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Laetitia Avia et Mounir Mahjoubi (LREM) à l’Assemblée Nationale le 19 novembre 2019. © Stephane ALLAMAN/ SIPA

Cinq ex-assistants parlementaires de la députée LREM dénoncent des humiliations à répétition au travail. Et ce, alors que doit être présentée en dernière lecture à l’Assemblée nationale, le 13 mai, sa proposition de loi pour lutter contre la haine sur Internet.

Racisme, homophobie, antisémitisme, sexisme… La députée LREM Laetitia Avia a fait de ces sujets sa bataille. Elle doit d’ailleurs présenter en dernière lecture sa proposition de loi de lutte contre la cyber-haine mercredi 13 mai. Pourtant, elle ne serait pas celle qu’elle prétend selon cinq de ses ex-assistants parlementaires. Il existerait en réalité « un fossé entre les valeurs qu’elle défend publiquement » et la personnalité que certains de ses anciens employés ont observée, révèle une enquête menée par Mediapart et publié mardi 12 mai. Laetitia Avia aurait en effet quotidiennement discriminé ses employés.

1. La combattante des discriminations serait en fait raciste…

L’un de ses anciens assistants d’origine asiatique n’a pas voulu témoigné de lui-même mais il était « son bouc émissaire, elle l’appelait parfois “le Chinois” ou reprenait des clichés racistes pour parler de lui », explique une témoin. En 2018, Laetitia Avia aurait même lourdement « plaisanté » dans la conversation regroupant l’équipe : « Tu es un faux Chinois, tu ne maîtrises pas Mac ». En 2017, elle avait reproché au même salarié de ne pas avoir assez nettoyé son image sur Internet, après la publication d’un article du Canard enchaîné révélant qu’elle avait mordu un chauffeur de taxi.

2. … mais aussi homophobe

En avril 2018, Laetitia Avia s’est félicité du vote d’un amendement en faveur des réfugiés LGBT. Mais ses propos dans la conversation de groupe qu’elle entretient avec ses assistants passent difficilement :  « On a voté l’amendement des PD » , rédige-t-elle fière d’elle, sans penser aux conséquences. Elle n’aurait pas non plus hésité à s’en prendre à l’un de ses confrères : « Régulièrement, elle se permet des sorties très déplacées sur l’orientation sexuelle d’un collègue homosexuel », écrit Mediapart. Une ex-ministre d’Édouard Philippe aurait aussi subi des propos jugés homophobes : « C’est ma copine [mais] elle communique très mal sur ce qu’elle fait. C’est ce qu’il se passe quand tu mets un gay à la com’. »

3. Sans oublier qu’elle serait sexiste et immature

Laetitia Avia mène publiquement une lutte acharnée contre le sexisme. Elle a d’ailleurs corédigé un rapport contre le harcèlement de rue. Mais en privé, les propos seraient très différents : « Elle insulte souvent les députées qu’elle n’aime pas de “pu**”. Elle se moque aussi beaucoup de leur physique », révèle un autre ancien assistant, qui conserve plusieurs messages pour le prouver. Une photo de sa collègue Aurore Bergé est d’ailleurs envoyée pour la comparer au Pingouin dans Batman. « Avia, c’est une gamine de 4e B au collège qui n’a pas grandi et pour qui la vie est une cour de récré. Mais ça peut faire très mal quand c’est vous qui êtes ciblé. Et ce n’est pas digne, ni d’une supérieure hiérarchique, ni d’une représentante de la nation », lâche un autre témoin à Mediapart.

4. Elle ne respecte pas les conditions de travail

Si Laetitia Avia apparaît comme une femme plus ou moins conciliante, elle serait très loin de respecter les conditions de travail de ses assistants : « Travailler pour elle, c’était être sollicitée de 7 heures à 1 heure du matin. Même le week-end. » Tous disent avoir été « noyés » par le travail. « Si on lui disait que c’était trop ou qu’on n’avait pas dormi de la nuit, elle se fichait de notre état », révèle l’une des cinq anciens assistants. « Elle était capable de piquer de grosses colères ou de nous infantiliser en permanence, mais pouvait devenir tout à fait adorable ou s’excuser quand elle allait trop loin. Psychologiquement, c’est très dur à gérer et ça maintenait une emprise », explique l’un d’eux. « Je pensais constamment à vouloir démissionner sans y parvenir », avoue une autre témoin.

Lorsque Mediapart a tenté de l’interroger, la députée a nié en bloc les accusations et les critiques contre elle : « Il y a un élément sur lequel vraiment je suis sans appel, c’est le racisme, l’homophobie et le sexisme. Je ne les tolère pas. » Elle a par la suite écrit qu’elle contestait « ces allégations mensongères ». Elle poursuit : « Vous m’avez contactée par téléphone, SMS, e-mail, WhatsApp et Telegram. Je vous remercie de bien vouloir cesser de me harceler. J’adresse copie de cet e-mail à mon avocat Basile Ader auprès de qui votre conseil peut prendre attache », menace Laetitia Avia, elle, qui se sent maintenant « harcelée ».

Source VA

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