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Action choc d’un groupe de manifestants pour marquer un mois de grève : investir l’immeuble abritant les locaux de Blackrock France. Le géant de la finance est soupçonné par ses adversaires d’être un grand bénéficiaire de la réforme des retraites. Quelques cheminots et manifestants opposés à la réforme des retraites prônée par le gouvernement ont pénétré dans l’immeuble abritant les locaux de Blackrock France, dans le IIe arrondissement de Paris, ce 7 janvier.
Les manifestants sont rentrés dans l’immeuble avec des fumigènes, des pancartes, et des drapeaux de la CGT, comme le montrent des images diffusées sur les réseaux sociaux. Blackrock, grand bénéficiaire de la réforme des retraites ? Filiale du géant américain de la finance, BlackRock France – dont le patron Jean-François Cirelli a récemment été promu officier de la Légion d’honneur, suscitant la polémique – est considérée par ses opposants comme un important bénéficiaire de la réforme du système des retraites prônée par le gouvernement français. Le groupe est notamment accusé d’avoir fait du lobbying auprès de l’exécutif en faveur de cette réforme, ce que dément BlackRock. On est chez toi #BlackRock. Action surprise des cheminots grévistes et des soutiens dans les locaux de BlackRock France.
Le 2 janvier, Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des Finances, avait tenté d’éteindre l’incendie en assurant que Blackrock n’avait «pas grand-chose à […] gagner» dans la réforme controversée présentée aux Français par Edouard Philippe. «C’est une boîte de Smarties le marché français […] Arrêtons de croire que nous sommes au centre du monde», avait encore fait valoir la secrétaire d’Etat. Lire aussi Le symbole commercial de BlackRock est affiché à la cloche de clôture du Dow Industrial Average à la Bourse de New York, le 14 juillet 2017 à New York (image d’illustration). Retraites : le marché français est-il réellement une «boîte de Smarties» pour BlackRock ?
Pourtant, une publication accessible sur le site de BlackRock vient fragiliser cette défense. En effet, l’entreprise américaine a publié sur son site en juin 2019 ses propres «recommandations», dont elle précise qu’elles sont adressées «au gouvernement français et à d’autres acteurs». BlackRock présente ainsi les «dispositifs indispensables pour réussir la réforme de l’épargne-retraite», et les «mesures complémentaires envisageables pour améliorer la qualité du dispositif et lui permettre de dépasser ses objectifs», sans manquer de se réjouir des aménagements présents dans la loi Pacte, promulguée en mai 2019. Un intérêt à réformer qui est donc tout sauf caché. «Environ deux tiers des actifs que nous gérons pour nos clients dans le monde sont liés aux solutions d’épargne-retraite», explique par ailleurs la société américaine sur son site. Comme le rapporte Franceinfo dans un article publié à la mi-décembre, «depuis plusieurs années, BlackRock se montre extrêmement intéressé pour mettre la main, via ses clients (assureurs, banques…), sur une partie de l’épargne des Français, afin de l’orienter vers l’épargne-retraite». Si cette implantation en France n’est donc pour l’heure que partielle, malgré de bonnes relations avec l’Elysée, la multinationale ne fait pas mystère de son intention de s’ancrer davantage dans l’Hexagone. «Blackrock veut être beaucoup plus présent dans ce beau pays et nous avons de grandes ambitions pour BlackRock en France», expliquait Jean-François Cirelli sur Franceinfo en juin. Et de préciser, au cours de la même interview : «Nous voulons mettre notre expérience au service de cette nouvelle épargne retraite.»
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