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Message anti-féminicide affiché sur les murs de Paris, le 6 décembre 2019. (LP/ MATTHIEU DE MARTIGNAC / MAXPPP)

Franceinfo revient sur ces termes que vous n’avez pas pu rater dans l’actualité.

Marches pour le climat, rassemblements des « gilets jaunes », Grenelle contre les violences conjugales, scandales politiques… Les événements n’ont pas manqué en 2019, les nouveaux mots non plus. Le terme « agribashing » ou l’expression « OK, boomer » viennent illustrer de nouvelles réalités. D’autres, comme féminicide ou antispécisme, ont été dépoussiérés par les médias. Franceinfo fait un tour d’horizon des substantifs et formules qui ont marqué l’année écoulée.

« Agribashing »

L’anglicisme « agribashing » a notamment occupé cette année les discours du syndicat majoritaire agricole, la FNSEA. Le terme, qui pourrait symboliser le dénigrement du monde agricole, désigne ce dont les agriculteurs se considèrent victimes. En 2019, le secteur a été concerné par des arrêtés municipaux anti-pesticides, par le débat autour des distances minimales d’épandage de produits phytosanitaires et par les intrusions de militants dans les élevages.

Les agriculteurs français se retrouvent accusés d’empoisonner les sols et les consommateurs et de maltraiter les animaux. La remise en cause de leurs pratiques nourrit un malaise grandissant, qu’ils ont exprimé à plusieurs reprises au cours de l’année, notamment à travers des « feux de la colère » et de manifestations organisées en automne en périphérie des villes. Les agriculteurs refusent d’être considérés comme responsables de la crise climatique et alertent sur les conséquences que cet « agribashing » pourrait avoir sur leurs conditions de vie. Leur profession est en effet l’une des plus touchées par les suicides : un agriculteur français se donne la mort tous les deux jours, selon une enquête de la Mutualité sociale agricole.

Antispécisme

Il va faire son entrée dans Le Petit Larousse en 2020. Le terme « antispécisme », qui désigne le rejet des discriminations que subissent les animaux, a été beaucoup utilisé cette année. Pourtant, les notions de spécisme et d’antispécisme remontent aux années 70. Le psychologue britannique Richard Ryder est à l’origine de ce courant de pensée, qui liste l’ensemble des préjugés de l’homme envers les autres espèces. Le mouvement, qui s’est progressivement popularisé, a donné naissance à une forme d’activisme.

Les antispécistes refusent que les animaux fassent l’objet d’une quelconque forme d’exploitation. Ils mènent des actions pour médiatiser leur lutte et demander la fin des maltraitances animales. En juin, des centaines de personnes ont ainsi défilé dans les rues de Paris à l’appel de l’association de défense des animaux L214, pour demander la fermeture de tous les abattoirs. D’autres actions, plus violentes, ont été menées, comme l’intrusion de militants dans des élevages ou la dégradation de boucheries. Laurent Rigaud, président de la Fédération des bouchers, charcutiers et traiteurs du Nord, condamnait en septembre à l’antenne de franceinfo la multiplication de ces actes de vandalisme. Cette remise en question radicale de l’alimentation, de l’humanisme et du rapport au monde du vivant interroge autant qu’elle dérange.

Féminicide

Il est apparu dans Le Petit Robert en 2015, mais n’a fait la une des journaux qu’en 2019. Le mot « féminicide », qui désigne selon le dictionnaire « le meurtre d’une femme, d’une fille en raison de son sexe« , a funestement marqué l’année et a caractérisé notamment les meurtres des 148 femmes par leur compagnon ou ex-compagnon depuis janvier.

Ce décompte, initié en 2016 par le collectif Féminicides par compagnons ou ex, est publié sur les réseaux sociaux et n’observe aucune diminution significative du nombre de victimes. Au contraire : si les chiffres officiels de 2019 ne sont pas encore connus, en 2018, 121 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint selon le rapport de la délégation aux victimes du ministère de l’Intérieur.

Pour « intensifier la lutte contre ce fléau « , Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, a lancé un Grenelle contre les violences conjugales. Pendant trois mois, le gouvernement s’est penché sur le sujet des violences conjugales. Le 25 novembre, le Premier ministre a présenté une série de mesures, jugées décevantes et insuffisantes par les associations féministes.

Relayé par les associations et collectifs, le mot « féminicide » a ainsi été omniprésent dans les récentes discussions. Le terme n’a pourtant pas d’existence juridique et fait débat. Certains y préfèrent le terme « uxoricide » car il désigne précisément le « meurtre de l’épouse par son mari« . Quoi qu’il en soit, la popularisation du mot « féminicide » est représentative d’une prise de conscience croissante des violences faites aux femmes.

LBD

LBD, ou lanceur de balles de défense. L’acronyme a beaucoup été employé depuis le début du mouvement des « gilets jaunes« , le 17 novembre 2018. Le lanceur de balles de défense est une arme dite de force intermédiaire, ou non-létale, c’est-à-dire conçue pour ne pas tuer ou blesser lourdement sa cible. Il est apparu dans les années 1990 pour remplacer le flash-ball, moins précis et alors réservé aux unités d’intervention spéciale. Depuis les années 2000, l’usage du LBD a été élargi au maintien de l’ordre.

Ses projectiles, appelés « balles de défense », sont des bouchons en caoutchouc conçus pour s’écraser lors de l’impact afin de limiter le risque de pénétration dans le corps. Toutefois, à courte distance, l’arme peut provoquer des effets traumatiques irréversibles, voire mortels. C’est justement la multiplication du nombre de blessés lourds par des tirs de LBD qui a alimenté la controverse sur son usage dans le maintien de l’ordre. Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a réclamé son interdiction le 1er février, mais son usage a été validé début février par le Conseil d’Etat.

Fin janvier, 51 personnes blessées par des tirs de LBD avaient accepté de parler à franceinfo des conséquences de leur blessure. Une étude menée auprès des CHU a recensé 15 blessures oculaires causées par des LBD entre janvier et août 2019, et 25 cas pour l’année 2018. Le collectif Désarmons-les et le journaliste David Dufresne ont, eux, réalisé les décomptes de l’ensemble des blessures liées à ces armes non-létales.

« OK, boomer »

Elle a affolé les réseaux sociaux en cette fin d’année. L’expression anglaise « OK, boomer », que l’on pourrait traduire par « c’est cela, le vieux », est véritablement devenue virale à partir du 5 novembre. Ce jour-là, la députée néo-zélandaise Chlöe Swarbrick, 25 ans, rétorque en plein Parlement la fameuse formule lapidaire à l’un de ses collègues, plus âgé, qui vient de l’interrompre alors qu’elle discutait de l’urgence de la lutte contre le réchauffement climatique.

La formule est apparue quelques années plus tôt sur le réseau social TikTok. Elle est utilisée pour dénoncer notamment une condescendance des baby-boomers, cette « génération dorée » âgée aujourd’hui de 55 à 75 ans, à l’encontre des jeunes générations.

L’expression ironique est devenue un mème et a été reprise avec succès et excès. Adorée des jeunes, elle est critiquée par d’autres, qui y voient une discrimination envers les personnes âgées. La formule parvient ainsi, même dans sa controverse, à illustrer le fossé existant entre les générations. « OK, boomer » pour le réchauffement climatique, mais pas que. Pendant les manifestations contre le projet de réforme des retraites, ce même slogan ornait certaines pancartes.

Seveso

Le terme « Seveso » est loin d’être récent, mais il a de nouveau été employé cet automne, après l’incendie de l’usine Lubrizol, classée Seveso, à Rouen, dans la nuit du mercredi 25 au jeudi 26 septembre. Plus de 5 000 tonnes de produits chimiques étaient alors partis en fumée.

La directive Seveso est une mesure européenne qui date de 1982. Elle a été mise en place après un accident industriel survenu en 1976 dans une commune du nord de l’Italie, du nom de Seveso. Une usine chimique avait alors explosé, entraînant la propagation d’un nuage de dioxine. Pour éviter qu’une telle catastrophe ne se reproduise, les Etats européens ont souhaité créer une politique commune. Les établissements industriels présentant des risques majeurs écologiques et sanitaires sont identifiés et catégorisés comme « Seveso seuil bas » ou « Seveso seuil haut » en fonction de la quantité de matière chimique produite ou stockée. L’objectif du dispositif est de prévenir les accidents industriels et leurs conséquences.

L’usine Lubrizol, spécialisée dans la production d’additifs pour les huiles, était classée « Seveso seuil haut ». Elle fait partie des 110 sites classés ainsi en Normandie. Trois mois après l’incendie qui a détruit l’un de ses entrepôts, l’usine a redémarré partiellement son activité.

Trottinette

Du jouet enfantin au moyen tendance de transport. La trottinette, surtout électrique, a envahi les rues françaises cette année, comme celles du monde entier. Acclamé pour ses vertus écologiques, ce deux-roues a aussi ses détracteurs. La trottinette se révèle ainsi plus polluante qu’elle n’y paraît : elle nécessite de l’électricité pour fonctionner et sa fabrication requiert plusieurs matériaux dont le lithium, un métal rare.

La trottinette est entrée en 2019 dans le code de la route. Son usage est désormais encadré : les trottinettes sans moteur doivent rouler sur le trottoir tandis que les trottinettes électriques ont l’obligation de circuler sur les pistes cyclables. D’autres règles et sanctions ont été mises en place à l’automne : les usagers des trottinettes électriques doivent à présent être âgés de plus de 12 ans et avoir impérativement souscrit une assurance. La vitesse maximale des appareils ne doit plus dépasser les 25 km/h et les trottinettes en libre-service ne peuvent plus stationner sur les trottoirs parisiens, sous peine d’amendes.

Ces derniers mois, plusieurs accidents mortels impliquant des trottinettes électriques ont eu lieu à Bordeaux, Paris et  Reims, ainsi que dans les Yvelines et dans le Pas-de-Calais notamment. Ces nouvelles mesures visent donc à encadrer l’explosion du nombre de trottinettes et des incidents liés à leur usage. A Paris, environ 15 000 trottinettes électriques étaient dénombrées en octobre.

Source : France TV Info

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