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Le passage au stade 3 s'accompagnera d'un "recours élargi à la télémédecine", a indiqué le ministre de la Santé Olivier Véran, ici le 8 mars à l'Élysée. // PASCAL ROSSIGNOL via Getty Images

Emmanuel Macron doit faire une allocution télévisée ce jeudi 12 mars à 20 heures consacrée au Covid-19.

C’est la première allocution solennelle du chef de l’État depuis le début de l’épidémie du nouveau coronavirus. Emmanuel Macron doit faire une déclaration télévisée ce jeudi 12 mars à 20 heures au sujet de cette “crise sanitaire inédite”, a indiqué la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye à l’issue du Conseil des ministres ce mercredi.

Le président de la République va “sans doute s’employer à rassurer les Français” à trois jours du premier tour des élections municipales, a précisé Sibeth Ndiaye, alors que le dernier bilan officiel faisait état ce mercredi soir de 48 morts et 2281 cas confirmés.

Emmanuel Macron va-t-il également annoncer officiellement le passage au stade 3 de la lutte contre l’épidémie, dont le Premier ministre Édouard Philippe avait déjà dit le 6 mars qu’il était “inexorable”? La décision dépendra de critères établis par les scientifiques, a martelé Sibeth Ndiaye, en particulier le niveau de circulation du virus dans le pays.

Pas de mesures “standards” ou “systématiques”

Les mesures que le gouvernement pourrait prendre au cours de ce stade 3 sont quant à elles toujours “en cours de réflexion”, a ajouté la porte-parole du gouvernement, “compte tenu de l’état d’avancée des réflexions scientifiques”. Mais elle a d’ores et déjà précisé que ces mesures ne seront pas “standard”, sur l’ensemble du territoire, “visant par exemple à une fermeture systématique”. “Ce n’est pas ce que nous envisageons, en tout cas à ce stade. Notre objectif n’est pas de mettre le pays à l’arrêt”, a-t-elle insisté.

Le stade 3 ’correspond à une circulation active du virus sur l’ensemble du territoire”, c’est-à-dire à une épidémie généralisée, avait indiqué le Premier ministre le 6 mars. Une fois ce stade atteint, il ne s’agit plus de freiner la propagation du virus comme au stade 2, où la France se trouve toujours, mais d’en atténuer les effets.

Le stade 3 de lutte contre la propagation du coronavirus peut durer de huit à douze semaines. // SGDSN

Les autorités s’appuient sur un arsenal de mesures, dont un Plan de prévention et de lutte rédigé en 2011 en cas de pandémie grippale (c’est-à-dire la diffusion au niveau mondial d’un nouveau virus de la grippe, différent de ceux qui provoquent la banale grippe saisonnière). Pour autant, un passage au stade 3 ne veut pas dire que de telles mesures seront prises d’un coup et de la même façon partout dans le pays. Elles seront probablement progressives et décidées au cas par cas, selon les endroits et la progression de l’épidémie.

Dans les transports

Parmi les mesures du plan établi en 2011, une “suspension éventuelle de certains transports en commun”. Le document présente trois mesures envisageables, de la moins contraignante à la plus contraignante:

  • information et sensibilisation sur la nécessité d’éviter les transports en commun et de limiter les déplacements
  • demande de limitation des déplacements non essentiels
  • suspension éventuelle de certains transports en commun

Cette dernière piste a été confirmée début mars par le secrétaire d’État aux transports. “On prépare la phase épidémique, si elle arrive, (elle) permettrait dans une version un peu maximaliste de procéder à des restrictions” de circulation des transports publics, avait indiqué Jean-Baptiste Djebbari sur Europe 1.

Il a par ailleurs annoncé ce mercredi que les plans de transport à la RATP et à la SNCF seraient adaptés en fonction de la “gestion de l’absentéisme” des agents pendant l’épidémie. “On peut aller sur des taux d’absentéisme de 15 à 20% pendant quelques semaines avec, lors du pic épidémique, un petit surcroît qui peut aller jusqu’à 30%”, a-t-il confié, s’appuyant sur des modèles qui sont des “hypothèses imparfaites”.

Dans les hôpitaux

Le stade 3 entraînera “la mobilisation complète du système sanitaire hospitalier et de ville” (médecins généralistes, infirmières, etc.), lit-on sur le site gouvernement.fr. Dans cette configuration, les gens infectés par le nouveau coronavirus n’iront plus systématiquement à l’hôpital: les patients sans gravité (80% des cas selon les études internationales) resteront chez eux. Les généralistes seront alors en première ligne pour lutter contre l’épidémie.

“Ce dispositif de maintien à domicile visera à ne pas saturer les capacités d’hospitalisation des établissements de santé et permettra de réserver les ressources des établissements de santé aux cas les plus graves”, selon un guide méthodologique ministériel sur le Covid-19 destiné aux professionnels de santé.

Dans la même logique, des hospitalisations et des opérations non urgentes seront repoussées pour laisser la place aux malades les plus touchés par le Covid-19.

Enfin, les tests de diagnostic du Covid-19 ne seront plus forcément appliqués à tout cas suspect.

Là encore, ces mesures sont prises de façon progressive.

Ainsi, dans les “territoires où la diffusion du virus est très active”, les agences régionales de santé (ARS) peuvent d’ores et déjà organiser “la prise en charge des patients non plus seulement à l’hôpital mais à domicile”, a indiqué Olivier Véran vendredi. Cela s’accompagne d’un “recours élargi à la télémédecine”, a-t-il dit.

Dans les écoles

Le stade 3 prévoit la possibilité d’une “fermeture des crèches et établissements d’enseignement” à l’échelle territoriale, voire nationale dans le cas le plus urgent. Sur ce point, le passage du stade 2 au stade 3 ne constituera pas de changement radical, puisque des décisions de fermetures d’écoles se multiplient partout en France par arrêtés préfectoraux, comme dans l’Oise, le Morbihan, Ajaccio ou l’Hérault.

Dans les services publics

Le plan défini en 2011 prévoit la “mutualisation de ressources en personnels pour les besoins prioritaires” avec un “recours aux personnes rendues disponibles par la fermeture d’établissements, aux ‘jeunes retraités’ et aux étudiants”.

La gendarmerie nationale et la police nationale pourront bénéficier d’une “montée en puissance” avec un renfort de personnels.

Le plan prévoit par ailleurs un “appel à la solidarité locale”, au bénévolat et aux associations.

 

Enfin, le stade 3 de l’épidémie de coronavirus prévoit la “restriction des grands rassemblements et des activités collectives” et la possibilité, dans les entreprises, de “mesures de distance de protection sanitaire (travail à
distance, limitation des réunions et des déplacements, téléconférences)”, selon le plan de 2011. Là encore, pas de bouleversement à prévoir puisque le passage progressif du stade 2 au stade 3 a déjà vu l’interdiction des rassemblements de plus de 1000 personnes, de très nombreuses annulations de rencontres sportives et culturelles, et des aménagements dans certaines entreprises.

Ces derniers jours, plusieurs ministres ont insisté sur le fait que le passage au stade 3 n’équivaudrait pas à “arrêter le pays”. “Si nous devions passer au stade 3, ce n’est pas la bonne décision” de fermer toutes les écoles, a ainsi répété vendredi le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer. “Il est très important de maintenir le fonctionnement du pays”.

D’autant qu’au stade 3, certaines de ces restrictions pourraient même être allégées s’il s’avère que le virus circule vraiment partout, ce qui les rendrait alors inutiles. “Il faut pouvoir tenir. Si on prend des mesures qui sont très contraignantes, ce n’est pas tenable dans la durée”, a fait valoir Emmanuel Macron, en plaidant pour des mesures “proportionnées”.

Source : Huffingtonpost

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