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Le timing de l’enquête interne de Nissan et certains détails de l’arrestation de Carlos Ghosn orientent sa défense vers la théorie du complot, rapporte le « JDD ».

Carlos Ghosn est-il victime d’un complot  ? C’est ce que croit sa défense, qui mise également sur une collusion entre le constructeur Nissan et le procureur japonais en charge de l’affaire. Comme le révèle LeJournal du dimanche dans l’édition de ce 23 juin, ce sont certains détails de l’arrestation de Carlos Ghosn et des mois qui l’ont précédée qui intriguent. Le feuilleton judiciaire a officiellement débuté le 19 novembre 2018 par l’arrestation de Carlos Ghosn à l’aéroport de Haneda, alors qu’il était attendu au siège de Nissan pour plusieurs réunions.

Les images diffusées dans le monde entier montrent des hommes en noir pénétrer dans l’avion pour arrêter le patron. Selon LeJournal du dimanche, qui s’appuie sur les éléments de la défense, Carlos Ghosn a été interpellé à l’intérieur de l’aéroport et les images de l’avion ne seraient qu’une mise en scène pour les médias locaux. Alors qu’il doit passer les formalités de contrôle, le PDG est amené dans une autre pièce, pour un « petit problème avec la machine », lui explique-t-on. Il est en réalité attendu par un procureur qui le met en état d’arrestation.

Une collusion entre Nissan et le procureur  ?

Les avocats de Carlos Ghosn s’intéressent particulièrement aux mois qui ont précédé ce 19 novembre. L’enquête interne contre le patron aurait débuté huit mois plus tôt en mars 2018 et, pour un ancien haut dirigeant de Renault cité par Le Journal du dimanche, « compte tenu des moyens mis en œuvre pour mener cette enquête, il est incompréhensible que personne ne l’ait alerté ». Hitoshi Kawaguchi et Hidetoshi Imazu, deux cadres dirigeants de Nissan, auraient transmis leurs découvertes au gouvernement japonais avant de passer à l’action. Le Meti (ministère de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie) aurait alors donné son feu vert pour l’opération concernant Carlos Ghosn. Selon LeJournal du dimanche, le procureur de Tokyo aurait été informé peu de temps après et aurait commencé ses démarches à partir du 1er juin 2018. Il aurait dès lors signé des accords de collaboration en échange d’impunité avec Harry Nada et Toshiaki Ohnuma, qui évoluent dans l’entourage de Carlos Ghosn.

La défense de l’ancien PDG est également troublée par le timing de l’enquête interne, qui serait, selon elle, le signe d’un complot. Cette dernière aurait été lancée au moment où le président de l’Agence des participations de l’État était à Tokyo afin de promouvoir un renforcement de l’alliance entre Renault et Nissan pouvant aller jusqu’à la fusion. Or, comme l’explique à l’hebdomadaire un proche de Carlos Ghosn, « les Japonais sont totalement hostiles à la fusion ». Il ajoute que ces derniers « ont estimé que Carlos Ghosn était la seule personne en mesure de l’imposer pour le compte des Français. Et qu’il serait difficile de lui résister. Ils ont donc décidé de l’éliminer ». « Il est tout de même étonnant qu’au moment de l’arrestation, le 19 novembre, des représentants du procureur entrent dans l’appartement de l’accusé à Tokyo et que des représentants de Nissan tentent d’entrer dans les résidences d’Amsterdam, Beyrouth, Rio et Paris. C’est bien la preuve qu’il y a collusion », affirme encore cette source au Journal du dimanche.

De son côté, Bercy confirme la possibilité d’une fusion, qui était « la feuille de route que nous avions fixée à Carlos Ghosn quand nous avons renouvelé son mandat en juin 2018 », explique un conseiller de Bruno Le Maire. Si l’ancien patron est désormais libre de ses mouvements à Tokyo, après 130 jours à la prison de Kosuge, le combat judiciaire s’annonce long. Selon le Journal du dimanche, la préparation du procès devrait s’étaler jusqu’à l’été 2020, pour une audience qui ne démarrerait pas avant début 2021. De quoi laisser aux avocats de Carlos Ghosn le temps d’étayer leur théorie.

 

Source : Le Point

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