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Ce policier de la BAC lyonnaise témoigne de la détresse de la profession et de son exaspération face aux « manquements graves de l’État ».

Il paraît que l’amour dure trois ans. La colère aussi. Depuis 2016, cette colère monte. Et elle perdure. Sans cesse alimentée par des oppressions persistantes, des oppressions qui s’agglutinent comme des couches de crasse, des oppressions poussant parfois au suicide, que beaucoup trop de monde fait semblant de ne pas voir. Le manque flagrant de réponse décente à notre détresse, durant ces jours, ces semaines, ces mois, ces années, tend par conséquent, malgré l’entendement, à ringardiser notre exaspération légitime et peut même aller jusqu’à la paralyser de désespoir. C’est pourquoi la relation à mon métier résonne désormais comme une histoire d’amour déçue. Un amour pourtant pas ordinaire et incroyablement vigoureux à l’origine. Seulement, disons qu’à force de lui ôter l’essentiel, ma fonction m’a simplement… lassé.

Certains me diraient qu’avec un tel constat, la logique serait de démissionner. Mais pour faire quoi ? J’ai 40 ans passés et plus de 20 ans de carrière. J’ai une famille à nourrir et peut-être que je doute aussi d’être capable de faire autre chose, certes. Néanmoins, je ne suis ni fautif ni coupable de toute cette merde  ! Je suis là où je dois être, malgré tous les vents contraires. J’ai de plus sonné l’alerte à temps avec mes courageux collègues. Et n’oubliez pas que nous ne vous avons jamais abandonnés pour notre part.

Les responsables sont au sommet de l’État

Les principaux responsables de tout ça sont les irresponsables qui se sont suivis au sommet de l’État. C’est leurs manquements graves que nous tentons de combler chaque jour sur le terrain, un peu comme si on collait des rustines sur des tongs pour en faire des bottes. Alors s’ils veulent ma peau, il va falloir qu’ils me tuent comme les autres. En attendant, je préserve mon anonymat. Oui, parce qu’avant même de se soucier de faillir et de décevoir, mon administration avait prévu des textes internes pour ne jamais rien ébruiter de ses aberrations. Rien de mieux que des muets pour rester sourd, voilà une devise sous forme de consigne que nos ministres ont reçue cinq sur cinq à l’ENA.

J’entame ma seizième année de BAC dans cette belle ville de Lyon, du moins dans ce qu’il lui reste de beauté. Je pourrais d’ailleurs tenir des propos semblables au sujet de mon pays, tant, partout en France, des policiers rencontrent des problèmes similaires. Le Point m’a ouvert une fenêtre pour témoigner. Immédiatement, j’y ai vu une possible respiration dans mon asphyxie quotidienne et une belle occasion de tenir une promesse. Sans compter que cela va offrir une ultime parade à ma colère avant sa péremption définitive.

Toute la vérité, rien que la vérité

Au fil des semaines, je vais vous raconter, avec mes tripes, ce qu’on impose à mon âme de flic. Je le ferai jusqu’à ce que vous en saisissiez toute l’étendue et toute la profondeur initiale, pleinement équivalentes à celles de tous les membres de ma famille «  police  ». Mais, je ne viens pas non plus vers vous pour cracher dans la soupe, je vise juste à rétablir la recette et toute l’équipe en cuisine qui s’est tuée et se tue encore à vous la préparer. J’espère qu’en vous racontant mon ordinaire, vos préjugés seront bousculés ou vos pressentiments confortés. Je m’engage pour ma part à vous dire toute la vérité, rien que la vérité. Je le jure…

KSF, pour «  K, simple flic  », est policier en région lyonnaise.

Source : lepoint.fr

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