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Dans « La Terre plate – Généalogie d’une idée fausse », Sylvie Nony et Violaine Giacomotto-Charra battent en brèche l’idée d’un Moyen Âge obscurantiste, raconte France Info.

« Encore la faute à Voltaire ! » Depuis plusieurs siècles, déjà, une vision particulièrement négative du Moyen Âge s’est imposée dans l’apprentissage de l’Histoire. Un coup d’œil aux films, séries et ouvrages situant leur action sur cette – longue – période suffit pour en avoir le cœur net : tout n’est que grisaille, rues sales, obscurantisme et désespoir. Pourtant, nombreux sont les historiens à lutter ardemment contre cette appréciation erronée, très éloignée de la réalité historique. Un combat indirectement mené par les historiennes Sylvie Nony et Violaine Giacomotto-Charra, à l’occasion de la parution de leur ouvrage La Terre plate – Généalogie d’une idée fausse.

Une « parenthèse obscurantiste » ?

Certes, les travaux des deux femmes ne sont pas spécifiquement dédiés à réhabiliter le Moyen Âge. Mais à force de se pencher sur l’histoire du « platisme », une théorie prétendant que la Terre est plate, force est de constater que, contrairement à l’idée reçue, jamais cette croyance n’a été répandue pendant l’époque médiévale. « L’idée d’une Terre ronde était en fait déjà installée », explique Mathilde Fontez, rédactrice en chef du magazine scientifique Epsiloo, à France Info : « Cette période de l’Histoire n’avait rien de la parenthèse obscurantiste qu’on imagine. Et les chercheuses montrent aussi que l’Église catholique ne s’est pas opposée à cette idée. »

Voltaire et les anticléricaux

En réalité, détaillent les travaux des deux chercheuses, l’idée que le Moyen Âge croyait la Terre plate est due… à une erreur de Voltaire. Dans ses travaux, très critiques envers l’Église catholique, le philosophe aurait amalgamé des propos « platistes » de Lactante, un chrétien du IIe siècle, avec ceux de saint Augustin, pourtant déjà convaincu que la Terre est ronde. « À partir de là, Voltaire affirme que tous les pères fondateurs de l’Église partageaient l’idée que la Terre était plate, et qu’ils ont imposé cette doctrine à toute la chrétienté », résume Mathilde Fontez.

À la suite de Voltaire, les adversaires de l’Église développent cette rhétorique : « Tout ça s’amplifie au cours du XIXe : des protestants, des laïques en rajoutent pour dénoncer l’emprise de l’Église sur le savoir scientifique », conclu Mathilde Fontez. Et en sous-texte, le discours ne change pas : « Tout cela décrit un Moyen Âge des ténèbres qui aurait précédé les avancées de la science moderne, qui se révèle donc aujourd’hui complètement faux. » Aujourd’hui, précise encore France Info, 9 % des Français estiment possible que la Terre soit plate – preuve que l’obscurantisme n’est pas toujours là où on l’attend.

Source : Le Point

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