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Selon Mediapart, des taux supérieurs à la limite autorisée ont été détectés sur le parvis de la cathédrale, mais aussi en dehors de la zone de chantier.

Y aura-t-il un scandale sanitaire après l’incendie de Notre-Dame de Paris ? Selon les informations de Mediapart, des taux de concentration au plomb 400 à 700 fois supérieurs au seuil autorisé ont été relevés à l’intérieur de la cathédrale, mais aussi dans ses alentours. Les relevés ont été effectués par plusieurs laboratoires, dont celui de la préfecture de police de Paris. Lors de l’incendie du 15 avril dernier, 400 tonnes de plomb – qui se trouvaient dans la toiture et la flèche du monument – ont pollué la cathédrale et ses environs en étant consummées par le feu. Comme le rappelle Mediapart, le plomb est classé cancérigène, mutagène et reprotoxique, et au début du mois de juin, un taux de plomb supérieur au seuil réglementaire a été détecté chez un enfant.

Selon des documents consultés par Mediapart, les concentrations en plomb sont de 10 à 740 fois supérieures au seuil autorisé à l’intérieur de la cathédrale et de 500 fois supérieures au niveau du parvis. Plus inquiétant, certains endroits en dehors de la zone de chantier, au niveau de ponts, de squares ou dans certaines rues, montrent des taux de concentration de 2 à 800 fois supérieurs à la limite autorisée. Citée par le média en ligne, une chercheuse à l’Inserm affirme que « ce sont des taux qu’on ne voit jamais. Sur des chantiers pollués comme une usine de recyclage de batteries, par exemple, les taux sont douze fois supérieurs. Là, avec des taux 400 fois supérieurs, les conséquences pour la santé peuvent être dramatiques. » D’après elle, un suivi médical est nécessaire, « y compris pour les pompiers qui sont intervenus », car « ce suivi est d’autant plus important que les effets sur la santé peuvent être différés dans le temps ».

« Un cynisme à toute épreuve »

Des résultats alarmants, mais dont il n’est fait aucune communication, affirme Mediapart. Lors d’une réunion au mois de mai, plusieurs agents s’occupant du dossier (dont l’agence régionale de santé) auraient choisi de ne pas dévoiler les résultats obtenus lors de ces prélèvements. Une personne présente à cette réunion, citée par le média en ligne, affirme que « l’ARS joue la montre ». « En ne communiquant pas sur les résultats, elle oblige les associations à s’adresser à la Cada [Commission d’accès aux documents administratifs, NDLR] et donc à s’engager dans un long parcours. Mais une fois qu’elles auront obtenu ces prélèvements, l’ARS pourra dire que ces résultats sont anciens et qu’ils ont depuis baissé », ajoute cette source, concluant qu’il s’agit « d’un cynisme à toute épreuve ». Le but de ce silence est, selon Mediapart, d’éviter la panique et la polémique.

Quelles conséquences ces taux élevés pourraient-ils avoir sur la santé ? Si l’ARS concède qu’un cas de saturnisme non alarmant a été détecté chez des riverains, les ouvriers ne sont pas épargnés non plus. Selon Mediapart, aucune mesure n’a été prise pour protéger les personnes travaillant sur le chantier de la cathédrale. Des contrôles de sécurité ont montré que les travailleurs présents n’ont reçu aucune formation pour manipuler des objets potentiellement contaminés et qu’ils ne portent ni masque ni gants. Certaines procédures réglementaires ne seraient pas respectées : certaines douches de décontamination ne fonctionneraient pas et certains sas de décontamination auraient été installés dans une zone contaminée. Or, ces derniers sont indispensables pour empêcher l’intoxication des ouvriers et une propagation de poussières de plomb. Interrogé par Mediapart, un expert en prévention du risque chimique précise qu’« il s’agit de particules très fines qui passent donc facilement dans le sang ». Selon lui, « les mesures de prévention et de protection doivent donc être renforcées pour confiner le plomb ».

Que fait le ministère de la Culture ?

Mais, alors, pourquoi ne pas mettre en place ce qui semble être le B.A-BA de la prévention ? Un proche du dossier affirme au média en ligne que « des hommes en scaphandre sur le parvis de la cathédrale auraient effrayé les passants » et que « l’existence d’un danger aurait été évidente ». Pour le parvis de la cathédrale, le ministère de la Culture aurait choisi, selon Mediapart, une décontamination rapide, par des salariés qui n’auraient pas eu les tenues d’usage. Le cabinet du ministre Franck Riester affirme de son côté que « des mesures ont été prises », sans pour autant en préciser la nature.

En tant que maître d’ouvrage, le ministère de la Culture ne risque rien : relevant du droit public, il ne peut pas être verbalisé ni être mis en demeure. Mais certaines personnes du dossier s’inquiètent de cette gestion des risques. Certaines entreprises impliquées dans le chantier craignent de devenir le bouc émissaire de ces manquements, évoquant un ministère de la Culture qui « n’assume même pas ses responsabilités ».

Source : Le point

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