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Emmanuel Macron (image d'illustration).

Depuis le hall de l’hôpital où est pris en charge son fils, grièvement blessé à Rennes lors de l’acte 10 des Gilets jaunes, une enseignante bretonne s’est adressée au président de la République. La vidéo a été diffusée sur les réseaux sociaux.

Une internaute, qui se présente comme la sœur d’un manifestant grièvement blessé à l’œil lors de l’acte 10 des Gilets jaunes à Rennes, a publié sur Facebook une vidéo tournée très tôt dans la matinée de ce 20 janvier, depuis le hall d’un hôpital. Elle explique avoir filmé sa mère, Marie-Laure Leroy, qui, pendant près de six minutes, interpelle le chef de l’Etat sur les violences subies ces dernières semaines par les Gilets jaunes.

Le fils de cette dernière a été opéré après la manifestation du 19 janvier, après avoir reçu un éclat de grenade lacrymogène, selon Ouest-France, qui écrit que le Gilet jaune aurait «perdu son œil», information que n’a pas voulu confirmer la préfecture. L’auteur de la vidéo diffusée sur Facebook affirme pour sa part : «Mon frère […] s’en sort « par chance » (je pense à toutes les autres victimes de cette violence disproportionnée) avec la perte de son œil gauche.»

« Monsieur Macron, pendant que vous faites le malin […] vos sbires mutilent nos jeunes [et] agressent des personnes âgées. »

Marie-Laure Leroy explique être professeur de lettres et exercer en Bretagne. Choquée par le sort de son fils, elle n’hésite pas à critiquer ouvertement Emmanuel Macron, dont elle juge le comportement inapproprié dans le contexte actuel. «Monsieur Macron, pendant que vous faites le malin en bras de chemise dans les gymnases, pendant des heures, en soliloquant […] vos sbires mutilent nos jeunes [et] agressent des personnes âgées», déclare-t-elle après avoir relaté les faits qui lui ont été rapportés concernant les blessures de son fils.

L’enseignante affirme par ailleurs être consciente de sortir du devoir de réserve qui lui incombe en tant que fonctionnaire. De fait, elle n’hésite pas à multiplier les allusions aux récents propos de Luc Ferry, ancien ministre de l’Education qui appelait les forces de l’ordre à se servir «de leurs armes une bonne fois» contre les Gilets jaunes, ou encore à ceux de Christophe Castaner, actuel ministre de l’Intérieur, qui avait nié tout cas de violence policière contre des manifestants.

C’est avec émotion et sous le choc que j’ai filmé ma maman suite à la tentative de meurtre sur mon frère, qui s’en sort « par chance » (je pense à toutes les autres victimes de cette violence disproportionnée) avec la perte de son œil gauche (ça aurait pu être pire).Nous tenons à remercier Edmond, Greg et les autres sur places, pour leur soutien et dévouement. Nous tenons à remercier les pompiers qui lui ont porté secours et l’équipe soignante qui l’a pris en charge.Nous vous demandons de bien vouloir partager en masse cette vidéo. Le combat continue, mais un autre commence… Mon frère, ce héros ♥️

Publiée par Audrey Leroy-Giovanangelli sur Samedi 19 janvier 2019

«Mon crime, s’il y a crime, n’est pas pire que celui d’un ancien ministre de l’Education nationale qui appelle au meurtre sur les ondes, [il] n’est pas pire que celui de quelqu’un qui s’obstine à considérer que ni les gendarmes, ni les CRS, ni les gens de la BAC, n’attaquent sans être agressés», affirme la mère de famille.

« Il serait digne […] de finir par présenter ses excuses aux familles, et peut-être de rendre visite aux gens qui ont été blessés »

Plusieurs fois, Marie-Laure Leroy explique assumer ses propos, rappelant même à son interlocuteur qu’elle ne se cache pas : «Vous n’aurez aucun mal à me retrouver puisque j’ai donné mon nom.» Ironie du sort pour le destinataire de cette phrase qui, au mois de juillet dernier, lançait lui-même à ses détracteurs, dans le cadre de l’affaire Benalla : «Qu’ils viennent le chercher.»

Affirmant être solidaire des autres Gilets jaunes blessés, Marie-Laure Leroy se dit écœurée par l’attitude du chef de l’Etat. «Monsieur Macron […] vous n’êtes ni digne de ma colère, ni digne de ma haine», affirme-t-elle par exemple, avant de lancer une suggestion directement adressée au président de la République : «Il serait digne, de la part de quelqu’un qui dirige un pays, de finir par présenter ses excuses aux familles, et peut-être de rendre visite aux gens qui ont été blessés.»

Selon les chiffres de la préfecture pour l’acte 10 du mouvement à Rennes, transmis le soir du 19 janvier à Ouest-France, 16 personnes ont été blessées au cours de la manifestation, dont 10 manifestants et six membres des forces de l’ordre. Le rassemblement a en effet été émaillé de heurts entre police et Gilets jaunes.

Le témoignage de Marie-Laure Leroy a été relié par le journaliste indépendant David Dufresnes, qui répertorie sur Twitter les cas de violences policières et les signale au ministère de l’Intérieur, à une vidéo réalisée le 19 janvier à Rennes. Sur ces images, on voit une grenade lacrymogène éclater, puis un homme hurler de douleur en se tenant le visage.

ATTENTION LES IMAGES SUIVANTES PEUVENT HEURTER LA SENSIBILITE

«Ce n’est pas normal de faire ça à un peuple»

Le phénomène des violences enregistrées lors de manifestations des Gilets jaunes prend de l’ampleur. Ainsi, chaque samedi, des équipes médicales mobiles baptisées «Streetmedics» se mobilisent à travers la France pour administrer les premiers soins aux manifestants, membres des forces de l’ordre ou encore simples passants, blessés lors des manifestations des Gilets jaunes. Avant l’acte 9 du mouvement le 12 janvier, le ministère de l’Intérieur faisait état d’environ 1 000 blessés chez les forces de l’ordre et de 1 700 blessés du côté des manifestants. Parmi ces derniers, le journaliste de Libération Jacques Pezet a dénombré au moins 94 cas avérés de blessés graves. Plus d’une dizaine ont perdu un œil, en majorité après avoir reçu un tir de lanceur de balles de défense (LBD40) des forces de l’ordre.

C’est le cas de Jean-Marc, Gilet jaune ayant perdu l’usage de l’œil droit lors d’une manifestation du mouvement social. Témoignant lors de l’émission Les Terriens du Dimanche, sur C8 le 20 janvier, celui-ci racontait son quotidien : «Je suis horticulteur. Je ne peux plus faire mon travail. Je ne peux plus travailler la terre parce que la moindre poussière va aller dans l’œil.» Et de conclure : «Ce n’est pas normal de faire ça à un peuple.»

Source : RT France

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