales à l’Assemblée qui se dit tout de même “attentif” au mouvement du 5 décembre. “On regarde attentivement mais avec une certaine forme de sérénité” résume, dans une formule oxymorique, Roland Lescure.

“Qui sont les gilets jaunes aujourd’hui?”

Les deux députés de la majorité minimisent l’impact des gilets jaunes depuis qu’Emmanuel Macron a répondu à une partie de leurs revendications. “Qui représentent-ils?” fait mine de s’interroger Olivier Véran, quand Roland Lescure répond: “Je ne sais pas qui sont les gilets jaunes aujourd’hui. Il y a beaucoup de collectifs, beaucoup de porte-parole, la mobilisation de ces derniers samedis était très limitée. En revanche, on s’attend à une mobilisation sociale importante”, admet ce dernier.

Pour une fois, il sera d’accord avec le député de La France Insoumise, Éric Coquerel, qui suit de près les mobilisations des cheminots et des grévistes et qui partage ce constat:  “De toute façon, avec ou sans cet appel des gilets jaunes, le 5 (décembre) va fonctionner. Beaucoup de grèves vont être suivies. D’ailleurs, nombreuses sont celles qui se créent dans l’esprit des gilets jaunes, auto-organisées, parfois avant les syndicats”, a observé le député de Seine-Saint-Denis, notamment à Châtillon (Hauts-de-Seine).

Eric Coquerel se félicite que le mouvement rassemble au-delà des seuls rangs syndicaux: “Que ce qui reste comme braises des gilets jaunes converge vers un mouvement social c’est tant mieux. Il faut que la grève se généralise. On a vu qu’une journée d’action, ce n’est pas suffisant pour faire plier le gouvernement.”

“Il n’y a jamais eu de réforme sans grève”

“Il n’y a jamais eu de réforme des retraites sans grève”, relativise le député LREM Olivier Véran. Le rapporteur général de la commission des Affaires sociales affiche même une forme de sérénité: “On sait faire face aux grèves, la France sait s’adapter. Il reste beaucoup de questionnements sur cette réforme des retraites, il y a un besoin de rassurer les Français pour leur montrer que ce n’est pas la réforme décrite par les syndicats”, plaide-t-il.

Une réforme qui est loin d’être aboutie. Le gouvernement s’est laissé le temps de la consultation et peut-être des renoncements, avant l’examen du texte attendu au Parlement à l’été 2020. Les Échos ont révélé le 16 octobre un document de travail faisant état de plusieurs “scénarios” en cas de recul. Parmi eux, celui de n’appliquer la réforme qu’aux nouveaux entrants sur le marché du travail. Un délai qui repousserait la mise en oeuvre à plusieurs décennies.

“On avance moins à la hussarde”

“Le fait qu’ils soient obligés de mettre ça sur la table montre qu’ils ne sont pas rassurés”, réagit Éric Coquerel. “On est dans l’acte 2 du quinquennat, on avance moins à la hussarde”, assume Roland Lescure. “On est dans l’écoute, notamment sur un sujet aussi structurant que la réforme des retraites qui concerne les 50 prochaines années”, insiste-t-il.

Le député LFI pense que la grève va toucher bien d’autres secteurs, au-delà de la seule RATP et se prêt à rêver d’un “même procédé que celui des cheminots en 1995: que la grève se généralise”. “De nombreuses grèves durent et passent un peu en dessous des radars médiatiques, je pense à La Poste, les femmes de chambre, les pompiers, les urgences… toutes ces luttes peuvent se rassembler dans un grand mouvement social”, espère le député de la commission des Finances.

“Les gilets jaunes nous filaient entre les doigts”

Irait-on vers une réplique des grandes grèves de 1995 qui avaient à l’époque, un 5 décembre également, conduit Alain Juppé, alors Premier ministre, à retirer son projet de loi quelques semaines plus tard? À Matignon, où l’on connaît bien l’ex-maire de Bordeaux, on bat cette comparaison en brèche. “C’était il y a plus de vingt ans et les choses ont bien changé. Nous ne faisons pas le pari du blocage et croyons encore dans le dialogue social”, fait part au HuffPost l’entourage d’Édouard Philippe.

Le scénario de la tache d’huile ne convainc pas non plus Olivier Véran qui connaît bien le secteur de l’hôpital en tant que neurologue. “Je ne crois pas en cette convergence. Je n’ai pas de signaux d’alerte de convergence dans les autres secteurs”, confie-t-il. “L’hôpital, par essence, ne fait pas grève de gaieté de cœur. Je ne crois pas non plus aux pompiers au côté de la CGT. Ils ne sont pas dans une logique de politisation du mouvement, contrairement au syndicat”.

“C’est une méthode classique de montrer les muscles avant une négociation”, abonde Roland Lescure, plus rassuré par ce mode d’action traditionnel des syndicats que par le mouvement des gilets jaunes qui, selon ses mots, leur “filait entre les doigts”. “Nous sommes face à des partenaires sociaux avec lesquels on peut s’asseoir. Quand il fallait négocier avec les gilets jaunes, ils nous filaient entre les doigts! Trois venaient à Matignon, puis deux s’en allaient…” se souvient le président de la commission des Affaires économiques.

Chacun a tout de même en tête les images de l’année dernière et les manifestations qui avaient altéré les ventes et le tourisme en pleine période de fêtes. “J’espère vraiment qu’il y aura un esprit de responsabilité sans saccage des centres-villes et sans famille qui n’osent plus faire leurs courses de Noël”, résume Olivier Véran qui a prévenu les députés de son groupe moins expérimentés que lui en politique: “Attention, une réforme des retraites, ce n’est jamais une réforme comme les autres”.

Source : Huffingtonpost

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