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Macron en Afrique : le passé colonial de la France, «une faute morale»

« Rompons les amarres. » En visite officielle en Côte d’Ivoire, le chef de l’Etat a appelé ce samedi à écrire une « nouvelle histoire commune » avec l’Afrique.

C’est vrai, Emmanuel Macron et Alassane Ouattara, son homologue ivoirien, ont eu à cœur de tourner la page d’un « vestige douloureux de la Françafrique », le franc CFA. D’accord, le Français n’a cessé d’appeler de ses vœux une « relation passionnée », « nouvelle et décomplexée » avec la Côte d’Ivoire, manière de se départir d’un passé colonial douloureux. Il est pourtant des usages qui ne sont pas près de changer.

Ces gigantesques pancartes « Akwaba » (bienvenue, en langue Akan) à l’effigie du chef de l’Etat et de son homologue, positionnées sur le trajet du cortège présidentiel français. Ces bâtiments repeints pour l’occasion, parfois encore collants. Ces mots doux de la presse officielle pour raconter par le menu la « visite historique » du Français dans le pays. « A cinq jours de la naissance de l’Emmanuel de la Bible, le président français porte bien son nom, Emmanuel Macron a apporté la douceur de la gaieté à ses troupes, loin des théâtres âpres de guerre », décrit ainsi le quotidien « Fraternité matin ».

Pas un mot sur les grèves françaises ou la réforme des retraites sur lesquelles le président a gardé un œil pendant toute la journée. Macron a appelé dans la soirée, lors de sa conférence de presse à Abidjan, à « une trêve » dans le conflit.

Des cadeaux pour son anniversaire

A 5 000 km de la France, c’est peu dire que le chef de l’Etat a été reçu avec égards. Ce n’est pas parce qu’il fêtait ce samedi son 42e anniversaire qu’Emmanuel Macron a été fait chef traditionnel ivoirien à Abidjan. Lors d’une cérémonie, il s’est vu gratifié du nom « N’Djékouale », c’est-à-dire « la paix, la sérénité, le chercheur de paix, le faiseur de paix, l’ouvrier de la paix », rien de moins. En guise de cadeau, le président a reçu les attributs des chefs traditionnels, pagne, couvre-chef, chasse-mouches et sandales, qu’il a pris soin… de ne pas porter.

Tout au long de la journée, les Ivoiriens n’ont cessé de célébrer son anniversaire. Par le biais d’une fanfare, de chants, et même d’une phrase attentionnée de son homologue. Un proche esquisse un sourire crispé : « Il n’aime pas trop ça… »

« Une nouvelle histoire »

Est-ce par pudeur ou parce que ces marques de considération peuvent souligner une histoire qu’il semble déterminé à dépasser ? « Je n’appartiens pas à une génération qui a connu le colonialisme, insiste-t-il. Rompons les amarres, ayons le courage d’avancer. La France n’a aucun privilège, elle n’a qu’à aider. « Ce passé ? Une faute morale », lâche (Macron) celui qui plaide pour une « nouvelle histoire commune ».

Un tableau dans lequel les relations économiques entre les deux pays restent vivaces : « Je souhaite que les entreprises françaises restent des acteurs majeurs de cette croissance. Des acteurs heureux et harmonieux. » Certains usages ne sont pas près de changer.

Source Le Parisien

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