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Un mea culpa sans détour pour s’en « détacher ».

C’est un mea culpa d’une rare limpidité. Après 130 ans d’existence, le célèbre magazine National Geographic procède à un profond « examen de conscience » et reconnaît le racisme qui s’est glissé dans ses reportages au fil des décennies.

Dans un éditorial publié lundi 12 mars, alors même que le mensuel publie un numéro spécial sur l’histoire des « races« , la rédactrice en chef Susan Goldberg détaille son malaise et la démarche de sa rédaction: « Il m’est douloureux de partager cet affreux état de fait qui fait pourtant partie de l’histoire du magazine. Mais (…) il nous faut faire cet examen de conscience avant de considérer de faire celui des autres. »

Pour bien cerner l’étendue des stéréotypes qui ont marqué son histoire, le magazine américain a demandé à un spécialiste de l’histoire de la photographie et de l’histoire de l’Afrique de se plonger dans ses archives. Le constat de John Edwin Mason, professeur à l’Université de Virginie, laisse apparaître deux dérives racistes entretenues par le mensuel jusqu’aux années 70.

« National Geographic ignorait complètement les personnes de couleur qui vivaient aux États-Unis, ne leur reconnaissant que rarement un statut, le plus souvent celui d’ouvriers ou de domestiques », explique d’abord Susan Goldberg. « Parallèlement à cela, le magazine dépeignait avec force reportages les ‘natifs’ d’autres pays comme des personnages exotiques, souvent dénudés, chasseurs-cueilleurs, sorte de ‘sauvages anoblis’, tout ce qu’il y a de plus cliché », ajoute la rédactrice en chef, dont le magazine fut fondé en 1888, à une époque d’intense colonisation par les puissances occidentales.

Pour ne citer qu’un exemple parmi d’autres, un reportage en Australie datant de 1916 a particulièrement choqué les lecteurs et les journalistes de National Geographic. Sous plusieurs photos d’Aborigènes, dont celle en tête d’article, on pouvait y lire cette légende: « Deux Noirs sud-Australiens: ces sauvages se classent parmi les moins intelligents de tous les êtres humains. »

À l’heure où des mouvements émancipateurs comme #Metoo se font entendre bruyamment, National Geographic n’est pas la seule publication à jeter un regard critique sur son passé. Le 8 mars dernier, le New York Times a publié la nécrologie de 15 femmes célèbres à l’occasion de la Journée internationale des femmes. « Depuis 1851, les nécrologies du New York Times sont dominées par les hommes blancs. Aujourd’hui, nous ajoutons les histoires de 15 femmes remarquables », expliquait le quotidien.

Source huffingtonpost