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Le fondateur de WikiLeaks a été interpellé jeudi 11 avril à l’ambassade d’Équateur, qui lui avait accordé l’asile diplomatique en 2012.

Julian Assange est en bien mauvaise posture. Le fondateur de WikiLeaks va « contester et combattre » la demande d’extradition américaine, a déclaré jeudi 11 avril à des journalistes son avocate Jennifer Robinson à l’issue de la comparution de son client devant un tribunal londonien. L’Australien de 47 ans a été arrêté dans la matinée en vertu d’une demande d’extradition américaine pour « piratage informatique », qui sera examinée au cours d’une prochaine audience le 2 mai, et d’un mandat délivré en juin 2012 par la justice britannique pour non-présentation au tribunal, un délit passible d’un an de prison. Il a été reconnu coupable par une juge britannique d’avoir violé les conditions de sa liberté provisoire.

Vers 13 h 15 GMT, Julian Assange est entré dans une salle d’audience du tribunal de Westminster, à Londres, en esquissant un salut, pouce levé, en direction de la presse, avant de commencer à se plonger dans un livre sur la « Sécurité d’État nationale », a constaté un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP). Quelques heures auparavant, il avait été extrait de l’ambassade équatorienne par six policiers habillés en civil jusqu’à un fourgon de police, apparaissant vieilli et affaibli, cheveux blancs et barbe hirsute, selon une vidéo réalisée par l’agence Ruptly TV.

Julian Assange, un « narcissique incapable de voir au-delà de son propre intérêt »

La juge Emma Arbuthnot a estimé que Julian Assange était « un narcissique incapable de voir au-delà de son propre intérêt » et l’a déclaré coupable. Se pose à présent la question d’une éventuelle extradition de l’Australien vers les États-Unis, où il est inculpé d’association de malfaiteurs en vue de commettre un « piratage informatique », a révélé le ministère américain de la Justice. Cette peine est passible d’une peine maximum de cinq ans de prison, précise le ministère dans un communiqué. La justice britannique « va devoir se prononcer sur ce qui semble être des efforts sans précédent des États-Unis en vue d’obtenir l’extradition d’un journaliste étranger afin qu’il soit inculpé pour avoir publié des informations véridiques », a déclaré l’avocat de Maître Assange, Barry Pollack, dans un communiqué diffusé sur le compte Twitter de WikiLeaks.

Cette arrestation a provoqué un branle-bas de combat chez les soutiens de Julian Assange qui le voient en héraut de la transparence et se sont immédiatement mobilisés, dénonçant la décision de l’Équateur et les conditions de cette arrestation, survenue au sein d’une ambassade. Sur Twitter, WikiLeaks a reproché à ce pays sud-américain d’avoir « illégalement mis fin à l’asile politique d’Assange, en violation du droit international » et d’avoir « invité » la police britannique dans l’enceinte de l’ambassade.

« C’est un jour sombre pour la liberté de la presse »

De son côté, Moscou, qui a exprimé à plusieurs reprises sa sympathie pour le fondateur de WikiLeaks, a accusé Londres d’« étrangler la liberté », tandis que l’ex-président équatorien Rafael Correa a qualifié son successeur Lenin Moreno de « traître ». « C’est un jour sombre pour la liberté de la presse », a aussi commenté Edward Snowden, un ancien consultant de l’Agence nationale de sécurité (NSA) américaine, accusé de haute trahison par les États-Unis et qui vit depuis en exil en Russie.

Lenin Moreno a défendu sur Twitter le retrait de l’asile accordé à Julian Assange, une décision présentée comme « souveraine » et prise « après ses violations répétées des conventions internationales et des protocoles de la vie quotidienne ». Son gouvernement a récemment dénoncé des atteintes répétées de la part de Julian Assange aux règles régissant ses conditions d’asile dans l’ambassade équatorienne. Depuis octobre, Quito appliquait au fondateur australien de WikiLeaks un protocole qui régulait notamment ses visites et ses communications à l’intérieur de la légation et prévoyait aussi que son non-respect impliquerait un retrait du droit d’asile. M. Moreno a dit avoir demandé à Londres la garantie que Julian Assange ne serait pas extradé vers un pays où il risque la peine de mort, ce que le gouvernement britannique lui a « confirmé par écrit ».

Réouverture de l’enquête pour viol ?

Le secrétaire d’État britannique pour l’Europe et les Amériques, Alan Duncan, s’est dit dans un communiqué « très reconnaissant envers le gouvernement équatorien pour l’action qu’il a entreprise » et précisé que l’arrestation faisait « suite à un dialogue approfondi entre nos deux pays ». Il a ajouté qu’il appartenait « aux tribunaux de décider de la suite ». Selon Christine Assange, la mère du fondateur de WikiLeaks, « Julian est susceptible de comparaître devant un magistrat britannique dans les 24 heures ». « Notre objectif est, comme toujours, d’EMPÊCHER une extradition aux États-Unis ! », a-t-elle ajouté.

Les soutiens de l’Australien, naturalisé équatorien en 2017, redoutent qu’il ne soit extradé vers les États-Unis pour la publication en 2010 sur son site internet de milliers de documents confidentiels du département d’État et du Pentagone. Julian Assange s’est réfugié dans l’ambassade équatorienne en 2012 pour éviter d’être extradé vers la Suède, où il était accusé de viol, un dossier depuis classé. Mais l’accusatrice de Julian Assange compte demander la réouverture de l’enquête, a déclaré jeudi son avocate à l’AFP.

« Nous allons tout faire pour que les procureurs rouvrent l’enquête suédoise et qu’Assange soit remis à la Suède et traduit en justice pour viol », a dit maître Elisabeth Massi Fritz à l’AFP. Julian Assange a fondé en 2006 WikiLeaks, qui s’est fait connaître du grand public trois ans plus tard avec la diffusion de centaines de milliers de messages de bipeurs envoyés aux États-Unis le 11 septembre 2001. Le site revendique avoir publié « plus de 10 millions de documents » concernant la finance, le divertissement ou la politique. Le magnat de l’internet Kim Dotcom a appelé sur le même réseau social à « protéger ceux qui disent la vérité ».

Source : Le Point

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