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© Photo / Ring

Accusé par Jean-Luc Mélenchon d’avoir lancé un «appel au meurtre» à son encontre dans une vidéo humoristique, le vidéaste et polémiste Papacito devra répondre de l’accusation devant les tribunaux. Au micro de Sputnik, il dit ne pas craindre la censure et contre-attaque. Entretien exclusif. Et explosif.

Que risque Papacito pour la vidéo publiée dimanche 6 juin sur sa chaîne YouTube? Supprimée depuis par la plateforme, on voyait le vidéaste tirer avec des armes à feu sur un mannequin censé représenter l’électeur d’extrême gauche, avant de lui asséner des coups de couteau. L’objectif? «Voir si le matériel du mec qui vote Mélenchon lui permet de résister à une attaque terroriste potentielle sur le territoire», expliquait-il.

Mercredi 9 juin, le parquet de Paris ouvrait une enquête contre Papacito, de son vrai nom Ugo Gil Jimenez, pour «provocation publique non suivie d’effet à la commission d’atteintes à la vie ou à l’intégrité des personnes». En clair: au meurtre. Au micro de Sputnik, le polémiste se dit «très serein» quant au verdict du parquet. Il s’en prend vertement à Jean-Luc Mélenchon et dénonce un «emballement médiatique sans queue ni tête» dans cette affaire. Entretien.

Sputnik: Ce mercredi 9 juin, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour «provocation» au meurtre contre Jean-Luc Mélenchon. N’êtes-vous pas allé trop loin?

Papacito: «Si on se fie à l’extrait qui a été présenté par Jean-Luc Mélenchon, dans la grande tradition de manipulation politique à la trotskyste, on peut penser que la vidéo présente un appel au meurtre. Mais si on la regarde dans son entièreté, ce qu’ont fait très peu de journalistes, il ne fait absolument aucun doute que ce n’est pas un appel au meurtre, mais que c’est un simple pastiche. Qui se moque –certes de manière extrêmement provocante– du fait que le votant gauchiste sera démuni face à la société qu’il prône. C’est tout ce que cette vidéo montre en réalité. Le problème, c’est que beaucoup de médias ont pris les extraits de Mélenchon pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire une compilation orientée, pour reprendre en chœur l’interprétation que lui-même en a faite!

Cependant, il y aura un second temps, car Mélenchon a ouvert une séquence médiatique qui s’est retournée contre lui. Personnellement, il me tarde d’être entendu par le parquet pour être très certainement lavé de toute poursuite. J’organiserai alors mon propre contre-feu avec une vidéo qui sera très vue. Ce sera le sommet du ridicule, car on s’apercevra que tout l’appareil médiatique a suivi une accusation exagérée et une manipulation. Je suis très serein, car je sais pertinemment qu’avec le temps, je pourrai démontrer qu’il ne s’agit absolument pas d’un appel au meurtre. Et donc ridiculiser encore plus Jean-Luc Mélenchon!»

Sputnik: Vous n’avez donc aucun doute sur le fait d’être innocenté par le parquet?

Papacito: «La justice n’est pas une science exacte, je peux tout à fait être condamné. Le problème, c’est que ça créera une jurisprudence. La gauche a quand même pris l’habitude de faire des choses similaires: Taha Bouhafs [journaliste militant proche de Jean-Luc Mélenchon et de La France insoumise, ndlr] s’est baladé avec une tête de Marine Le Pen au bout d’une pique, Raquel Garrido [ancienne porte-parole de LFI, ndlr] a expliqué que Macron pourrait bien être décapité.

“Mon métier, c’est de faire émerger des polémiques”

Ces gens-là n’ont jamais été inquiétés. Si je suis lavé de cette accusation, c’est une victoire pour moi. Si je suis condamné, on reproduit une séquence médiatique qui me donnera encore plus de visibilité et qui fera que mes vidéos feront encore plus de vues. Dans les deux cas, ce serait bénéfique pour moi. Je rappelle que depuis le début de cette “affaire”, j’ai gagné énormément d’abonnés, de visibilité et de marques de sympathie sur YouTube.»

Sputnik: Quelle était votre intention en publiant cette fameuse vidéo (désormais supprimée par YouTube) dimanche 6 juin, qualifiée «d’appel au meurtre» par Jean-Luc Mélenchon?

Papacito: «La mère de toutes les intentions, c’est-à-dire l’humour! Plus précisément, le maximum qu’on puisse faire dans l’humour dérangeant et provocant. Mon métier, c’est de faire émerger des polémiques, de faire de la satire. Fatalement, cela se fait par un humour extrême, mais qui a moins la vertu de pointer du doigt les tabous qui dérangent vraiment.»

Sputnik: Jusqu’où peuvent aller le second degré, l’humour et la provocation selon vous? En 2013, Charlie Hebdo provoquait avec un dessin en Une barré de la mention «Le Coran c’est de la merde, ça n’arrête pas les balles». Les deux polémiques sont-elles identiques?

Papacito: «Je ne sais pas s’il y a une analogie à faire dans le sens où ma vidéo est plus un pastiche qui visait à démontrer la faiblesse d’un votant de gauche dans le cas d’une attaque terroriste. Dans la Une de Charlie Hebdo, le titre était quand même insultant vis-à-vis des musulmans. Moi, mon titre, c’était: “Le gauchisme est-il pare-balles?”. Ça se présente comme une question vérifiable ensuite dans ma vidéo! De la même manière que je souhaite que Charlie Hebdo continue à exister, j’estime que ce que je fais a aussi le droit d’exister. La gauche ne doit pas avoir le monopole de la provocation, de ce qu’on a le droit de dire ou pas sans encourir des peines!

“Un emballement médiatique sans queue ni tête”

Je rappelle par exemple que le journal Libération, qui donne des leçons aujourd’hui sur cette affaire, faisait la promotion de la pédophilie dans les années 70. Il était titré: “Apprenons l’amour à nos enfants” avec le dessin d’une petite fille en train de faire une fellation à un adulte. Il serait temps qu’on nous explique ce qui fait partie de l’humour, de la décence ou de l’indécence! Libération n’a jamais été inquiété dans cette affaire. Par ailleurs, on nous a parlé de la prétendue “violence d’extrême droite”. On cherche toujours les morts qui ont été causés par l’idéologie patriote. Il suffit d’ouvrir les journaux pour voir qui tue en France. Cette séquence médiatique est à la mesure de ce qui se passe dans ce pays: de la folie, de l’illogisme, une espèce de nihilisme fou et un emballement médiatique sans queue ni tête.»

Sputnik: Avez-vous le sentiment d’avoir servi de «contre-feu» à Jean-Luc Mélenchon suite à la polémique qu’il a déclenchée sur France Inter dimanche 6 juin autour d’un possible «grave incident» ou d’un «meurtre» qui tomberait «la dernière semaine de la campagne présidentielle»?

Papacito: «Si Jean-Luc Mélenchon avait eu la même intelligence et le même taux de perversité qu’un Trotski par exemple, il aurait pu s’en servir de manière efficace. Malheureusement pour lui, il n’a pas l’intelligence de son maître à penser. C’était tellement grossier que cela s’est finalement retourné contre lui. Je rappelle que le jour même où il a fait sa conférence de presse, il est devenu l’homme politique le moins apprécié des Français! [rires]

Donc, je pense que c’est un échec complet, en plus il y a eu un effet Streisand: en voulant maquiller ses déclarations de la veille avec cette vidéo, non seulement il m’a fait connaître aux yeux du grand public, mais en plus, on a remis son affaire sur la table. Il est plus exsangue que jamais: il suffit de regarder la barre de like et de dislike sous sa vidéo [32.000 dislike, 13.000 like, ndlr]. Le peuple a tranché! C’est une personne isolée qui fait énormément de mal à la gauche. J’espère qu’il va se présenter aux Présidentielles [sa candidature est déjà actée, ndlr], car il fera faire à son parti un score terrible.»

Sputnik: Votre vidéo a été supprimée par YouTube. En janvier dernier, votre compte Twitter était supprimé lui aussi. Dans votre entretien donné à VA+ juste avant l’ouverture d’une enquête, vous affirmiez «avoir gagné la bataille d’Internet». Est-ce vraiment le cas?

Papacito: «Si la censure est forte, c’est que le système est exsangue. Ça pousse de partout et il faut colmater les brèches! Je n’exclus pas une disparition de mes comptes à moyen ou long terme, cela fait partie de l’ordre des choses. J’ai été évincé de Twitter, je n’y suis pas retourné et j’ai accepté. Je fais mon travail au maximum de ce que je peux faire, le jour où je serai complètement bâillonné, ce sera à d’autres de prendre le relais.

La question, ce n’est pas tellement moi, au fond. Le combat sera repris de toute manière par d’autres personnes. Peu importe si je suis réduit au silence petit à petit. La cartouche Papacito aura fait son travail, d’autres combattants viendront poursuivre le combat! Je m’inscris aussi dans une séquence historique démarrée depuis très longtemps. En tant que catholique, je sais que j’ai une utilité, une trajectoire. Il faut que j’aille au bout de cette trajectoire avec tout ce que cela peut m’apporter de bienfaits, de malchance et de déboires. C’est le sens de la vie chrétienne. Mais je ne suis pas inquiet, loin de là.»

Source : Sputnik France

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