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Pour notre policier chroniqiueur, la vérité du terrain est indiscutable. (Photo d’illustration)

Cette semaine, notre chroniqueur entend dénoncer la manière dont certains prétendent combattre le racisme tout en niant certains de ses aspects.

Aurélien Taché, député LREM du Val-d’Oise et membre éminent du pôle idée de ce parti, a diffusé ce tweet la semaine dernière. Et il n’est malheureusement pas à son coup d’essai. Il avait déjà, entre autres, comparé le voile islamique à un simple serre-tête. Là, sous des faux aspects de « faites l’amour pas la guerre », j’ai immédiatement ressenti un malaise et de l’indignation à la lecture de sa punchline discount. D’une part, parce que j’ai la conviction que nous payons largement aussi cher le racisme authentique que ceux qui le combattent si mal. D’autre part en raison de la malhonnêteté intellectuelle de telles paroles, émanant de plus d’un représentant du pouvoir en place. En définitive, même si leur style est différent et leur bord opposé, monsieur Taché est de la même veine qu’une Nadine Morano, aux vues de leur argumentation souvent ridicule et contre-productive.

Avant de m’expliquer, je voudrais préciser, notamment, que je n’ai rien contre cette idée que « la Francea une part d’Afrique en elle », comme l’exprimait notre président jeudi dernier. De par mon arrière-grand-père paternel, je ne suis d’ailleurs pas Français de souche, comme certains le font valoir lourdement, je suis juste une feuille d’un arbre bien plus grand. Je ne revendique aucune couleur politique, ecclésiastique ou épidermique. Bref, je n’ai ni haine ni ennemi, mais j’ai, sans nul doute, l’amour d’un pays qu’il faut parfois savoir défendre.

La crainte d’être assimilé comme raciste

Sachez aussi que j’ai bien conscience qu’il est dangereux de s’attaquer à ce sujet. Toutefois, non seulement je suis policier et donc déjà catalogué comme facho par nos détracteurs, mais de plus, comme le prouve ce tweet, je pense que la lutte contre le racisme s’exprime trop fréquemment de manière hystérique et caricaturale. Ce qui pour moi dessert cette cause naturellement juste et motive ainsi ma présente contribution.

J’en ai assez de voir beaucoup trop de nos concitoyens se rejeter cette crainte d’être assimilé comme raciste, telles une patate chaude ou une grenade. Assez de voir ce combat être utilisé comme un faux-semblant, d’autant plus quand le but est de ratisser large. Enfin, même si mon devoir de réserve m’oblige normalement à me taire, ce genre de posture influe beaucoup trop concrètement sur ma vie de citoyen et de policier, ces dernières années, pour que je me taise davantage.

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La laïcité en danger

Primo, je n’ai rien à la base pour ou contre monsieur Taché. Deuxio, tout comme lui, je ne tiens pas à valider la théorie du grand remplacement, qui me dépasse de loin. Je dis en revanche et à l’évidence que l’islam radical démontre une certaine aisance à imposer ses lois dans notre pays. Dire que la laïcité se meurt dans l’Hexagone est une lapalissade. La progression spectaculaire du voile intégral et du burkini, ces dernières années, étant la partie émergée d’une nébuleuse bien plus vaste.

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Tertio, que des abrutis profitent de ce constat pour prendre les armes et assouvir leur haine, comme à Christchurch, est autant un malheur pour moi que pour le monde entier. Si les propos de monsieur Taché avaient été uniquement de dénoncer la bêtise humaine, nous serions amis. Or ce n’est pas le cas !

Le « céfran » facile à humilier

C’est pourquoi j’en viens enfin à son allusion au « prétendu racisme anti-Blanc », qui pour moi trahi clairement tout le reste de son œuvre. Il est inadmissible de nier ce racisme au même titre que les autres. Je croise des victimes concrètes de ce fléau chaque jour. Il suffit d’aller visiter certains forums ou même certains réseaux sociaux pour vérifier l’ampleur du phénomène. Les Blancs y ont toutes sortes de surnoms. Ça va du petit Babtou au grand Babtou, quand ce n’est pas Gouffa, Kouffar ou simple mécréant. Cependant, généralement, la victime idéale y est tout simplement décrite comme le « céfran », facile à impressionner, facile à dévaliser, facile à humilier.

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Dans beaucoup de quartiers, le petit céfran est non seulement une proie facile, mais aussi une aubaine pour se faire valoir auprès des potes. Il est déjà tellement accablant, en tant que policier, de ne pas pouvoir freiner ce phénomène convenablement et il faudrait en plus, d’après monsieur Taché et d’autres grands esprits, que nous les laissions seuls à la cave. Au nom de quoi devrions-nous nier ces plaies saignantes ?

La véracité du terrain

Je suis désespéré à cette idée que l’on n’appelle plus un chat, un chat. Ces dissimulations de la vérité ou ces mensonges par omission, peu importe comment on les nomme, sont néfastes quoi que l’on dise. Je prétends même que cette politique décadente est en fait en grande partie responsable de ces amalgames dont notre société souffre. Le rejet de la vérité est un boomerang qui nous reviendra en pleine tronche à un moment ou à un autre. La véracité du terrain est indiscutable. Et non, monsieur Taché et consorts, vous n’arriverez pas à nous convaincre du contraire de ce que nos yeux voient.

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Le combat contre le racisme est l’affaire de tous. Il est bien que tout le monde s’en mêle, mais il est beaucoup moins avisé que l’on s’emmêle les pinceaux à ce propos. Il est donc impératif de tous les dénoncer et non pas uniquement d’aller dans le sens du vent et du politiquement correct. Pour ma part, mon combat contre le racisme continuera de consister à ne laisser personne la tête baissée, à part les racistes eux-mêmes.

* KSF, pour K, simple flic, est policier dans la région lyonnaise.

Source : le Point

 

 

Source : Profession-gendarme

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