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Depuis son accession à la magistrature suprême, Emmanuel Macron est confronté à une série de contestations populaires. Avant lui, ses prédécesseurs ont également été contraints de gérer la colère de la rue, qui a parfois eu le dernier mot.

Après la parenthèse enchantée de l’élection présidentielle, les présidents qui se sont succédé à la tête de la France ont rapidement vécu leur baptême de la rue. Si certains ont revu à la baisse leurs ambitions de réformes face aux fortes mobilisations, d’autres ont en revanche refusé de changer de cap.

Macron, Hollande et Sarkozy ou le refus de céder

Depuis quelques semaines, l’exécutif, Emmanuel Macron en tête, fait face à la colère des Gilets jaunes. Ce mouvement citoyen né sur les réseaux sociaux proteste contre la hausse des taxes sur le carburant et plus globalement contre l’érosion du pouvoir d’achat. Organisée le 17 novembre 2018, la première mobilisation nationale a rassemblé près de 300 000 manifestants selon les chiffres du ministère de l’Intérieur. Malgré son succès, le gouvernement refuse pour l’heure de changer de cap. Face à cette fin de non-recevoir, les Gilets jaunes ont remis le couvert le 24 novembre. 106 301 manifestants se sont mobilisés lors de cette journée, d’après la place Beauvau. Les autorités ont assuré comprendre les inquiétudes des protestataires, mais l’absence de mesure concrètes a poussé ces derniers à lancer un nouvel appel à agir le 1er décembre.

Avant l’apparition des Gilets jaunes, d’autres mouvements de protestation ont secoué le début du quinquennat d’Emmanuel Macron.

Annoncée alors qu’il était candidat à la présidence de la République, une réforme du Code du travail français est présentée par Muriel Pénicaud le 6 juin 2017. Intitulée loi Pénicaud ou encore loi Travail 2, elle fait suite à la loi Travail appelée également loi El Khomri visant à réformer le code du Travail. Elle prévoit notamment la fixation d’un barème des indemnités versées au titre des dommages et intérêts lors d’un licenciement abusif, ce qui faciliterait le licenciement selon les opposants au texte. Par ailleurs, le délai de recours aux prud’hommes pour les salariés licenciés est raccourci. Ces flexibilités accordées aux entreprisessont censées favoriser l’emploi mais pour les organisations syndicales, ces mesures constituent surtout un coup porté à la protection sociale des salariés. La première mobilisation nationale contre les ordonnances avait réuni dans toute la France le 12 septembre 2017 entre 500 000 et 223 000 personnes. Malgré la pression de la rue, la loi est promulguée quelques jours plus tard.

Quelques mois plus tard, le 14 mars 2018, la présentation par Elisabeth Borne, ministre chargé des transports, d’un projet de loi pour un nouveau pacte ferroviaire, suscite également de vives inquiétudes. Le texte de loi prévoit, entre autres, la fin de l’embauche au statut des cheminots, la transformation de la SNCF en société anonyme ou encore l’ouverture à la concurrence, comme c’est le cas au niveau européen. La réforme de la SNCF s’inscrit en effet dans une série de «paquets ferroviaires» prévus par la Commission européenne. A l’origine de la réforme, le rapport Spinetta répondait précisément aux attentes formulées dans le quatrième paquet dont l’objectif est la libéralisation du transport des voyageurs par le rail en Europe. Le 22 mars, entre 115 000 et 400 000 personnes manifestent sur tout le territoire. Malgré les grèves décrétées dans les transports et les rounds de négociations entre gouvernement et syndicats, le projet de loi sur la SNCF est présenté à l’Assemblée le 9 avril et voté le 17 avril. La persistance de la grogne n’empêche pas le texte d’être définitivement adopté par le Sénat le 14 juin.

Le quinquennat de François Hollande a également été marqué par d’importantes manifestations populaires. Comme son successeur, le chef de l’Etat et son gouvernement sont accusés par une partie de la classe politique et les syndicats de vouloir revenir sur les acquis sociaux des salariés. Un projet de loi visant à «protéger les salariés, favoriser l’embauche, et donner plus de marges de manœuvre à la négociation en entreprise» est présenté le 17 février 2016 par la ministre du Travail Myriam El Khomri. Soutenue initialement par le patronat, le Fonds monétaire international (FMI) et une trentaine d’économistes, la réforme provoque rapidement une levée de boucliers chez les syndicats. Le 9 mars, entre 224 000 manifestants et 500 000 personnes se mobilisent pour mettre en échec la réforme.

Salués par la CFDT, les correctifs apportés par le gouvernement, comme la suppression de l’allongement du temps de travail des apprentis ou encore la révision des indemnisations prud’homales n’apaisent pas pour autant la colère de la CGT, FO et l’UNEF qui exigent toujours le retrait du projet de loi. Face aux mouvements de protestation, et notamment celui du 31 mars, qui rassemblent entre 390 000 et 1,2 millions de personnes, le gouvernement refuse toute concession.

Le 10 mai 2016, le Premier ministre de l’époque, Manuel Valls, décide malgré tout de recourir à l’article 49, alinéa 3 de la Constitution qui permet de faire adopter le texte sans vote du Parlement. Un mois plus tard, le Sénat vote en faveur de la loi Travail, après avoir rendu son contenu plus «libéral» au cours des travaux.Le texte est adopté par 185 voix contre 156, grâce au vote des sénateurs de droite, majoritaires au Sénat. Le texte est à nouveau adopté sans vote par l’Assemblée nationale, le 5 juillet.

Autre vent de révolte, plus sociétal celui-là, qui a soufflé sur le palais de l’Elysée : la contestation née de la proposition de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe, présentée par la garde des Sceaux Christiane Taubira le 7 novembre 2012. Promesse de campagne de François Hollande, la mesure a suscité l’ire de nombreuses associations et notamment celle de La Manif pour tous. A son appel, plusieurs manifestations se tiennent à travers l’Hexagone. Le 13 janvier 2013, La Manif pour tous regroupe à Paris entre 340 000 et 800 000 personnes. Le 24 mars, une seconde manifestation nationale réunit entre 300 000 et 1,4 millions de manifestants. Le projet de loi est définitivement adopté par l’Assemblée nationale le 23 avril.

Alors qu’il défendait la retraite à 60 ans lors de la campagne présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy charge au début de l’année 2010 Eric Woerth, ministre du Travail et de la Fonction publique, de présenter une réforme censée garantir l’équilibre financier du système de retraites par répartition. Parmi les mesures contenues dans la réforme figurent, le relèvement progressif sur une durée de six ans de l’âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans dès 2011 ou encore l’augmentation de 7,85 % à 10,55 % du taux de cotisation de la retraite des fonctionnaires sur une période de 10 ans, sans augmentation de salaire.

Le texte de loi engendre d’importants mouvements de protestation à travers le pays. A l’appel des principales organisations syndicales, une série de manifestations se tiennent entre le mois de mars et le mois de novembre. Le point culminant de la contestation a lieu le 12 octobre 2010 : entre 1,2 million et 3,5 millions de personnes se mobilisent à travers la France contre la réforme. Ces derniers ne parviennent pas à faire plier le gouvernement dont le projet de réforme est adopté par le Parlement puis promulgué le 10 novembre 2010.

Chirac et Mitterrand : quand la rue a le dernier mot

Contrairement à ses successeurs, Jacques Chirac a été contraint de céder face au mécontentement de nombreux Français. Le 16 janvier 2006, le Premier ministre Dominique De Villepin, à qui on prête alors une ambition présidentielle, présente un projet de loi portant sur la création du contrat première embauche (CPE).Ce contrat assorti d’une «période de consolidation» d’une durée de deux ans, au cours de laquelle l’employeur pouvait rompre le contrat de travail sans motif, est présenté comme une solution durable au chômage élevé chez les jeunes. Aux premiers rangs des contestataires figurent alors les syndicats et coordinations d’étudiants et de lycéens et les partis de gauche qui estiment que ce nouveau contrat favorise la précarité. Le mardi 7 février, de 218 000 à 400 000 personnes, principalement des étudiants, manifestent leur opposition au projet de loi. De nombreuses universités comme Rennes ou Nanterre sont le théâtre de blocages et d’affrontements avec les forces de l’ordre. Alors que la contestation s’inscrit dans la durée, Dominique de Villepin renonce en bout de course à l’application du projet de loi, pourtant adopté par le Parlement le 31 mars.

Neuf ans plus tôt, l’exécutif et le président Jacques Chirac se trouvaient déjà dans l’œil du cyclone. Dévoilé le 15 novembre 1995, le «plan Juppé» prévoit notamment un alignement des régimes spéciaux (SNCF, RATP etc.) sur le régime général, un allongement de la durée de cotisation de 37,5 à 40 annuités pour les salariés de la fonction publique ou encore l’augmentation des cotisations maladie pour les retraités et les chômeurs. Du 24 novembre au 15 décembre, des grèves de grande ampleur sont organisées dans la fonction publique et le secteur privé. Le 12 décembre, le pic de la mobilisation est atteint avec deux millions de manifestants. Si le Premier ministre Alain Juppé alors en poste affirme être «droit dans ses bottes», il est contraint de retirer la mesure le 15 décembre.

François Mitterrand, qui détient le record de longévité pour un président français, n’a pas non plus été épargné par les mouvements de contestation. En 1984, dans le cadre du projet de loi Savary, le gouvernement souhaite notamment intégrer les écoles privées à un «grand service public». Figurant parmi les 101 promesses de campagne de François Mitterrand formulées lors de la présidentielle de 1981, la mesure rencontre l’hostilité de l’Eglise – l’Etat propose en contrepartie de l’aide accordée aux écoles confessionnelles sous contrat, de titulariser les professeurs y exerçant – et des syndicats de l’enseignement public qui souhaitent que l’argent public ne soit réservé qu’à l’école laïque.

Très vite, la contestation s’organise : le 4 mars, une manifestation exigeant le retrait du projet de loi rassemble à Versailles au moins 800 000 personnes. Le 24 juin, une seconde manifestation réunit près de 1,2 millions de personnes à Paris à laquelle participent des leaders de la droite comme Jacques Chirac, alors maire de Paris et Charles Pasqua, sénateur des Hauts-de-Seine. Les contestataires auront raison du projet de loi qui est finalement retiré sur décision de François Mitterrand, le 12 juillet 1984.

Source : RT France

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