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« Le HuffPost » s’est rendu dans cinq villes marquées par l’actualité pour savoir si leur vote aux municipales va changer.

Interdire, limiter, accompagner…Derrière la bataille des chiffres qui oppose la Mairie de Paris et l’enseigne californienne, se joue pendant les municipales 2020 celle de la meilleure solution à trouver pour encadrer le phénomène Airbnb dans la capitale française. Tous les électeurs n’ont pas le même avis quant à celle à adopter. Mais la grande majorité d’entre eux sont formels: Airbnb sera un facteur important de leur vote.

Dans la dernière ligne droite avant le premier tour des élections municipales, Le Huffpost est allé à la rencontre de ces Parisiens qui observeront, plus que d’autres encore, les propositions des candidats au sujet d’Airbnb. La plateforme de locations de biens immobiliers entre particuliers a pris une telle ampleur que certains habitants comme Noémie Tolédano – et derrière elle, les 15.000 personnes qui ont signé la pétition anti-Airbnb de son collectif citoyen “WeSignIt” – demande l’interdiction “pure et simple de Airbnb dans Paris”.

“Je ne vais pas me laisser chasser de la ville que j’aime, celle dans laquelle je vis depuis 15 ans parce que des gens veulent se faire de l’argent en louant des biens qu’ils ont achetés…”, fulmine la future maman de 34 ans, qui habite dans le XXe arrondissement de Paris, un îlot populaire de la capitale et dans lequel elle s’estime encore préservée d’Airbnb. “Mais dans notre immeuble, c’est un appartement sur cinq qui est loué”. Tout de même.

Son vote à Paris sera motivé par les facteurs d’amélioration de la qualité de vie, et sur ce point, Airbnb joue beaucoup. La jeune femme en est d’ailleurs convaincue: “il faut que ce vote [aux municipales] soit un referendum sur Airbnb”.

Désertification et augmentation des prix

Comme d’autres, cette Parisienne constate que le visage des quartiers a changé. “Des petits libraires remplacés par des bars branchés” nous décrit-elle.

À quelques kilomètres, dans le Marais, au cœur de Paris, les cafés et bars se remplissent, la fin de journée approchant. David Varnier, lui aussi, préfère le Paris d’avant. “C’était plus agréable, plus convivial, plus parisien”, en somme. “Mais aujourd’hui, c’est sympa aussi, mais plus impersonnel”. La thématique d’Airbnb n’influencera absolument pas le vote de ce gérant de bar. Fluidifier la circulation dans les rues de la capitale, et en particulier dans le centre, voilà un sujet qui pourrait le mobiliser dans l’isoloir. Face aux difficultés de livraison, ses fournisseurs augmentent les prix. Fermeture des voies sur berges, travaux “au mauvais endroit au mauvais moment”, “ce n’est pas bon pour le business”, constate ce Parisien installé il y a 25 ans.

Toutefois, il reconnait une désertification de certains arrondissements. Le Marais en fait partie bien sûr, mais aussi le VIIIe et d’autres… À midi, remplir ses tables n’est pas évident, avec une population étrangère saisonnière qui ne privilégie pas la vie de quartier. Le soir, en revanche, ses bars ne désemplissent pas. C’est l’avantage de l’inconvénient: “La clientèle est en vacances. Par rapport à un Parisien, elle sort plus tard et regarde moins à la dépense” apprécie l’homme d’affaires.

C’est très désagréable quand vous montez à deux heures du matin, un mardi soir, pour demander de faire moins de bruit et que des gens rigolent en face, qu’ils ne vous prennent pas au sérieux et que le bruit continue. Tanguy Rouzic, habitant du 10ème arrondissement

Une situation “très stressante”

“Moi, je n’ai rien contre Airbnb. Que des gens louent leur appartement quand ils partent en week-end pour se faire un peu d’argent, je trouve ça très bien”. Mais ce qui est en train de détruire le quotidien de Tanguy Rouzic, habitant du 10e arrondissement et propriétaire, c’est le commerce de ces locations. Au-dessus de son appartement, un propriétaire loue sur Airbnb toute l’année et à des groupes allant jusqu’à 19 personnes. Nuisance, irrespect, détérioration des parties communes, “l’impact sur mon quotidien est très très important” se confie le salarié de L’Oréal. “C’est très stressant comme situation. Vous ne savez jamais qui vous allez avoir au-dessus de chez vous. S’il l’on va nous respecter ou pas. C’est très désagréable quand vous montez à deux heures du matin, un mardi soir, pour demander de faire moins de bruit et que des gens rigolent en face, qu’ils ne vous prennent pas au sérieux et que le bruit continue.”

Recours, avocat, la situation pour l’instant n’évolue pas. Les municipales seront peut-être un moyen pour lui de trouver une solution. “En espérant que ça ne soit pas une promesse de campagne”.

Pendant ce temps-là, Nicolas Tsaros, multipropriétaire à Paris a une réponse aux nuisances: la sélection. Sur son application Airbnb, son calendrier est plein, pour ses cinq appartements. Il n’a pas souvent eu à gérer des soucis avec ses locataires. De toute façon, pour lui, la plateforme fondée en 2008 à San Francisco et arrivée en France en 2012 est “la seule qui responsabilise les propriétaires”. D’après ce Parisien, une sélection des arrivants en amont permet déjà d’éviter 90% des nuisances. Vérifier les horaires de check-in et de check-out de ses Airbnb lui permet également d’éviter les bruits de valises à des heures incertaines.

50.000€ d’amende par appartement, “on voudrait que je sois ruiné”

Être responsable et respectueux de ses voisins, toutefois, ne lui permet pas d’échapper à la loi. La limitation de la location à 120 jours par an pour les logements entiers lui vaut une amende de 50.000 euros par appartement. Qu’il conteste actuellement. “On voudrait que je sois ruiné et que je perde 10 ans d’investissements, ça n’a pas de sens”.

Pour cet auteur du livre “Chroniques d’un loueur Airbnb à Paris – Révélations sur la guerre menée contre les Parisiens!”, aux Éditions Kawa, c’est bien le politique qui a fauté dans toute cette histoire-là. En n’ayant pas détecté en amont le phénomène et l’opportunité économique puis en sanctionnant plus qu’en accompagnant. Nicolas Tsaros est formel: “Que la Mairie de Paris fasse la guerre à Airbnb, ça ne me concerne pas. Mais aujourd’hui ce n’est pas Airbnb qui paye les amendes, c’est les Parisiens!”.

En attendant les municipales et de possibles solutions, l’enseigne rose recense dans la capitale environ “4100 logements” hors-la-loi, comme ceux de Nicolas Tsaros et celui du voisin du dessus de Tanguy Rouzic. Ces chiffres ne prennent pas en compte les nombreux studios portant le titre erroné de “chambre privée” et dont la location dépasse les 120 jours. La mairie de Paris, elle, compte entre 25.000 et 35.000 logements”. Ses chiffres sont “un mélange de ceux du portail indépendant Inside Airbnb et des remontées du terrain” déclare-t-elle.

Des arrondissements périphériques au centre, le nombre de logements loués sur Airbnb croit jusqu’à saturation. Aujourd’hui, Paris est la première ville Airbnb au monde. Et chacun des électeurs que nous avons interrogés dans notre reportage s’accorde sur une chose: des solutions doivent absolument être trouvées pour pacifier la situation.

Source : Huffingtonpost

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