PARTAGER
Gille-William Goldnadel. JOEL SAGET/AFP
Par Gilles William Goldnadel
Publié le 27 juillet 2020 à 17:26, mis à jour le 28 juillet 2020 à 07:08

L’ancien co-détenu d’Adama Traoré qui l’accuse de viol a été indemnisé mais n’a bénéficié d’aucun traitement médiatique compatissant, tant la famille d’Adama Traoré s’accapare le monopole de la victimisation, regrette l’avocat et chroniqueur.

Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Chaque semaine, il décrypte l’actualité pour FigaroVox. Son dernier ouvrage, Névroses médiatiques. Le monde est devenu une foule déchaînée, est paru chez Plon.

L’affaire Adama Traoré, jusqu’à son dernier développement, constitue bien plus qu’un fait divers. C’est un symbole, un concentré du drame français, un précipité de ses errements, mensonges, occultations gênées et silences médiatiques et politiques. C’est aussi une histoire d’impunité.

Commençons par ce qui pourrait en constituer la fin: la mise en cause de feu Adama Traoré dans l’agression sexuelle de son ancien codétenu et qui a vu celui-ci indemnisé par la justice.

Comme la famille Traoré est susceptible, allons-y précautionneusement. Il ne saurait donc être question d’accuser le défunt Adama d’avoir violé le plaignant d’abord et avant tout pour la simple raison juridique que les poursuites engagées à son encontre ont été naturellement éteintes lors de son décès dans les conditions actuellement soumises à la justice et que nous ne voulons donc pas commenter.

Assa Traoré continue de défendre la mémoire de son frère Adama en incriminant la partialité judiciaire.

En ce qui concerne l’agression sexuelle précitée, nous nous bornerons à la résumer telle qu’elle nous est parfaitement présentée par Margaux d’Adhémar dans un article pour Le Figaro en date du 22 juillet 2020. Nous rappellerons donc au lecteur que la somme de 28 793,75 euros a été accordée au plaignant en suite de sa plainte déposée le 6 septembre 2016 pour agression sexuelle contre Adama Traoré, pendant leur détention commune à la prison d’Osny.

Cette somme comprend également l’indemnisation du préjudice occasionné par l’un des frères d’Adama, Yacouba, pour avoir durement rossé le malheureux codétenu victime à sa sortie de prison. La spéculation intellectuelle sur la réalité de ces faits est grandement relativisée par la condamnation prononcée contre le dit Yacouba par le tribunal correctionnel de Pontoise «pour coups et blessures» le 15 mars 2017 à 18 mois de prison ferme.

Le lecteur voudra bien ne pas confondre Yacouba avec son frère Bagui condamné lui à 30 mois de prison ferme pour extorsion de fonds à des femmes vulnérables.

D’autres membres de la fratrie – fort respectée craintivement à Beaumont sur Oise – ont également fait l’objet de condamnations que je ne rappellerai pas pour ne pas alourdir mon sujet.

Retour à l’agression sexuelle putative. Ainsi qu’il est écrit dans Le Figaro: «La décision de la CIVI ne laisse aucun doute sur l’existence des faits eux-mêmes. Son jugement rappelle qu’il ressort «des pièces pénales produites que la victime avait pour codétenu à la maison d’arrêt du Val-d’Oise Adama Traoré» selon donc la Commission, la matérialité des infractions d’agressions sexuelles dénoncées doit être considérée comme établie».

Assa Traoré continue néanmoins de défendre la mémoire de son frère Adama, certes entachée de nombreuses condamnations pénales, en incriminant la partialité judiciaire.

Il ne nous pas été donné de lire le moindre commentaire compatissant à propos de la victime présumée d’Adama Traoré.

Nous nous en tiendrons donc là sur cette dernière controverse en rappelant toutefois que dans son ultime contestation, le comité Adama a cru devoir livrer l’identité de la victime indemnisée qui vit sous protection et a tenté de se suicider le 23 mai. Détail piquant: dans son communiqué ledit comité croit devoir s’attarder sur le passé pénal de la victime dont on avait cru qu’il ne saurait en rien affaiblir la noblesse d’une juste cause.

À ce stade de ce rappel factuel, un esprit un peu frais ou inaccoutumé aux mœurs idéologiques de l’époque pourrait penser que l’instant Traoré, dans le sillage parasite incongru du moment Floyd, était passé. Qu’Assa Traoré avait mangé son pain blanc. Que les scandales judiciaires à répétition, y compris le dernier à caractère sexuel concernant son défunt frère compte tenu notamment de cette matière sensible particulière, avait définitivement usé le crédit familial.

Encore que je ne sois pas le mieux placé pour vouloir la rassurer, je pense qu’il n’en est rien. Tout m’invite à penser que dans cette période follement irrationnelle – j’ai coutume à écrire névrotique – celui qui insulte la France et met en cause un racisme systémique bénéficie de l’impunité médiatique.

Le clan Traoré coche absolument toutes les cases pour aspirer à cette impunité qui fait qu’on aura vu une ministre de la Justice trahir les devoirs de sa charge pour excuser une manifestation interdite devant le palais du même nom.

Assa Traoré aura tout aussi impunément insulté la police française taxée de racisme, appelé à la révolution, morigéné «le privilège blanc», considéré que le pays où elle vit était consubstantiellement xénophobe, sans encourir d’autres tourments qu’un article thuriféraire dans Le Monde.

Plus éclairant encore, il ne nous pas été donné de lire le moindre commentaire apitoyé ou compatissant sous la plume d’un chroniqueur progressiste ou d’une féministe à propos de la victime présumée d’une fellation forcée sous la menace d’une fourchette.

Source : Le Figaro

Publicité