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Italy’s Interior Minister and deputy PM Matteo Salvini looks on during a welcoming ceremony on November 14, 2018 for a group of 51 migrants from Niger, entitled to international protection, upon their arrival at the Mario De Bernardi military airport in Pratica di Mare, south of Rome. (Photo by Alberto PIZZOLI / AFP)

Après la rencontre le week-end dernier entre Giuseppe Conte et Jean-Claude Juncker, Rome s’apprête à ramener son objectif de déficit entre 2 % et 2,2 % du PIB l’an prochain. La mise en oeuvre de certaines promesses coûteuses serait simplement reportée de trois mois.

Le gouvernement populiste à Rome avait juré qu’il ne reculerait pas d’un millimètre face à Bruxelles , il est prêt désormais à le faire de quelques décimales concernant sa prévision de déficit. Celle de 2,4 % de PIB l’an prochain, l’une des principales sources de tensions avec la Commission européenne qui menace l’Italie d’une procédure disciplinaire, n’est plus taboue.

C’est ce qu’on fait savoir les vice-présidents du conseil Luigi di Maio et Mateo Salvini qui, ces dernières semaines, estimaient que ce déficit budgétaire était indispensable pour financer leurs mesures phares telles que l’abaissement de l’âge de départ légal à la retraite , des baisses massives d’impôt, ou encore le projet de revenu universel. « Nous défendons les citoyens, pas les chiffres », répètent-ils à l’unisson.

Poids des investisseurs financiers

Des chiffres du déficit incompatibles avec une réduction de la dette publique de 130 % du PIB, nécessaire pour ne pas violer les règles de la zone euro. Ils devraient donc prochainement être revus à la baisse, entre 2 % et 2,2 %. La réduction du spread, l’écart entre les taux d’emprunt allemand et italien à dix ans, a été immédiate lundi, repassant sous la barre des 290 points de base pour la première fois depuis plus d’un mois. Sa forte hausse au-dessus des 300 points de base explique en partie ce revirement de l’exécutif de Giuseppe Conte.

Un niveau qui pénalise les banques du pays, menaçant ainsi l’épargne des particuliers et l’accès aux crédits, dont les taux ont augmenté, pour les entreprises. L’inverse de la « défense des intérêts des Italiens d’abord » martelée par Luigi di Maio et Matteo Salvini. Ils se sont aussi aperçus de leur isolement au sein de l’Union européenne. Les Etats membres savent faire preuve de fermeté comme les négociations sur le Brexit l’ont démontré. Rome n’a trouvé aucun allié jusqu’ici sans sa bataille contre Bruxelles, et ses « amis » d’Europe centrale et de l’Est ont même fait défection. Hongrie et l’Autriche ont exigé le respect des règles.

Dissensions au sein de l’exécutif

Si les partenaires de l’Italie ont fait preuve d’unité pour rejeter ses prétentions, des dissensions ont émergé au sein du gouvernement italien. Le président du Conseil Giuseppe Conte, épaulé par le ministre de l’Economie Giovanni Tria et celui des Affaires européennes Paolo Savona veulent éviter un affrontement avec Bruxelles, qui risque de s’avérer très dommageable dans un contexte de ralentissement économique, avec une croissance et des exportations plus faibles que prévu.

La réduction des prévisions de déficit dans le prochain budget devrait s’accompagner d’un report de trois mois de l’application des promesses les plus coûteuses, à commencer par le revenu citoyen et l’abaissement de l’âge légal de départ à la retraite. De quoi réduire le déficit 2019, mais pas au-delà… Par ailleurs, le choix des mesures prioritaires à mettre en oeuvre pourrait occasionner un nouveau bras de fer entre la Ligue et le M5S, les deux forces politiques qui composent la majorité.

Olivier Tosseri

source : lesechos.fr

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