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Arrêté et inculpé pour proxénétisme sur mineurs, le milliardaire Jeffrey Epstein va être de nouveau confronté à la justice, alors qu’il avait bénéficié d’une clémence surprenante il y a 12 ans.

A bord de son avion privé, surnommé «Lolita Express» par les médias américains, le milliardaire Jeffrey Epstein a accueilli l’élite. Actrices, acteurs, prix Nobel, professeurs de Harvard et même l’ancien président Bill Clinton ont voyagé à bord de cet appareil jusqu’à son île privée de Little Saint James, dans les îles Vierges américaines. L’avion n’a pourtant pas transporté que des représentants de la haute société. Selon un témoignage recueilli par le «Miami Herald», qui a mené une longue enquête sur la troublante vie de Jeffrey Epstein, «Lolita Express» servait aussi à un trafic de femmes et de jeunes filles. Samedi, c’est pour des faits de proxénétisme sur mineurs que Jeffrey Epstein a été arrêté à l’aéroport de Teterboro dans le New Jersey, ainsi que l’a révélé le «Daily Beast». L’homme de 66 ans, qui revenait de Paris à bord d’un jet privé, sera présenté à un juge dès lundi.

Ce n’est pas la première fois que Jeffrey Epstein a affaire à la justice. En 2007, ce financier richissime était parvenu à éviter des poursuites fédérales en passant un accord avec le procureur de Miami à l’époque. Ce procureur, Alexander Acosta, est aujourd’hui l’équivalent du ministre du Travail dans l’administration Trump. Ces derniers mois, l’accord obtenu par Epstein, jugé bien trop clément, a fait l’objet de nombreuses questions. A l’époque, Epstein avait reconnu avoir eu recours aux services de prostituées et n’avait été condamné qu’à 13 mois de prison dans un établissement qui l’autorisait à travailler à son bureau six jours sur sept. Une qualification des faits et une sanction sans rapport avec les méfaits présumés du milliardaire, accusé par plusieurs femmes de multiples agressions sexuelles dans le cadre d’un trafic organisé à son profit.

A l’automne dernier, le «Miami Herald» avait publié une vaste investigation sur le cas Epstein. Plusieurs victimes y racontaient ce que leur avait fait subir Jeffrey Epstein, dont Virginia Roberts. Âgée de 16 ans, elle travaillait au spa de Mar-a-Lago, le club que Donald Trump possède à Palm Beach, lorsqu’elle a été recrutée par Ghislaine Maxwell, une proche d’Epstein. «La formation a commencé immédiatement», indiquait Virginia Roberts au «Herald» en novembre 2018. «Il s’agissait d’apprendre à faire une fellation, à être silencieuse, soumise, donner à Jeffrey ce qu’il veut. Une bonne partie de cette formation provenait de Ghislaine elle-même», avait-elle détaillé. Une autre victime présumée, qui avait rencontré Epstein à l’âge de 14 ans, expliquait le modus operandi du prédateur sexuel : «Jeffrey s’en prenait à des filles qui étaient en difficulté, des filles quasiment sans abri. Il recherchait des filles dont il pensait que personne ne les écouterait et il avait raison», avait déclaré Courtney Wild au «Herald». La jeune femme a raconté qu’avec d’autres adolescentes, elle avait été payée par Epstein pour prodiguer des massages et des actes sexuels.

Un énorme scandale potentiel

Les multiples connexions de Jeffrey Epstein avec des personnalités puissantes, riches et célèbres -outre Bill Clinton, les noms de Donald Trump et du prince Andrew sont cités par la presse américaine- ont ajouté au scandale potentiel que représente cette affaire. Virginia Roberts accuse en effet le milliardaire de l’avoir «prêtée» à ses amis. Sur son île privée, a assuré au «Herald» la jeune femme aujourd’hui âgée de 35 ans, «il pouvait organiser des grandes fêtes et d’énormes orgies sans que personne ne s’en doute». «J’ai été offerte à des politiciens, à des professeurs d’universités, à des gens issus de la royauté». Elle a nommément accusé l’avocat Alan Dershowitz et le prince Andrew, frère de Charles. Les deux hommes ont nié tout lien avec elle. Alan Dershowitz qualifie son accusatrice de menteuse et accuse le «Miami Herald» d’avoir volontairement enterré des éléments qui démontreraient son innocence.

Le prince Andrew et Virginia Roberts à Londres en 2001. La jeune fille avait à l'époque 17 ans.

Selon des sources du «Herald», la nouvelle procédure lancée à New York concernerait de nouvelles victimes et de nouveaux témoins, qui auraient été entendus ces derniers mois. La première audience, lundi, portera sur une éventuelle caution. Une source du quotidien floridien indique que si Jeffrey Epstein était autorisé à verser une somme d’argent pour être remis en liberté, il ne manquerait pas de disparaître pour échapper aux autorités.

Source Paris Match

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