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Démonstration. Sur Cnews la semaine dernière, le chercheur au CNRS Clément Viktorovitch a doctement affirmé que la France ne connaissait pas d’immigration de masse. Sa démonstration n’était qu’une accumulation de confusions.

La semaine dernière, lors d’un débat sur CNEWS, Clément Viktorovitch, un chercheur au CNRS en sciences politiques habitué des plateaux de télévision, s’est lancé dans une diatribe contre l’idée que la France connaîtrait une immigration de masse depuis plusieurs années. À Charlotte d’Ornellas, qui parlait de 200 000 entrées sur le territoire français chaque année et évoquait les conséquences de cette immigration de masse dans certains endroits de France, il a répondu par une tirade dans lequel il semblait remettre en cause l’idée même d’immigration de masse et se voulait donner à son interlocutrice une leçon sur les chiffres de l’immigration.

Reprenant le chiffre de 200 000 entrées par an, Viktorovitch a dit très précisément ceci : “Effectivement, c’est le nombre d’entrées légales. (…) Là-dedans, on a déjà un tiers d’étudiants qui viennent en Erasmus dont une grande partie d’Européens, de nombreux étrangers expatriés qui viennent travailler en France et qui sont une force pour l’économie du territoire. Et il y a par ailleurs des enfants et des conjoints de Français qui étaient à l’étranger et qui viennent en France.”

Après le débat, il s’est fendu d’un tweet plein de morgue et repris plus de 15 000 fois depuis, dans lequel il affirmait avec une auto-satisfaction évidente que “bizarrement, les débats sur ‘l’immigration massive’ changent de tonalité quand on commence à déconstruire les fake news et à demander des chiffres précis…” Notez les guillemets autour de l’expression « immigration massive », qui suggère clairement que le phénomène n’existe pas sinon dans l’imagination de ses détracteurs.

Immédiatement, cette leçon faisait le tour des réseaux sociaux et valait à son auteur les félicitations de l’intelligentsia, qui y voyait une réfutation en règle de l’idée qu’il y aurait en France une immigration de masse. Les Inrockuptibles nous explique que « Clément Viktorovitch fait voler en éclat les fakes news ». Le Huffington Post affirme que « la réponse de ce docteur sur »l’immigration massive« démonte les chiffres souvent utilisés ». J’en passe et des pires. Encore quelques jours et il se trouvera sans doute quelque artiste pour exécuter une fresque représentant Viktorovitch en Hercule terrassant une hydre de la xénophobie aux traits de Charlotte d’Ornellas.

La diatribe de Viktorovitch n’est qu’une accumulation de confusions
Le problème est que, en fait de démonstration, la diatribe de Viktorovitch n’est qu’une accumulation de confusions et passe complètement à coté de l’objet du débat. Commençons donc par ce qu’il a dit sur les chiffres de l’immigration, avant d’en venir aux conclusions qu’il semble en tirer. En effet, il a raison sur au moins un point, c’est qu’il faut s’en tenir aux chiffres.

Quand il parle des « 200 000 à 250 000 » personnes qui entrent chaque année en France, Viktorovitch fait vraisemblablement référence au nombre de premiers titres de séjour qui sont délivrés chaque année à des ressortissants de pays hors de l’Espace économique européen (EEE), qui se situe en effet dans cette fourchette depuis quelques années.

On voit au passage que, contrairement à ce que répètent à longueur de temps d’autres cognoscenti qui ne savent pas davantage de quoi ils parlent que Viktorovitch, il est parfaitement faux que les flux d’immigration n’ont pas bougé depuis des années. Au contraire, entre 2007 et 2017, le nombre de premiers titres de séjour accordé à des ressortissants de pays hors de l’EEE a augmenté de plus de 40%…

Viktorovitch prétend que, dans ces 200 000 à 250 000 entrées par an, un tiers sont des étudiants qui viennent en France grâce à Erasmus, dont la plupart sont européens selon lui. Il a raison que l’immense majorité des étudiants qui viennent en France par le biais d’Erasmus sont européens, mais ça veut aussi dire qu’ils ne sont généralement pas comptabilisés dans le chiffre de 200 000 à 250 000 entrées du Ministère de l’intérieur, puisqu’en tant que citoyen de l’EEE ils n’ont pas besoin d’un titre de séjour pour résider en France. Ainsi, non seulement les étudiants qui viennent en Erasmus ne constituent pas un tiers de ces entrées, mais ils n’y figurent quasiment pas.

source : valeursactuelles.com

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