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Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse à l'Élysée, le 22 août 2019. (MUSTAFA YALCIN / ANADOLU AGENCY)

Le chef de l’État s’est dit prêt mercredi à changer certaines pratiques « au vu des blessures inacceptables » chez les policiers et chez les manifestants lors de la mobilisation des « gilets jaunes ».

Emmanuel Macron s’est dit mercredi 21 août « très vigilant » sur l’état de fatigue des forces de l’ordre, tout en envisageant de « repenser certaines méthodes d’intervention », au vu des « blessures inacceptables » chez les policiers et chez les manifestants pendant le mouvement des « gilets jaunes »« Cela doit nous conduire à repenser certaines méthodes d’intervention, à les relégitimer si besoin », a dit le chef de l’État lors d’une rencontre avec l’Association de la presse présidentielle.

Ces déclarations interviennent alors que tout le Pays basque a été placé sous bulle sécuritaire à l’occasion du G7 qui se déroule à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques) du 24 au 26 août. Le débat sur de possibles violences policières s’est maintenu ces derniers mois. D’abord au plus fort du mouvement des « gilets jaunes », au cours duquel plusieurs centaines de policiers et manifestants ont été blessés, et plus récemment, avec la mort d’un jeune homme, Steve Maïa Caniço, qui avait disparu à Nantes le 22 juin, en marge de la fête de la musique. Sa mort avait déclenché une controverse sur les conditions d’intervention des policiers cette nuit-là. Alors que penser des déclarations d’Emmanuel Macron ? Les réactions sur franceinfo sont prudentes, voire sceptiques.

Patrick Galliand, « gilet jaune » : « Très démagogique »

« Il attend qu’il y ait 25 éborgnés pour se dire que peut-être on n’agit pas bien », s’indigne jeudi 22 août sur franceinfo Patrick Galliand, un « gilet jaune » qui a perdu un œil dans les manifestations. C’était le 24 novembre à Paris, lors de « l’acte 2 » de la mobilisation. Ce commercial de Morsang-sur-Orge (Essonne) estime qu’avec ces déclarations, Emmanuel Macron ne fait qu’anticiper un retour des manifestations à la rentrée. « Il se dit : les gars ne baissent pas les bras, il faut que je change mon fusil d’épaule parce que je ne vais pas m’en sortir par la force. Sa volonté n’est pas par rapport aux blessés, elle est par rapport à l’image. Il se dit que ça va lui revenir dans la tête en boomerang », estime Patrick Galliand.

Le « gilet jaune » ne refusera pas de dialoguer avec le président mais reste sur sa réserve. « Je suis toujours pour le dialogue alors aller parler avec lui, pourquoi pas », dit-il. « Je trouve ça très très, très démagogique. Franchement, vu l’attitude du gouvernement depuis des mois et des mois, je suis extrêmement sceptique quant à leur bonne volonté », conclut-il

David Michaux, policier : « Plus que vexant »

« On est quand même assez surpris de la volonté de remettre en cause la doctrine d’emploi des forces de l’ordre, étant donné que pour nous, elle fonctionne très très bien », confie sur franceinfo jeudi 22 août David Michaux, secrétaire national du syndicat CRS UNSA Police. Pour lui, les manquements viennent « de grosses erreurs de commandements ». Il faut « confier le maintien de l’ordre aux spécialistes qui sont les CRS et les gendarmes mobiles », tranche-t-il, « choqué » par les déclarations d’Emmanuel Macron de qui il attendait « plutôt un message de soutien »« Entendre ce genre de propos, quand même, c’est plus que vexant pour nous. »

Mais selon lui, il s’agit surtout d’un « message politique », d’une volonté de« calmer les choses et de montrer qu’il y a une volonté de faire la clarté sur les événements passés ».  

Malik Salemkour, président de la LDH : « Des déclarations tardives »

« Depuis novembre de l’année dernière, depuis les premières violences, on a alerté en disant : attention, il y a là une stratégie de maintien de l’ordre qui n’est pas bonne », rappelle Malik Salemkour, le président de la Ligue des droits de l’homme. « Il a fallu quand même attendre 1 800 policiers blessés et plus de 2 000 manifestants blessés, regrette Malik Salemkour. Le président a même utilisé le terme de ‘mutilations’, du côté des forces de l’ordre mais aussi de nos concitoyens. Donc, quelque part, il reconnaît qu’il y a eu des violences policières. »

Le président de la LDH est prudent. « Ce sont des déclarations fortes, des déclarations tardives, mais qui imprègnent peut-être une volonté de changer. Donc, des déclarations bienvenues. Mais maintenant, on attend surtout les actes. » Malik Salemkour s’alarme du dispositif ultra-sécuritaire mis en place pour le G7, et du « discours de fermeté » entretenu par le gouvernement. « On voit comment se prépare Biarritz avec le sommet du G7 ou Hendaye avec le contre-sommet des ONG, observe-t-il. Je ne suis pas sûr qu’attiser les tensions, provoquer soit de bonne politique. Mais surtout, il semble parti dans des interventions préventives à nouveau. Nous aimerions que le maintien de l’ordre puisse se faire dans l’État de droit, c’est-à-dire que ce soit les faits qui soient sanctionnés et non les intentions présumées de certains. »

Source : francetvinfo

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