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Intervention d'Eric Zemmour à la convention de la droite, le 28 septembre 2019. - © Sameer Al-Doumy Source: AFP

Les figures politiques et intellectuelles qui sont intervenues à la convention de la droite ont eu à cœur de fustiger le progressisme et l’immigration. Des responsables de gauche, mais aussi de la majorité, s’en sont étranglés d’indignation.

Co-organisée par le magazine de droite L’Incorrect, le mouvement politique Racines d’avenir ainsi que le Cercle Audace, la convention de la droite s’est déroulée le 28 septembre à Paris… et n’a pas tardé à provoquer des réactions d’indignation, en particulier après la retransmission de l’intervention d’Eric Zemmour, relayée sur la chaîne d’information en continu LCI.

Dans sa diatribe à l’encontre du «progressisme», l’écrivain, journaliste et polémiste a, de fait, abordé plusieurs thèmes sensibles sans prendre de gants. Eric Zemmour a ainsi mis en garde contre l’«islamisation» de la France, brocardé des personnalités médiatiques et politiques et prôné la préférence nationale tout en suggérant une référence au concept de «grand remplacement» : «L’Etat français qui fut le génie bienveillant des populations françaises, est devenu par un retournement incroyable l’arme de destruction de la nation et de l’asservissement de son peuple, par le remplacement de son peuple par une autre civilisation», a-t-il déclaré.

Outre cette intervention polémique, sont intervenues sur des thèmes politiques, identitaires ou économiques des personnalités comme l’ancienne députée du Vaucluse Marion Maréchal, le maire de Béziers Robert Ménard, le président du Parti chrétien-démocrate Jean-Frédéric Poisson, l’activiste américaine pro-Trump Candace Owens, la journaliste et directrice de la rédaction de Causeur Elisabeth Lévy, mais aussi le philosophe Raphaël Enthoven, voix discordante du grand raout de la droite conservatrice et identitaire, qui a accepté l’invitation pour «rompre avec des habitudes confortables».

En conclusion de la convention, Marion Maréchal a cité cinq grands défis : «le grand remplacement», le «grand déclassement», le «grand épuisement écologique», le «grand basculement anthropologique» et le «grand affrontement des puissances». Et de conclure : «Demain, j’en suis intimement convaincue, nous serons au pouvoir.»

Médias et politiques de gauche et du centre s’indignent

Une partie de la presse est tombée à bras raccourcis sur la convention de la droite : le journal de gauche Libération a dénoncé une «caricature radicale», Paris Match a pointé des «propos extrêmes» et L’Obs a vu dans le discours d’Eric Zemmour «de la violence à l’état pur».

Le célèbre éditorialiste Jean-Michel Aphatie s’est également exprimé sur le sujet, sur Twitter, fustigeant à propos d’Eric Zemmour l’intervention d’une personnalité «condamnée par la justice [le 3 mai 2018 par la cour d’appel de Paris] pour incitation à la haine religieuse».

Même son de cloche chez certaines personnalités politiques de gauche : entre autres, la députée insoumise Danièle Obono a déploré le fait qu’en France, «on [puisse], fraîchement condamné pour provocation à la haine raciale, discourir à une convention d’extrême-droite et être relayé en direct sur une chaîne d' »information »», faisant référence à la diffusion par LCI du discours d’Eric Zemmour.

De même, l’élu municipal de Seine-Saint-Denis Madjid Messaoudene s’est demandé avec ironie «pourquoi LCI ne nous a pas diffusé ces images de la convention de la droite», en associant à ce message un cliché en noir et blanc d’Adolf Hitler au côté de Francisco Franco.

La «droite Zemmour», une menace pour la majorité ?

La convention de la droite est parvenue à faire réagir jusqu’au Premier ministre Edouard Philippe. Comme le rapporte l’AFP, le chef du gouvernement issu des Républicains, à l’unisson de plusieurs ministres, a condamné le 29 septembre «les discours nauséabonds» entendus la veille lors de la convention de la droite, «profondément contraires à l’idée que nous nous faisons de la France et de la République».

Des propos appuyés par des membres de la majorité présidentielle. «On doit de manière systématique s’élever contre ces discours de haine parce qu’ils vont chercher au fond de notre âme ce qu’on a de plus noir», a commenté la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye sur France Inter le 29 septembre.

La députée LREM Laetitia Avia a, de même, expliqué ne pas avoir de mots pour exprimer sa «honte» et sa «colère» à l’écoute d’un discours comportant «haine anti-musulmans» et «racisme décomplexé», «le tout diffusé en direct sur LCI». Et l’élue macroniste d’annoncer un «signalement» et une «plainte».

«La convention de la droite me fait horreur et me rassure. Elle me fait horreur dans la haine qu’elle déverse. Elle me rassure, car elle prouve qu’ils n’ont rien compris, ni à la France, ni aux Français», a de même réagi le délégué général de LREM, Stanislas Guerini, suggérant donc que l’événement, aussi détestable soit-il à ses yeux, ne représentait pas une menace politique pour la majorité.

De fait, la menace que pourrait représenter pour LREM la droite identitaire et conservatrice qui s’est réunie le 28 septembre, se voit limitée par la donnée suivante : si la plupart des participants à l’événement prônent l’«union des droites», ni la direction des Républicains ni celle du Rassemblement national ne la souhaitent aujourd’hui. D’ailleurs, Marine Le Pen avait recommandé à ses cadres de ne pas venir à cette «discussion» entre «cathos-conservateurs» – tout en précisant, le 29 septembre, sur France 3 qu’Eric Zemmour avait «toute sa place pour dire ce qu’il pense».

SOS Racisme va saisir le CSA, LCI fait état d’une «erreur d’appréciation»

La convention a provoqué des remous au-delà du monde politico-médiatique.

Le philosophe Bernard-Henri Lévy a ainsi vu dans la convention de la droite une «déclaration de guerre aux musulmans» et l’«infusion dans la République d’un racialisme fou». Et d’ajouter : «On n’avait pas entendu cela, avec cette pompe et ce vernis de respectabilité, depuis Doriot.»

L’association SOS Racisme s’est également indignée dans un communiqué des propos tenus lors de cette convention de la droite, qui a été le «grand défouloir des haines racistes et réactionnaires». Le discours «d’une particulière violence» d’Eric Zemmour constitue, selon elle, «quasiment un appel aux ratonnades». L’association a déploré que ce discours ait été retransmis en direct sur LCI et saisira le CSA le 30 septembre.

LCI a déclaré de son côté avoir commis une «erreur d’appréciation». «La diffusion du discours dans l’état n’était pas le format approprié pour notre chaîne», a indiqué la direction de la chaîne du groupe TF1 dans un communiqué. «Il y a bien eu contradiction et déconstruction des propos d’Eric Zemmour, mais c’était après-coup», a-t-elle fait savoir.

Source : RT France

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