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Un plan de lutte contre la pandémie de la grippe A préconisait, en 2011, de renforcer le Samu (ici le 2 mars à Bordeaux) en cas d'épidémie. // AFP

Si le coronavirus, pour l’heure limité à des foyers dans le Morbihan en Bretagne ou dans l’Oise, s’étend à toute la France, le stade 3 du plan de lutte sera déclenché.

“Je crains qu’il soit difficile” d’échapper à la “phase épidémique” du Covid-19, a reconnu ce lundi 2 mars sur franceinfo Sibeth Ndiaye. Précisant qu’il n’y avait pas en France, ”à ce stade”, “d’épidémie” du nouveau coronavirus “au sens médical du terme”, la porte-parole du gouvernement a indiqué que les services de santé s’y préparaient.

″À ce stade, on a des clusters de patients, c’est-à-dire des foyers à différents endroits du territoire dans lesquels on a des regroupements de patients”, a expliqué Sibeth Ndiaye. “Le jour où le virus, malheureusement, circule sur l’ensemble du territoire, on sera là dans une phase épidémique”, “pleine et entière”, a-t-elle ajouté.

Actuellement en “phase 2” du plan de lutte contre le Covid-19, la France pourrait alors passer en “phase 3″ (sur une échelle de 3) dans le cas où le virus “circule largement”. “L’épidémie se traduit par une transmission soutenue partout sur le territoire. On vous dit que les médecins généralistes voient des cas partout, dans la Drôme ou à Marseille”, a illustré ce lundi soir le directeur général de la Santé Jérôme Salomon.

Si tel était le cas, des mesures d’ajustement seraient prises pour atténuer la propagation du virus. “Il y a encore quelques jours, on disait que toutes les personnes devaient être soignées à l’hôpital, parce que notre objectif était principalement de freiner la propagation du virus. Dès lors que le virus est circulant (…) nous aurons tendance à ce que ce ne soit plus que les patients les plus graves qui soient soignés à l’hôpital, et que les patients les plus légers restent chez eux”, a par exemple prévenu Sibeth Ndiaye.

Quelles conséquences concrètes aurait le passage du stade 2 au stade 3 de la lutte contre le coronavirus, qui a fait ce lundi un troisième mort (191 cas confirmés)? La direction générale de la santé précise au HuffPost que le gouvernement s’appuie sur le plan de pandémie grippale élaboré en 2011 après la grippe A (H1N1) de 2009. “Les principales mesures (de ce plan) peuvent être mobilisées pour la réponse à l’épidémie de coronavirus” et “adaptées aux cas particuliers”, indique-t-on. Mais des mesures nouvelles pourraient s’appliquer, de la même manière que des mesures prises à l’époque pourraient ne pas entrer en vigueur cette fois-ci. Voici ce que ce document préconisait.

Dans les transports

En 2011, le gouvernement prévoyait, au stade 3, le “maintien des transports avec rééquilibrage vers les besoins prioritaires”, établis “par les services de l’État et les opérateurs concernés”.

Mais le plan présente trois mesures envisageables, de la moins contraignante à la plus contraignante, allant jusqu’à la possibilité d’une “suspension de certains transports en commun”:

  • information et sensibilisation sur la nécessité d’éviter les transports en commun et de limiter les déplacements
  • demande de limitation des déplacements non essentiels
  • suspension éventuelle de certains transports en commun

La dernière hypothèse a été confirmée ce lundi par le secrétaire d’État aux transports. “On prépare la phase épidémique, si elle arrive, (elle) permettrait dans une version un peu maximaliste de procéder à des restrictions” de circulation des transports publics, a indiqué Jean-Baptiste Djebbari sur Europe 1. Ces restrictions pourraient se faire “soit sur un plan géographique, soit en donnant priorité par exemple à un certain nombre de trains, en Île-de-France ou ailleurs”, a-t-il précisé.

Pour l’heure, la ministre de la transition écologique n’entend pas mettre en place de “mesures spécifiques pour les transports en commun”. “La logique est que toutes les activités essentielles à la vie du pays se poursuivent”, a fait savoir Élisabeth Borne à l’issue d’une rencontre avec les professionnels du secteur ce lundi, assurant que “le scénario dans lequel on arrêterait tous les transports n’existe pas”.

Pour les déplacements à l’étranger, le ministère des Affaires étrangères a recommandé dès samedi “de différer les déplacements à l’étranger, dans toute la mesure du possible”.

Dans les hôpitaux

La stratégie du stade 3 “repose sur l’atténuation des effets de l’épidémie”, indique le gouvernement. Ce dernier prévoit dans ce cas “la mobilisation complète du système sanitaire hospitalier et de ville, ainsi que les établissements médico-sociaux (centres de rééducation, d’aide sociale à l’enfance, d’accueil des personnes en situation de handicap, maisons de retraite, centres d’hébergement, ndlr) pour protéger les populations fragiles, assurer la prise en charge des patients sans gravité en ville, et des patients avec signes de gravité en établissement de soins”.

Dans un guide méthodologique de préparation au risque épidémique lié au Covid-19, destiné à tous les personnels de santé, le ministère de la Santé préconise d’établir des priorités de traitement, en développant “une filière ambulatoire robuste avec retour précoce et maintien à domicile des patients Covid-19 classés ‘cas confirmés’” et qui “ne nécessiteraient pas une hospitalisation”, tout en “renforçant les capacités de prise en charge des patients graves dans les établissements de santé”.

“Pendant cette phase, qui peut durer de 8 à 12 semaines, “la saturation du système sanitaire peut intervenir très vite”. “L’alerte doit donc être très rapide et les mesures de réponse doivent pouvoir être déclenchées sans délai”, prévient le plan établi après la pandémie de grippe A en 2009.

SGDSN

Dans son guide méthodologique, le ministère de la Santé précise que “la stratégie sanitaire” du stade 3 “passe d’une logique de détection et de prise en charge individuelle à une logique d’action collective”: “l’ensemble des établissements sanitaires doivent pouvoir participer au diagnostic et à la prise en charge des patients Covid-19”. L’un des objectifs étant de “répartir équitablement la pression exercée pendant le scénario épidémique”, notamment s’il survient alors que la grippe saisonnière monopolise toujours les personnels de santé.

Outre une “montée en charge” des établissements médico-sociaux dans le repérage des patients et les mesures d’isolement, le ministère préconise une “montée en puissance” des capacités du Samu, qui doit pouvoir répondre à “une augmentation des appels à hauteur de 200%”. Concrètement, cela pourrait passer par “la désignation dans chacun des Samu d’un référent médical de crise” pour “assurer la permanence du contact” avec la région et les personnels de santé.

À ce stade 3, des distributions de produits de santé destinés à limiter la contagion sont aussi envisagées.

Dans les écoles

Le ministère de l’Éducation nationale a publié de nouvelles consignes pour les établissements scolaires avec le passage du stade 1 au stade 2. Estimant qu’il n’y avait désormais “plus de raison de confiner des personnes revenant de zones exposées” au virus, maintenant qu’il est déjà sur le territoire, le ministère indique que “les élèves et les personnels en retour de Lombardie et de Vénétie en Italie vont pouvoir retourner à l’école”. Les personnes revenant de la province du Hubei en Chine, foyer de l’épidémie, ou de l’un des “clusters” français, restent toutefois concernées par les mesures restrictives. Tous les voyages scolaires à l’étranger sont par ailleurs interdits ou doivent être annulés préventivement.

Avec le stade 3, des “classes ou établissements (crèches et établissements d’enseignement et de formation, ndlr) isolés” peuvent être fermés, comme c’est déjà le cas dans l’Oise et le Morbihan grâce à des arrêtés préfectoraux. Les mesures de fermeture peuvent, en fonction de la situation, s’appliquer ”à l’échelle territoriale” et même à l’échelle nationale dans le cas le plus urgent.

Dans les entreprises

En cas d’activation du stade 3, le gouvernement peut “appeler à la mise en œuvre de mesures de distance de protection sanitaire: travail à
distance, limitation des réunions et des déplacements, téléconférences”, indique le plan de lutte “pandémie grippale” de 2011.

Dans les rassemblements culturels et sportifs

“Les activités collectives sont fortement impactées” dans le cas d’un stade 3 de lutte contre la propagation du coronavirus, prévient le gouvernement. Ce dernier peut décider la “restriction d’activités collectives” comme les “spectacles, rencontres sportives, foires et salons, grands rassemblements”.

Le gouvernement a annoncé dès samedi l’interdiction de tous les rassemblements de plus de 5000 personnes en milieu confiné. L’interdiction “touche potentiellement des centaines de salles de spectacles en France, et donc des milliers d’événements culturels”, s’est inquiété le syndicat du spectacle Prodiss (producteurs, diffuseurs, salles et festivals).

Les organisateurs du salon Livre Paris ont quant à eux annoncé dès dimanche soir l’annulation de la plus grande manifestation littéraire de France. Les personnels du Louvre, s’estimant en danger, ont exercé le même jour leur droit de retrait. Le musée reste donc fermé jusqu’à nouvel ordre. Le semi-marathon de Paris, prévu dimanche, a été annulé. Et le dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives (Crif), prévu mardi, a été reporté.

Dans les services publics

Le plan défini en 2011 prévoit la “mutualisation de ressources en personnels pour les besoins prioritaires” avec un “recours aux personnes rendues disponibles par la fermeture d’établissements, aux ‘jeunes retraités’ et aux étudiants”.

La gendarmerie nationale et la police nationale pourront bénéficier d’une “montée en puissance” avec un renfort de personnels.

Le plan prévoit par ailleurs un “appel à la solidarité locale”, au bénévolat et aux associations.

Source : Huffingtonpost

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