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Alexandre Benalla, ici avec Vincent Crase le 1er mai à Paris, a "personnellement" négocié un contrat russe depuis l'Élysée, selon Mediapart.

Avec Vincent Crase, l’ancien chargé de mission aurait permis la conclusion d’un contrat entre Iskander Makhmudov et la société Velours, selon Mediapart.

Le volet russe de l’enquête sur Alexandre Benalla est-il une « affaire de cornecul », comme le dit le ministre de l’Intérieur? Pas si l’on en croit Mediapart, qui confirme ce lundi 11 février que l’ancien chargé de mission a conclu, alors qu’il était en poste à l’Élysée, un contrat de sécurité de près de 300.000 euros avec un proche de Vladimir Poutine.

Le parquet national financier (PNF) avait annoncé jeudi l’ouverture d’une enquête pour « corruption » concernant ce contrat, à la suite, déjà, des révélations de Mediapart et la publication d’un enregistrement compromettant d’une conversation entre Alexandre Benalla et Vincent Crase, ancien employé de La République en marche.

Des rendez-vous près de l’Élysée et au siège de LREM

Dans sa nouvelle enquête, Mediapart indique qu’Alexandre Benalla « a personnellement négocié de bout en bout » ce contrat de sécurité de 294.000 euros avec Iskander Makhmudov, un oligarque russe proche du Kremlin, dont le média français en ligne explique qu’il est « lié à la mafia » et cité dans deux affaires en Espagne et en Allemagne, soupçonné d’avoir blanchi de l’argent de la mafia russe.

Le président de la société de protection privée Velours, sous-traitante du contrat russe, a confirmé à Mediapart puis sur le plateau de BFMTV qu’Alexandre Benalla, lui-même ancien employé de Velours entre 2014 et 2015, était entré en contact avec lui début 2018 pour lui proposer un marché avec « un ami ».

Jean-Maurice Bernard, ancien officier de l’Office central de lutte contre le crime organisé, indique que plusieurs réunions ont eu lieu pour conclure ce contrat de protection privée de la famille Makhmudov. L’une d’elles a lieu dans un bar à chicha près de l’Élysée à la mi-mars. Alexandre Benalla s’y présente accompagné de Vincent Crase, réserviste du commandement militaire, et responsable de la sécurité de La République en marche.

D’après Mediapart, d’autres rendez-vous à ce sujet auront lieu dans ce même café mais aussi au siège de LREM, en présence uniquement de Vincent Crase. « Tout a été organisé de manière à ce que nous n’ayons aucun contact avec les représentants de la famille Makhmudov, ni avec leurs avocats, puisque tout a été géré par Vincent Crase (…) C’est lui qui maîtrisait et qui avait les contacts avec la famille, les avocats », explique Jean-Maurice Bernard sur BFMTV. Un accord de sous-traitance entre Mars, la société de Vincent Crase, et Velours, est signé le 25 juin, selon Mediapart.

Le contrat rompu au début de l’affaire en juillet

Mediapart, comme le président de Velours, s’interrogent sur les « plus-values » réalisées par la société Mars. L’entreprise touche, selon le média, 122.000 euros, contre 172.200 pour Velours, qui prend en charge les salaires -7 agents devaient assurer la protection de la famille. « Je me dis que le client et nous-mêmes nous sommes bien fait avoir, dit Jean-Maurice Bernard. Quand nous déduisons les salaires et toutes les charges, il nous reste sur ce contrat 7000 euros de marge nette par mois (la mission a duré trois mois, ndlr) ».

Fin juillet, alors qu’éclate « l’affaire Benalla » au sujet des violences du 1er mai, la société Velours dénonce le contrat. C’est dans ce contexte qu’Alexandre Benalla et Vincent Crase se rencontrent le 26 juillet à Paris, malgré le contrôle judiciaire qui leur interdit d’entrer en contact. Selon Mediapart, Alexandre Benalla s’est rendu à deux reprises au siège de Velours pour demander à la société « de garder le silence sur le contrat ».

« Alexandre Benalla nous a demandé de ne pas rompre le contrat nous liant à la société Mars. Contrat pour lequel il nous a sollicités. Contrat dont il a assisté la négociation. Contrat dont il a suggéré les noms », explique Jean-Maurice Bernard au média en ligne.

Un autre contrat avec un oligarque russe en décembre

Mediapart assure par ailleurs qu’Alexandre Benalla continue de suivre le dossier Makhmudov depuis qu’il a quitté la présidence cet été, après les révélations des faits de violence le 1er mai à Paris. Après avoir fermé le compte bancaire de la société mars, Alexandre Benalla et Vincent Crase auraient participé à la création d’une nouvelle société, France Close Protection, chargée de prendre le relais sur la protection d’Iskander Makhmudov. « Le montant total de la nouvelle mouture du contrat Makhmudov s’élève à 980.000 euros (hors taxes) », écrit Mediapart, dont 294.000 euros auraient été versés à France Close Protection. La société a ensuite « payé Alexandre Benalla pour plusieurs dizaines de milliers d’euros », selon Mediapart.

Toujours selon le journal, Alexandre Benalla a signé en décembre un autre contrat de sécurité privée, avec un autre oligarque proche de Vladimir Poutine, Farkhad Akhmedov, à hauteur de 980.000 euros.

En janvier, face à la Commission des lois du Sénat, Vincent Crase avait assuré avoir travaillé pour Iskander Makhmudov une fois parti de l’Élysée, et sans qu’Alexandre Benalla n’intervienne. Sous serment, ce dernier avait de son côté indiqué avoir été « au courant » des « affaires » de Vincent Crase, mais n’avoir « jamais contribué à une quelconque négociation ou conclusion » de contrat de ce genre. « Je n’ai jamais été intéressé au moindre contrat que M. Crase a pu passer avec qui que ce soit, ou n’importe qui d’ailleurs », avait-il ajouté.

Source : Huffingtonppost

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