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Un policier tient à la main une grenade GLI-F4, lors d'une manifestation des "gilets jaunes", sur la place de la Bastille, à Paris, le 26 janvier 2019. (KARINE PIERRE / HANS LUCAS / AFP)

En annonçant le retrait très symbolique de la grenade GLI-F4, une arme intermédiaire régulièrement accusée de causer des mutilations, Christophe Castaner fait un nouveau geste pour répondre aux critiques sur le maintien de l’ordre.

Jusqu’alors, il était question d’écouler les stocks. Dimanche 26 janvier, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a annoncé sur le plateau de France 3 le retrait dès maintenant de la grenade GLI-F4, une arme intermédiaire utilisée par les forces de l’ordre, qui a causé, ces dernières années, de nombreuses mutilations. Plusieurs personnes ont ainsi eu la main arrachée lorsqu’elles ont voulu s’emparer de la grenade lors de manifestations à Notre-Dame-des-Landes ou pendant le mouvement des « gilets jaunes ».

Cette annonce intervient alors que les accusations de violences policières se multiplient. Elle anticipe les conclusions du futur schéma national du maintien de l’ordre qui sont attendues dans les prochaines semaines, selon l’entourage du ministre de l’Intérieur. Mais il s’agit surtout d’une mesure symbolique. Et pour cause : il était prévu qu’un nouveau modèle de grenade, de type GM2L, vienne la remplacer.

« Les stocks n’allaient pas être épuisés en une semaine. Nous choisissons d’arrêter tout et maintenant. C’est une décision forte », fait-on valoir dans l’entourage du ministre. Deux sources sécuritaires citées par l’AFP ont pour leur part précisé que les stocks de GLI-F4 étaient en voie d’épuisement, notamment chez les gendarmes mobiles et les CRS. « Pour nous, ça ne change rien puisque la GLI est remplacée par la GM2L. » 

Un effet « irritant » et « psychologique »

Alors, à quoi ressemble cette nouvelle grenade ? Sur sa fiche technique (en PDF), on lit que son usage est de l’ordre de la « diversion », de la « dissuasion », du « contrôle des forcenés » et de la « neutralisation ». Lorsqu’elle est utilisée, la GM2L « libère instantanément un nuage de CS pulvérulent [du gaz lacrymogène] couvert par un effet sonore déstabilisant les manifestants ». 

Quant à ses « performances », le document précise bien que « les matériaux employés pour la fabrication de cette grenade (plastique polyéthylène élastomère) permettent de ne générer aucun éclat lors de son fonctionnement », et liste deux effets : un « effet irritant instantané par dispersion du nuage de CS pulvérulent » et un « effet psychologique généré par le bruit de 160 décibels à 5 mètres, 155 décibels à 10 mètres. »

Une arme qui n’est pas sans risque

La dangerosité de la grenade GM2L est-elle comparable à celle des GLI-F4 ? Pour ces dernières, la dangerosité réside surtout dans leur caractère explosif, car elles contiennent 26 grammes de TNT. « A cause de son action explosive due à la présence de tolite, cette arme de force intermédiaire est à triple effet lacrymogène, sonore et de souffle », précisait en mai un article de L’Essor, le journal de la gendarmerie.

Bien que fabriquée par la même entreprise, la société d’armement et d’études Alsetex, la GM2L « est assourdissante et lacrymogène, mais sans effet de souffle », poursuivait le magazine, indiquant déjà qu’elle allait « remplacer progressivement la GLI-F4 dans l’arsenal des gendarmes au cours des années 2020-2022 ». A l’époque, le ministère faisait savoir qu’il ne s’agissait pas d’une arme « équivalente ». 

Mais un article plus ancien, daté de 2018, relevait toutefois la dangerosité de cette alternative : « Dès lors qu’une munition produit une forte intensité sonore, celle-ci est associée à un phénomène de souffle, c’est-à-dire de compression de l’air. Il en ressort des risques de lésions auditives pour ceux qui sont à proximité immédiate de la munition lors de sa détonation/déflagration », écrivait L’Essor, cité par une brochure (en PDF) du collectif Désarmons-les, qui milite pour l’arrêt de l’usage de ces armes. « Par ailleurs, toute composition pyrotechnique peut causer des lésions cutanées, musculaires, osseuses… Il en est de même pour cette nouvelle grenade », concluait le magazine des gendarmes.

Source : France TV Info

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