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La députée LREM Laetitia Avia doit présenter mercredi son projet de loi de lutte contre la haine sur Internet. AFP

Homophobie, entorses au droit du travail… Une enquête de Mediapart accable la députée LREM de Paris qui dénonce «un tableau mensonger» et annonce qu’elle va «déposer plainte pour diffamation».

Elle est censée être sur le devant de la scène ce mercredi pour défendre à l’Assemblée sa proposition de loi destinée à lutter contre la haine sur Internet. Mais la députée LREM de Paris, Laetitia Avia voit s’annoncer une toute nouvelle bataille. L’élue voit en effet son image sérieusement écornée après la publication, mardi soir, d’une enquête de Mediapart, dénonçant des pratiques managériales illégales et un harcèlement moral qui viserait plusieurs ex-membres de son équipe.

Quelques heures seulement après la publication de l’enquête, Laetitia Avia a condamné sur Twitter des « accusations mensongères et incohérentes », ajoutant qu’elle allait « Déposer plainte pour diffamation ».

En tout, cinq anciens collaborateurs ont accepté de témoigner, décrivant des « humiliations à répétition » au travail et des propos à caractère sexiste, raciste et homophobe tenus par l’élue. Un ancien salarié d’origine asiatique serait ainsi devenu le « bouc émissaire » de la députée. L’enquête, étayée par de multiples captures d’écran de conversations privées, révèle des remarques faisant référence aux origines de son assistant : « ça sent le chinois » ou encore « Tu es un faux Chinois, tu ne maîtrises pas Mac ».

« On a voté l’amendement des PD »

La députée qui mène de front un combat en faveur des droits des personnes LGBT, verserait également dans le sexisme et l’homophobie, toujours selon Mediapart. « On a voté l’amendement des PD », aurait-elle souligné dans une conversation écrite avec son équipe. Une phrase dont elle s’est justifiée sur Twitter, expliquant qu’elle reprenait ainsi les mots de son ex-collaborateur.

De même, ses collègues feraient également l’objet de remarques et insultes sexistes, assurent plusieurs ex-assistants parlementaires. « Elle insulte souvent les députées qu’elle n’aime pas de ‘pute’ », révèle à Mediapart, Nicolas, l’un de ses anciens collaborateurs.

« Parfois, elle se moque du physique de certaines militantes de sa circonscription, mais aussi de membres de l’équipe quand ils ne sont pas là. L’un est trop gros, l’autre s’habille mal », souligne Benoît, un de ses ex-assistants.

« Une emprise »

Outre ses remarques, les cinq anciens assistants parlementaires dénoncent des pratiques managériales harassantes. « Avia, c’est un système qui vous broie », assure William qui a travaillé pour l’élue pendant plus d’un an. « Travailler pour elle, c’était être sollicitée de 7 heures à 1 heure du matin. Même le week-end. », abonde une autre ancienne assistante.

Certains se seraient également vus confier des missions qui n’entrent pas dans le cadre de leur travail, à savoir « gérer des rendez-vous personnels » ou encore « réserver une place pour son mari à Roland-Garros », raconte l’un de ses membres d’équipe. « Elle était capable de piquer de grosses colères ou de nous infantiliser en permanence, mais pouvait devenir tout à fait adorable ou s’excuser quand elle allait trop loin. Psychologiquement, c’est très dur à gérer et ça maintenait une emprise », explique encore William auprès du média en ligne.

Des pratiques contraires au droit du travail

Enfin, certaines pratiques employées par Laetitia Avia seraient contraires au droit du travail, souligne encore l’enquête. Une ancienne assistante, Sophie aurait ainsi été officiellement embauchée en février 2018, soit un mois après avoir commencé à travailler pour la députée… sans être rémunérée. L’élue aurait également refusé de payer certains congés payés d’une autre salariée embauchée en CDD.

Ces dysfonctionnements auraient été signalés auprès du président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand et de la cellule anti-harcèlement de la chambre, sans aucun résultat jusqu’à présent, déplore encore Mediapart. « L’institution, le règlement et l’administration de l’Assemblée ont une grosse part de responsabilité voire de complicité », juge ainsi Nicolas, un ancien salarié de l’équipe de la députée.

Déjà au cœur d’une polémique après une altercation avec un chauffeur de taxi il y a trois ans et accusée d’avoir voulu empêcher une collaboratrice de télétravailler pendant le confinement le mois dernier, cette nouvelle controverse pourrait marquer un coup d’arrêt à l’ascension fulgurante de c elle qui était présentée en exemple dans l’hémicycle par Édouard Philippe en 2017, après les élections législatives.

Source : Le Parisien

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