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Emmanuel Macron et Alexandre Benalla le 14 juillet 2018. (PHILIPPE WOJAZER / AFP)

Durant la campagne présidentielle, plusieurs dépenses engagées par le service de sécurité du candidat Macron, alors dirigé par Alexandre Benalla, seraient passées entre les mailles du filet de la Commission des comptes de campagne.

Selon une enquête du « Monde » publiée ce lundi 29 juillet, des dépenses destinées à assurer la sécurité du candidat Macron pendant la campagne présidentielle de 2017 auraient échappé au contrôle de la Commission des comptes de campagne (CNCCFP). Plusieurs notes de frais seraient également restées impayées.

Du personnel non déclaré

D’après le quotidien, l’effectif de sécurité réuni autour du candidat Macron lors d’un meeting Porte de Versailles le 10 décembre 2016 n’est pas celui qui aurait été déclaré à la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. Alors que les comptes de campagne recensent, en effet, une quarantaine d’agents de sécurité issus de l’agence VIP Sécurité, trois futurs piliers du service d’ordre du candidat ainsi qu’une dizaine d’hommes, issus de l’agence Tego Sécurité, auraient eux aussi été présents sur les lieux pendant le meeting d’après « le Monde ». Les comptes de campagne d’En Marche ! ne mentionnent pas ce personnel. La première facture de Tego Sécurité n’apparaîtrait qu’en février 2017, pour une réunion de campagne au Théâtre Bobino.

Des versements en liquide intraçables

Interrogés par « le Monde », d’anciens membres du service d’ordre évoquent les zones d’ombre dans les dépenses de sécurité du candidat En Marche !. L’un d’eux, présent lors du meeting du 10 décembre 2016, confie : « J’ai été payé plus tard au QG de campagne, de la main à la main par Benalla, 120 euros en liquide. » Il affirme également avoir assisté à une distribution de billets pour dix personnes après un meeting à Lyon en février. Conséquences : les versements sont intraçables et échappent au contrôle de la Commission des comptes de campagne.

Contacté par « le Monde », Alexandre Benalla dément avoir versé des rémunérations en liquide au sein du service d’ordre. Il soutient que ces questions sont du ressort du service financier de la campagne et du parti. Pourtant, un message WhatsApp révélé par « le Monde » témoigne de l’implication de l’ancien responsable de sécurité d’En Marche ! sur ces questions : « Il y a un des gars du SO [service d’ordre, NDLR] qui a débarqué dans le bureau des AG en demandant à être payé, c’est inadmissible, il y a une façon de faire, tout passe par moi quand vous avez ce genre de demandes […]. Je ne tolérerai en aucun cas ce genre de pratique », avait-il envoyé à ses équipes.

L’impossible remboursement des notes de frais

D’anciens membres du service d’ordre du candidat Macron confient au « Monde » les difficultés rencontrées dans la gestion de leurs notes de frais. Selon eux, Alexandre Benalla les remboursait en liquide à partir d’un compte bancaire personnel. Un ancien proche d’Alexandre Benalla confirme que ce dernier « récupérait les notes de frais de tout le monde, envoyait une note globale à la comptabilité, et c’est lui qui nous payait. Et, oui, c’est arrivé que ce soit en espèces. »

D’où venait l’argent disponible sur ce compte bancaire personnel ? Selon « le Monde », Alexandre Benalla recevait régulièrement une avance de plusieurs milliers d’euros sur ce compte. En avril 2017, d’après les révélations des « MacronLeaks », il aurait demandé une avance de 5 000 euros.

Pendant la campagne, le retard dans le remboursement des notes de frais aurait suscité des tensions au sein du service d’ordre d’En Marche !. Dans une conversation WhatsApp, à laquelle « Le Monde » a eu accès, l’un des agents se plaint d’avoir payé 706 euros de sa poche en douze jours. En réponse, Alexandre Benalla met en cause la lenteur des comptables, mais avertit : « Pour ceux à qui ça ne convient pas, ils seront réglés de l’ensemble des missions qu’ils ont effectuées et ne sont pas obligés de venir sur les prochains événements. »

Mais quand ces notes de frais ne sont pas remboursées en retard, elles resteraient impayées. Plusieurs membres du service d’ordre ont d’ailleurs renoncé à réclamer les sommes dues. Un ancien proche de Benalla confie au « Monde » : « Parfois, on a oublié de rembourser les gens. Moi, j’ai fini par me dire à quoi bon ?, et je me suis assis sur 600 euros. » Un autre membre du service d’ordre, confie au « Monde » avoir laissé 700 euros dans la campagne : « On nous a expliqué que nos justificatifs étaient dans des cartons au QG de campagne, et que ces cartons ont été perdus lors du déménagement vers le siège du parti. C’est étrange que ce soit justement les cartons du SO qui aient disparu. »

Source : profession-gendarme

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