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La première ministre britannique tire les conséquences de son échec à mettre en œuvre le Brexit. Elle quittera la tête du Parti conservateur le 7 juin, lançant la course à sa succession.

Correspondant à Londres

La voix brisée par l’émotion en disant sa «gratitude d’avoir eu l’opportunité de servir ce pays que j’aime», Theresa May a conclu son discours de démission devant la porte de Downing Street, vendredi matin. La première ministre quittera ses fonctions de chef du Parti conservateur le 7 juin, ouvrant officiellement la course à sa succession qui a déjà démarré depuis des mois. Elle continuera d’expédier les affaires courantes jusqu’à la nomination de son successeur, qui pourrait intervenir d’ici au début de l’été.

Un peu moins de trois ans après son arrivée, dans la foulée du référendum sur le Brexit, l’histoire ne sera pas tendre pour le bilan de la deuxième femme à diriger le gouvernement britannique. Trois ans après le choc du vote pour quitter l’Union européenne, le pays se retrouve à la case départ. Il n’a pas réussi à mettre en œuvre dans les délais ce dessein, dont l’échéance a été reportée au 31 octobre. Il n’a pas adopté l’accord de divorce de 585 pages laborieusement négocié avec les Vingt-Sept, ce qui a conduit Theresa May à sa chute. Il n’a pas de plan de bataille clair, dans une polarisation exacerbée entre partisans d’une sortie sans accord et ceux d’une annulation du Brexit. Theresa May tire sa révérence sans la satisfaction de la mission accomplie.

«J’ai fait de mon mieux»

«C’est et ce sera toujours un sujet de profond regret pour moi de ne pas avoir été capable de mettre en œuvre le Brexit», a-t-elle reconnu. «J’ai fait de mon mieux, j’ai fait tout ce que je pouvais pour convaincre les députés de soutenir l’accord. Malheureusement, je n’ai pas été capable d’y arriver. J’ai essayé trois fois. Je pensais qu’il était juste de persévérer même quand les obstacles aux chances de succès semblaient élevés. Mais il est maintenant clair que c’est l’intérêt supérieur du pays qu’un nouveau premier ministre mène cet effort», a ajouté la chef du gouvernement.

Elle a recommandé à son futur successeur de «trouver le consensus au parlement que je n’ai pas obtenu», lui rappelant de «ne pas oublier que compromis n’est pas un gros mot».

Theresa May aura peiné à dresser un bilan positif de son passage à Downing Street. Son échec sur le Brexit ne lui aura pas laissé le loisir de s’attaquer aux «injustices brûlantes» de la société britannique qu’elle avait promis d’atténuer à son arrivée . Elle n’a pu que se féliciter d’avoir poursuivi les efforts de son prédécesseur David Cameron dans le redressement des finances publiques et le niveau d’emploi record.

Le chef de l’opposition Jeremy Corbyn a estimé qu’elle «a eu raison de démissionner» et réclamé de nouvelles élections. «Elle a accepté maintenant ce que le pays sait depuis des mois: elle ne peut pas gouverner, pas plus que son parti divisé en voie de désintégration. Les injustices brûlantes qu’elle avait promis de régler il y a trois ans sont encore pires aujourd’hui», a-t-il cinglé.

Boris Johnson grand favori

Cette démission intervient avant même que les résultats des élections européennes en Grande-Bretagne soient annoncés. Ils devraient se traduire par une percée spectaculaire du Parti du Brexit de Nigel Farage, qui a capitalisé sur la frustration des électeurs qui avaient voté pour quitter l’UE et a siphonné le vote pour les conservateurs.

La course à la succession est déjà bien lancée. Boris Johnson est vu comme le grand favori pour contrer la percée du tribun europhobe à la droite du Parti conservateur. Il a confirmé son intention d’y participer. Après des attaques incessantes contre Theresa May durant tout son mandat, il a salué son départ «très digne» sur Twitter. «Merci pour ton service stoïque envers notre pays et le Parti conservateur. Il est maintenant temps de suivre ses conseils: nous rassembler et mettre en place le Brexit.»

Dans son sillage, figurent les ministres et anciens ministres pro-Brexit Dominic Raab, Andrea Leadsom, Michael Gove ou Penny Mordaunt, ainsi que les ex-pro-remain ralliés à la sortie de l’UE Jeremy Hunt, Sajid Javid et Rory Stewart. En tout, plus d’une quinzaine de candidats testent leurs chances. Les députés conservateurs vont devoir procéder par élimination au fil d’une série de votes successifs afin de déterminer deux finalistes, dont les noms seront soumis ensuite aux 125 000 adhérents tory. Le processus devrait aboutir d’ici au début de l’été.

Source : le figaro

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