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Le mouvement des stylos rouges, concomitant à celui des gilets jaunes, dénonce le désinvestissement et les conditions de travail dans l'Education nationale.

Stylos rouges, #PasDeVague… les thermomètres du ras-le-bol du corps enseignant s’emballent
Par Geoffroy Clavel

« Stylos rouges, gilets jaunes, même Macron, même combat »… S’ils ont moins fait parler d’eux que leurs compagnons de lutte en veste fluo, les enseignants en colère qui se mobilisent depuis des mois n’ont rien lâché de leurs revendications pour une revalorisation de leurs salaires (inférieurs à la moyenne de l’OCDE) et l’amélioration de leurs conditions de travail.

C’est dans ce climat de défiance que débarque ce lundi 11 février à l’Assemblée nationale le premier grand texte sur l’école du quinquennat Macron. Porté le ministre Jean-Michel Blanquer, ce projet de loi « pour une école de la confiance » vise précisément à « élever le niveau général des élèves » et promouvoir « la justice sociale ». Sans toutefois répondre aux interpellations des syndicats ni des enseignants mobilisés.

Les violences scolaires absentes du texte

Il est nécessaire « d’enclencher un cercle vertueux de confiance au sein du système éducatif, mais aussi dans la société grâce à l’école », fait valoir le ministre de l’Éducation, qui défend avec ce premier grand texte de loi, une volonté de favoriser l’intégration. Le gouvernement proposera notamment d’intégrer des mesures de la proposition de loi socialiste pour l’inclusion des élèves handicapés, tout récemment votée par les députés, et d’instaurer une obligation de « formation » pour les jeunes de 16 à 18 ans, mesure annoncée dans le plan pauvreté.

Cela n’empêche pas ce projet de loi « confiance » de déjà cristalliser le scepticisme à l’heure où les réformes du baccalauréat, celle du lycée ou encore Parcoursup sont encore contestées et accusées de promouvoir une vision libérale de l’éducation.

Malgré des mesures parfois emblématiques, le texte est contesté dès son premier article, qui rappelle le devoir « d’exemplarité » des enseignants et le respect que doivent leur manifester en retour élèves et familles. Des enseignants y voient une volonté de « museler » leur liberté d’expression, alors que des mouvements comme les « stylos rouges » ou #PasDeVague ont émergé fin 2018 sur les réseaux sociaux, dans le sillage des « gilets jaunes », afin d’obtenir pour le premier, un meilleur statut des enseignants, et pour le second, dénoncer les violences scolaires.

En octobre dernier, la scène filmée d’un adolescent braquant son enseignante avec une arme qui s’était révélée factice avait soulevé un émoi national. Pour lutter contre la violence à l’école, le gouvernement avait promis dans la foulée un arsenal de mesures sécuritaires, n’excluant pas de faire entrer les forces de l’ordre au sein des établissements scolaires lors de « moments de tension ».

Malgré des faits divers retentissants, qui ont contribué à sonner l’alarme sur la dégradation du climat dans certains établissements, cette problématique est absente du texte, le gouvernement ayant récemment repoussé une nouvelle fois son plan contre les violences scolaires, faute d’arbitrage sur certains sujets controversés comme la suspension des allocations familiales pour certains parents, mesure que LR et le RN vont réclamer dans l’hémicycle.

Du symbolique, pas de reconnaissance

Le ministre de l’Éducation « assume » que le projet de loi « ne touche pas à tous les sujets », et défend sa mesure centrale, l’abaissement de l’âge obligatoire de l’instruction, à trois ans au lieu de six, comme une mesure « emblématique » et à « la portée internationale ».

« Nous serons le pays (de l’UE) qui positionne l’âge de l’instruction obligatoire le plus tôt dans la vie », se félicite-t-il. Cette disposition est « totalement symbolique » pour des élus LR qui réclament sa suppression, arguant notamment que « l’immense majorité » des enfants de 3 à 5 ans sont déjà scolarisés.

Mais là encore, le gouvernement n’échappe pas aux reproches., La gauche lui reproche notamment de vouloir ôter la mention de l’instruction obligatoire « pour les enfants des deux sexes, français et étrangers », incluse dans le Code de l’éducation. L’ex-ministre George Pau-Langevin (PS), comme certains députés LREM, craignent que cela ne freine la scolarisation d’enfants étrangers.

La question du financement est là encore une pomme de discorde. L’obligation d’instruction à 3 ans impose aux collectivités de financer les maternelles privées sous contrat, ce que l’Etat prévoit de compenser. La gauche dénonce un « cadeau » fait au privé, quand LR crie « à l’injustice », dans la mesure où la compensation serait de moindre importance pour les communes qui aidaient déjà les maternelles privées par rapport à celles qui n’aidaient pas.

Autre indice de la défiance généralisée: les « missions d’enseignement » confiées aux assistants d’éducation (surveillants) dès leur deuxième année de licence si ceux-ci préparent les concours au métier d’enseignant. Pour le ministre, c’est une manière de doper le pré-recrutement. Syndicats et oppositions de gauche craignent que ces « pions » ne soient sollicités pour remplacer des enseignants absents.

La création du Conseil d’évaluation de l’école (CEE), pour jauger l’efficience des politiques éducatives, braque aussi les syndicats. « Le CEE proposera des outils d’auto-évaluation aux établissements. Ce sera aux enseignants de s’en saisir », assure à l’AFP Anne Brugnera, cheffe de file des députés LREM pour l’éducation, qui réfute toute volonté d’inspecter davantage les personnels, déjà éreintés par la charge de travail scolaire et extrascolaire, renforcée par des classes surchargées.

Source : Huffingtonpost

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