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Un militaire membre de la force multinationale G5 Sahel monte la garde dans le sud mauritanien à proximité de la frontière avec le Mali. (image d'illustration). - © THOMAS SAMSON Source: AFP

Pour lutter contre le terrorisme au Sahel et au-delà, les membres de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), ont décidé, le 14 septembre, de débloquer un milliard d’euros sur quatre ans. Est-ce pour autant suffisant ?

Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, accueillait du 12 au 14 septembre un sommet extraordinaire de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao). A cette occasion, ses membres ont décidé de débloquer un milliard d’euros pour lutter contre le terrorisme. «Les débats nous ont permis d’adopter des décisions très fortes […]. La conférence [élargie au Tchad et à la Mauritanie] a adopté un plan d’action et de mobilisation de ressources à hauteur d’un milliard de dollars pour la lutte contre le terrorisme», a annoncé le président nigérien Mahamadou Issoufou à la clôture du sommet, tout en évoquant une «menace pressante».

Malgré un dispositif militaire important, l’Afrique de l’ouest peine à vaincre la menace terroriste

Etalé sur quatre années, le plan de financement est destiné au renforcement des capacités opérationnelles des différentes armées nationales mais concernera également les «forces conjointes» de la force multinationale mixte du Bassin du lac Tchad et du G5 Sahel. Parrainée par la France, cette force multinationale dotée d’un effectif de 5 000 hommes avait connu un coup d’arrêt brutal avec l’attaque, en juin 2018, de son quartier général de Sévaré, dans le centre du Mali.

Pour l’heure, et malgré le déploiement de ces dispositifs militaires importants, les activités terroristes se multiplient dans la bande sahélienne. Pis, autrefois épargnées, des régions situées en lisière de ce territoire long de plusieurs milliers de kilomètres ont été secouées par de nombreuses attaques terroristes au cours de ces dernières années. La résurgence des conflits intercommunautaires, notamment au Mali, est venue détériorer davantage un climat sécuritaire déjà délétère. En effet, selon le président de la commission de la Cédéao, Jean-Claude Brou, 2 200 attaques ont été recensées au cours de ces quatre années. Celles-ci ont fait 11 500 morts, déplacé des millions de personnes, dont des milliers de blessés, et mis à mal l’activité économique.

Un milliard d’euros, «une goutte d’eau dans l’océan» ?

Interrogé par RT France, le président de l’Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE), Emmanuel Dupuy, estime que le financement décidé par la Cedeao ne représente qu’«une goutte d’eau dans l’océan» au regard de la pluralité des défis auxquels est confrontée l’Afrique de l’Ouest, et notamment celui relatif au développement économique et social. Ousmane Drabo, journaliste spécialiste du Sahel, partage cette analyse : «Le développement est le moteur de la lutte antiterroriste. Les pays du G5 Sahel font partie des pays les plus pauvres au monde. Aujourd’hui, les groupes terroristes recrutent localement et l’extrême pauvreté constitue un terreau fertile au développement des groupes terroristes.»

 

Et le défi est immense : si les pays de la région affichent de forts taux de croissance, les inégalités sociales persistent voire augmentent dans certains pays. Selon l’ONG britannique Oxfam, «comparée aux autres régions du continent africain, l’Afrique de l’Ouest abrite le plus grand nombre de pays où 30% de la population vit avec moins de 1,90 dollar par jour. Aujourd’hui les 1% les plus riches des Ouest-Africains gagnent plus que le reste de la population de la région réunie».

Source : RT International

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