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© Sputnik

Esclavage, colonisation et violences policières, Assa Traoré a accordé un entretien à une personnalité de la Fondation Obama. Les critiques contre le modèle français se multiplient aux États-Unis.

Contestée en France, où certains parlementaires se sont notamment opposés à sa présence lors d’une cérémonie d’hommages aux résistants, Assa Traoré semble trouver des oreilles plus attentives outre-Atlantique. La sœur d’Adama a en effet donné un entretien-fleuve à la Obama Foundation, dans lequel elle revient sur son parcours et ne ménage pas la France.

La militante antiraciste s’émeut en particulier du sort des enfants d’immigrés dans les banlieues françaises. Elle dénonce un manque de reconnaissance, qui trouve selon elle ses racines dans une histoire non assumée.

«Je dirais que certaines personnes ne veulent tout simplement pas nous connaître. Il n’y a aucun désir de le faire. Ce manque de désir est profondément enraciné en France. Cela fait partie de l’histoire de l’esclavage et de la colonisation qui n’a jamais été officiellement reconnue ou prise en compte, et pour laquelle il n’y a jamais eu de vraies excuses», avance Assa Traoré.

Engagée dans une bataille judiciaire au nom de son frère Adama, mort en 2016 lors d’une interpellation, Assa Traoré fait souvent référence à l’histoire de France, flirtant avec les thèses des mouvements décoloniaux et indigénistes. La situation dans les quartiers «s’inscrit dans le prolongement de l’histoire de l’esclavage, puis de la colonisation», déclarait-elle en 2017 dans un entretien au site Bastamag.

Cet aspect de son combat a d’ailleurs été récemment salué par Christiane Taubira, qui l’a remerciée de renvoyer ainsi la France «à ses propres infidélités».

Dans son entretien à la Obama Foundation, Assa Traoré fustige également les violences policières, et dresse un parallèle entre le décès de son frère et celui de Georges Floyd, parlant de «copies carbone». Une comparaison déjà esquissée à plusieurs reprises.

Une stratégie américaine?

Ce n’est pas la première fois qu’Assa Traoré parvient à faire entendre sa voix aux États-Unis, où plusieurs médias ont déjà salué son combat. La passionaria de l’antiracisme a notamment fait la Une du Time en décembre, le magazine l’honorant du titre de «gardien de l’année». La chaîne américaine Black Entertainment Television lui a également remis un prix.

Cette exposition médiatique a déjà soulevé des interrogations côté français. L’essayiste Paul Melun y voit ainsi une manière de véhiculer une image «xénophobe» de la France et de «servir les intérêts nord-américains», comme il l’expliquait dans un récent entretien au Figaro. La mise en valeur d’Assa Traoré concourt ainsi à «détruire la culture française universaliste», ajoutait-il.

Au-delà du cas Traoré, le soutien américain aux minorités raciales en France a déjà été mis en exergue par le New York Times en juillet dernier. Les diplomates américains œuvrent notamment à repérer et soutenir de «jeunes leaders français et noirs» depuis une dizaine d’années, rapportait le quotidien. Rokhaya Diallo, figure de proue de l’antiracisme en France, a par exemple bénéficié d’un programme pour étudier la «gestion de la diversité ethnique» aux États-Unis, en 2010.

La French-American Foundation est particulièrement connue pour promouvoir ce type d’échanges. L’organisme s’est fait une spécialité de repérer les dirigeants français en devenir, et de les envoyer aux États-Unis pour s’imprégner de la culture libérale américaine. Du côté de la diversité, Najat Vallaud-Belkacem et Fleur Pellerin ont fait partie de ces «Young Leaders».

Une façon pour Washington de cultiver son image auprès des minorités en Europe, mais également «d’exporter un modèle de société américain», comme l’expliquait à Sputnik le député Julien Aubert (LR) en juillet.

Source : Sputnik Amérique du Nord

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