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Un essai clinique sur le Covid-19 dans un laboratoire pharmaceutique britannique, le 24 avril 2020. (ADRIAN DENNIS / AFP)

Plus de 800 essais cliniques ont été lancés à travers le monde, pour tenter de trouver un remède au Covid-19. Pour comprendre comment déterminer si un médicament est efficace, franceinfo a poussé les portes du plus grand centre de recherche européen, l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris.

Cela fait des semaines que le monde entier attend les résultats des scientifiques. Plus de 800 essais cliniques sont menés à travers le monde, pour tenter de soigner le Covid-19… et il faudra encore attendre avant d’en connaître les résultats, comme en Europe, où l’essai Discovery patine. Pour déterminer si un médicament est efficace, il faut d’abord mener des études très réglementées. C’est ce qui se fait dans les établissements de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, le plus grand centre de recherche scientifique d’Europe.

Des essais « en double aveugle »

Lorsqu’aucun traitement n’existe, comme ici pour le coronavirus, un essai thérapeutique consiste à tester deux produits sur deux groupes de patients. L’un reçoit un véritable médicament, l’autre une substance inerte. « Cela permet de comparer les résultats » explique Annick Tibi, une responsable des essais cliniques à l’AP-HP. Dans le cadre de cet essai, elle distribue notamment de l’hydroxychloroquine et de la fausse hydroxychloroquine « en double aveugle ». Cela veut dire que ni le patient, ni le médecin ne doivent savoir qui prend quel comprimé.

Les deux comprimés sont exactement identiques. Ils ont la même forme, la même courbure, la même gravure, la même couleur… et le même goût, la même odeur ! Annick Tibi, responsable des essais cliniques

« Je ne sais pas si je prends l’hydroxychloroquine ou le placebo », raconte par exemple Clémence Martin, « je sais juste que j’avale un comprimé blanc ». Le temps d’un essai, cette médecin est devenue patiente. Elle participe à un test baptisé Prep Covid, qui cherche à savoir si l’hydroxychloroquine pourrait empêcher la contamination des personnels soignants. Tous les jours, le docteur Clémence Martin doit scrupuleusement noter les effets du comprimé qu’elle prend dans « un cahier de protocole » consulté tous les 7 à 15 jours par un attaché de recherche clinique. « Il vérifie si on a décrit des symptômes » explique-t-elle. Une méthode pratique selon Clémence Martin : « Sans ça, on peut vite oublier ce qu’on a ressenti pendant sept jours ».

Des données rigoureusement analysées

Ces données sont ensuite saisies par Axelle Fuentes, technicienne de recherche clinique, sur un logiciel. « Vous voyez, dit-elle en montrant des numéros sur son écran d’ordinateur, c’est la liste des patients qui participent à l’essai« . Chaque numéro correspond à un patient. Elle s’arrête sur celui d’une femme en réanimation, dans le cadre d’un autre essai, baptisé Corimmuno : « À son admission, analyse Axelle Fuentes, elle recevait six litres d’oxygène… et au deuxième jour, ce n’était plus qu’un litre ». Une nette amélioration mais, pour le moment, « on ne peut pas savoir si c’est son évolution normale ou si c’est le traitement ». Pour cela, il faut analyser tous les effets des molécules testées sur tous les patients. C’est cela qui prend plusieurs semaines. La règle veut que les résultats définitifs soient ensuite publiés dans une revue scientifique, ce que n’a encore fait aucune des 27 équipes des essais cliniques lancés par l’AP-HP.

 

Source : France TV Info

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