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Le parti créé par Emmanuel Macron se débat entre sa volonté d’éviter les luttes de courants et les appétits de démocratie interne de ses adhérents.

Parce que c’était leur projet. A moins d’un an des élections municipales qui doivent permettre d’ancrer durablement La République En Marche dans les territoires, la désignation des candidats tourne au vinaigre au sein du parti présidentiel d’Emmanuel Macron, écartelé entre son obsession d’éviter les luttes de courant internes et la demande, de plus en plus pressante, d’instances démocratiques et représentatives.

Alors que le délégué général de LREM, Stanislas Guérini, doit dévoiler ce lundi 17 juin les noms des premières personnalités investies par la commission nationale (CNI) pour partir à la conquête des communes, c’est à Paris que les désaccords se font les plus vifs. Ce week-end, quatre des six candidats en lice ont cosigné une tribune pour exiger une “consultation” des Marcheurs et des Parisiens afin de désigner le futur champion macroniste dans la capitale. Un affront adressé à la CNI du parti, qui a toujours exclu la moindre primaire, tout comme le favori de cette compétition interne, l’ex-porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux.

En guise de riposte, les 15 référents LREM de la capitale (qui font office de préfets du parti dans les territoires) ont cosigné une tribune dans Le HuffPost réaffirmant leur confiance en la CNI et dans les instances du mouvement.

Comme eux, Benjamin Griveaux rappelle dans Le Parisien que “la méthode de désignation du candidat a été votée en novembre par l’ensemble des membres du Conseil d’En Marche, et confirmée à l’unanimité au printemps par le bureau exécutif du mouvement…” “Si on juge que ce n’est pas la bonne manière il fallait le dire avant!”, tranche le député du centre de Paris qui plaide depuis des mois pour une désignation rapide du candidat LREM.

Les tensions sont telles que le patron du groupe macroniste à l’Assemblée, Gilles Le Gendre a dû siffler la fin des hostilités. “Halte au feu! Je trouve que l’affaire est en train de prendre un très vilain tour. Cela ne plaît pas du tout”, a-t-il mis en garde sur France3.

Loyalistes contre réformateurs

Trop tard. Car au-delà des rivalités entre les candidats à l’investiture, c’est bien le fonctionnement interne du parti présidentiel qui est désormais remis en cause. Tout le week-end, les Marcheurs parisiens ont fait chauffer les boucles Telegram du mouvement. D’un côté, les loyalistes rappellent que les statuts du parti confient à la seule CNI le pouvoir d’investir les candidats. Mission dont elle s’est acquittée sans contestation lors des législatives. De l’autre, les réformateurs réclament d’avantage de transparence et d’écoute de la part d’une direction qui a pris la mauvaise habitude de trancher seule les décisions stratégiques.

“Notre mouvement est très jeune. En 2017, il a fallu faire les choses très vite pour sélectionner les 577 candidats en un temps record avec beaucoup de primo-candidats. Mais on ne peut pas rester éternellement sur ce système”, estime la députée LREM de Paris Anne-Christine Lang, proche de Cédric Villani et qui plaide pour une consultation des adhérents en vue des investitures.

Problème: au moment de sa création par Emmanuel Macron, En Marche! s’est toujours targué de ne pas reproduire les querelles intestines du PS et des Républicains. D’où l’hostilité profonde de certains macronistes à l’égard de toute primaire, considérée comme “une machine à perdre et à diviser”.

“Dans mon arrondissement, les Marcheurs y sont plutôt opposés”, relève le référent LREM du 16e arrondissement, Gilles Widawski. S’il reconnait que le fonctionnement interne du parti doit évoluer, ce soutien assumé de Benjamin Griveaux regrette que “certains essayent d’instrumentaliser les Marcheurs pour contester les statuts.”

“Je suis ouvert au débat même si je pense que les primaires ont pour effet pervers de mettre plus en évidence les dissensus que les consensus”, met en garde le député parisien Pacôme Rupin. Au sein de LREM, les ex-socialistes comme les anciens des Républicains ont encore tous en mémoire la catastrophe des primaires de droite et de gauche de 2016 et 2017 dont les deux vainqueurs, François Fillon et Benoît Hamon, ont été balayés dès le premier tour de la présidentielle.

“Sous prétexte de l’échec des primaires précédentes, on ne peut pas rejeter toute consultation des Marcheurs, rétorque Anne-Christine Lang. On peut -et on doit- faire mieux pour associer les adhérents aux décisions sans retomber dans les travers des primaires où on se déchire”.

Tensions entre militants locaux et députés

Si les crispations sont patentes à Paris, le mouvement n’est pas épargné par les secousses en régions où son manque de structuration favorise les tensions et les découragements en marge des futurs arbitrages municipaux.

Dans le Nord, six députés LREM se sont fendus d’une lettre au délégué général Stanislas Guérini pour qu’il solde le conflit ouvert avec la référente départementale Delphine Garnier, qui a relayé l’opposition des Marcheurs locaux à l’investiture du maire LR de Roubaix, Guillaume Delbar, qui vient à peine de rallier le parti présidentiel. Dans leur courrier, les parlementaires dénoncent des pratiques de “rétention d’information, intimidation des militants, manque de respect”, mais aussi “des propos et des gestes agressifs et sexistes”.

Ce n’est pas la première fois que le ton monte entre des députés macronistes, les préfets et les militants locaux du mouvement, tous bénévoles et souvent éloignés des décisions prises par la direction nationale. Et la stratégie de LREM aux prochaines élections municipales, qui vise à investir des maires sortants de droite ou de gauche soutenant l’action du chef de l’Etat, devrait encore accroître les frustrations des militants dont beaucoup attendent leur tour de briller.

A Tours, les marcheurs s’inquiètent de l’activisme déployé par le maire Christophe Bouchet (Mouvement radical). Les militants LREM sont également soucieux à Orléans, où le maire Olivier Carré est proche d’Edouard Philippe, à Angers avec Christophe Béchu, ou encore à Toulouse, où Jean-Luc Moudenc n’a eu de cesse de souffler le chaud et le froid envers LREM.

Dans les Alpes-Maritimes, l’hypothèse d’une alliance entre la majorité sortante du LR Christian Estrosi et LREM fracture les forces macronistes locales. Récemment, une tribune anonyme émanant des rangs d’En Marche! a vivement dénoncé le rapprochement avec le maire de Nice et l’attitude des trois députés LREM, les auteurs exigeant une candidature autonome de LREM aux municipales.

Une situation de confusion des légitimités que l’absence d’élections internes ne contribue pas à solder. A Paris comme à Nice, chacun est d’ailleurs convaincu que c’est à l’Elysée, et non à la CNI, que les décisions seront prises. “C’est tout le problème d’un système où des gens nommés au Burex (bureau exécutif du parti) nomment des gens à la CNI qui consultent des référents eux-mêmes nommés pour au final nommer un candidat”, résume un cadre du parti présidentiel. Symbole de ces décisions “tombées d’en haut”, la nomination de l’ex-ministre Nathalie Loiseau en tête de la liste aux européennes sert aujourd’hui de contre-exemple à ceux qui réclament davantage de démocratie interne.

Vers une révision des statuts

Face à ces crispations qui s’accumulent, le délégué général d’En Marche! Stanislas Guérini a tout de même pris les devants en lançant une consultation interne en vue d’une révision des statuts du mouvement. “Renforcer la démocratie interne”; “améliorer le fonctionnement de nos instances nationales”; “mieux définir le rôle de chacun sur le territoire”… Les chantiers sont éloquents et témoignent de la prise de conscience de la “crise de croissance” que traverse le mouvement.

Mais en attendant de voir ces chantiers aboutir, pas question pour la direction de LREM de modifier son processus de sélection des futurs candidats aux municipales. “La démocratie interne est une vraie question : mais tant que les statuts n’ont pas été amendés, on doit les respecter. On ne change pas les règles du jeu en plein match”, plaide le référent Gilles Widawski.

Point de vue également relayé par Pacôme Rupin: “ce n’est pas aux candidats qui sont juges et parties de choisir le moyen qui leur correspond le mieux pour être désignés”.

Problème: les statuts du mouvement prévoient déjà, à leur article 23, la possibilité d’organiser des consultations en vue de désigner les futurs candidats. De quoi nourrir pour encore quelques semaines le débat déjà électrique chez les macronistes parisiens.

Source : Huffingtonpost

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