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Les débats autour de la recherche contre le Covid-19 ont remis en avant l’importance des principes nés en 1947 lors du procès des médecins nazis, et des fondements de l’éthique biomédicale moderne.

Ce sont des discussions revenues récemment sur le devant de la scène, à la faveur de la crise du Covid-19. Autour d’une question lancinante : faut-il mettre au point des principes exceptionnels pour accélérer la recherche ? De l’autre côté de l’Atlantique, des milliers de personnes se sont par exemple déclarées volontaires pour se faire inoculer le virus en vue de tester un vaccin. En Europe, d’autres ont fustigé l’utilisation de placebos pour évaluer des médicaments. L’urgence de mettre fin à la pandémie ne justifiait-il pas, en effet, de sauter quelques étapes pour mettre plus rapidement en circulation traitements et vaccins ?

Précisément, ont répondu leurs contradicteurs, parce qu’un médecin ne doit jamais nuire à son patient, selon un principe médical antique (« primum non nocere », d’abord ne pas nuire). Mais aussi parce qu’il est nécessaire de se souvenir qu’en termes d’expérimentations médicales, tout n’est pas possible, même sous prétexte de faire le bien.

Cette conviction prend racine dans les fondements de l’éthique biomédicale contemporaine, forgés il y a plus de 70 ans, au cours du procès des médecins nazis et de leurs épouvantables expérimentations dans les camps de prisonniers ou de concentration. Dans Le procès des médecins de Nuremberg (1), où il retrace le procès de médecins allemands qui eut lieu pendant six mois à partir de décembre 1946, l’historien Bruno Halioua montre bien comment des hommes se sont servi d’autres êtres humains comme des moyens pour parvenir à leurs fins. La plupart des accusés sont médecins réputés, parfois chercheurs à l’université. Loin de se repentir, ils tracent face au tribunal une défense reposant sur la prétendue pertinence de leurs expériences. Pour le monde entier, c’est la prise de conscience de pratiques monstrueuses.

10 principes de base de l’éthique biomédicale

Le procès aboutit à l’énonciation de 10 principes, qui constituent le fondement de l’éthique biomédicale moderne. Parmi eux, la nécessité du consentement d’une personne impliquée dans une recherche médicale, mais aussi celui pour une expérience de produire des résultats avantageux pour la société ou encore que soit évitée toute souffrance. Aucune expérience ne peut non plus être conduite si elle peut conduire à la mort. Bref, un principe intangible est né : on ne peut faire de mal à autrui sous prétexte d’aider ou de faire du bien à d’autres.

Un an plus tard, en 1948, le serment de Genève adopté par l’Association médicale mondiale, propose d’ajouter cette phrase à l’antique serment d’Hippocrate : « Même sous la menace je ne mettrai pas mes connaissances médicales au service de ceux qui violent les lois de l’humanité. »

La crise du Covid l’a montré, ces principes restent d’une actualité criante. Comme une réponse à ceux qui estimaient, ces derniers mois lors de la révision des lois de bioéthique, qu’il fallait se dégager de cette référence historique, jugeant cette référence « maladroite » ou encore quelque peu périmée. Certains principes demeurent pourtant bel et bien intangibles, quels que soient les prétextes invoqués.

Source La Croix

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