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Hadrien Mathoux

A l’occasion de la sortie d’une étude sur le complotisme, Hadrien Mathoux, journaliste de Marianne, évoque les ressorts de cette pensée et les raisons de son développement. Selon lui, les délires ne sont pas légitimes, mais certains doutes le sont.

Hadrien Mathoux, journaliste de l’hebdomadaire Marianne, a réagi pour RT France à une nouvelle étude sur le complotisme, menée par la Fondation Jean Jaurès et l’observatoire Conspiracy Watch. L’occasion de rappeler que tout doute n’était pas complotiste et que conspirationnistes, comme critiques de l’ordre établi, ne devaient pas être confondus.

Quelles sont donc les racines du complotisme ? Pour le journaliste, la défiance actuelle envers les médias, due à leur «manque de pluralisme», le nourrit en partie. Hadrien Mathoux fait par exemple référence au référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen : «Je pense qu’il y a eu un traitement parfaitement biaisé de l’information […] qui a alimenté une défiance […] souvent excessive mais parfois juste envers les médias mainstream». Selon lui, les lecteurs ont alors cherché des informations alternatives sur internet, un monde «sans filtre» dans lequel on trouve «tout et n’importe quoi», «dont des choses délirantes». «Cette manière de s’informer qui ne s’embarrasse plus de filtre médiatique, a indirectement nourri le complotisme», estime-t-il.

Comment lutter contre le complotisme ?

Selon lui, pour lutter contre les théories fumeuses développées sur internet, le fact checking est loin d’être fructueux et suffisant : il faudrait restaurer la pluralité dans les médias français. Selon ses récentes recherches, seul 25% de l’opinion publique y est représentée. «C’est notre responsabilité en tant que journalistes, de se saisir de ces questions», pense-t-il. Il développe aussi l’idée que le gouvernement induit parfois les spéculations complotistes délirantes, en citant l’exemple du Pacte de Marrakech. «Le gouvernement a dit : « On s’inquiète pour rien » mais par contre « on ne montre rien de ce qu’il y a à l’intérieur ».» Selon lui, si le contenu avait été détaillé dès le départ, «cela aurait pu désamorcer les théories complotistes les plus folles». «Pour le traité d’Aix-la-Chapelle, c’est exactement pareil», explique-t-il.

Les biais méthodologiques de l’étude en question

Selon Hadrien Mathoux, les biais méthodologiques de cette nouvelle étude sont moins marqués que celle parue un an auparavant.

Hadrien Mathoux estime toutefois que la section comparant le complotisme des électorats de La République en marche, de Marine Le Pen, de Jean-Luc Mélenchon, de Nicolas Dupont-Aignan, sortait «du registre de l’augmentation, du débat politique, pour disqualifier d’office adversaire» en lui disant que ce qu’il pensait était faux. Selon lui, si l’électorat macroniste, perçu comme moins complotiste, «se voyait proposer de réagir à une théorie développée par le président lui-même, sur l’instrumentalisation alléguée des «Gilets jaunes par des puissances étrangères, dont la Russie», les résultats seraient bien différents.

« Est-ce que le fait d’avoir des doutes sur quelque chose, qui par définition n’est pas encore prouvé totalement, fait de vous un indécrottable complotiste ? »

Il questionne la pertinence des items, regrettant que soient rangés au même niveau les chemtrails, «idée délirante» d’«armes biologiques diffusées par les Américains» et la remise en cause de la version officielle des attentats du 11 septembre. «Je ne suis pas en train de dire que la version officielle n’est pas vraie, mais est-ce que le fait d’avoir des doutes sur quelque chose, qui par définition n’est pas encore prouvé totalement, fait de vous un indécrottable complotiste ? Je n’en suis pas sûr», juge-t-il. Selon lui, l’utilisation du sondage peut «amalgamer des citoyens qui se posent des questions à de vrais complotistes».

Source : RT France

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