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Dix polices nationales européennes défendent l’idée d’une base de données commune, révèle « The Intercept ». Des études auraient déjà été lancées.

Le sujet de la reconnaissance faciale est hautement sensible, comme l’a montré la polémique sur l’application Clearview au mois de janvier. On apprenait alors que la police américaine utilisait un outil collectant des images mises en ligne sur Facebook ou encore YouTube. Selon le magazine The Intercept, dix polices nationales européennes militent pour la mise en place d’une base de données commune dans le domaine de la reconnaissance faciale. Si l’Autriche mène ce projet, on ignore quels sont les autres pays concernés.

Signe que le projet avance déjà très concrètement, un rapport aurait circulé en novembre 2019 auprès de certains élus et officiels à l’Union européenne. À l’heure actuelle, la police peut déjà, dans certains cas, accéder à des bases de données permettant de comparer ADN, plaques d’immatriculation ou empreintes digitales. Une collaboration rendue possible par le traité de Prüm, signé en 2005 par plusieurs pays européens. La prochaine étape pourrait donc être la reconnaissance faciale. Le rapport de l’Autriche défend ainsi le fait qu’une telle de base de données serait un outil biométrique « très approprié » pour identifier des suspects inconnus dans un pays mais pas dans un autre. Une étude aurait été confiée au cabinet de conseil Deloitte pour étudier comment la législation actuelle pourrait être modifiée. La Commission européenne a aussi missionné un consortium d’agences publiques dirigé par l’Institut estonien des sciences médico-légales. L’objectif ? Faire un état des lieux de l’usage de la reconnaissance faciale dans les enquêtes criminelles dans l’Union européenne.

Un projet à risques

Edin Omanovic de l’ONG Privacy International, pointe le risque potentiel que ferait peser une telle base de données en Europe. « C’est préoccupant au niveau national et au niveau européen, d’autant plus que certains pays de l’UE se tournent vers des gouvernements plus autoritaires. » Il craint donc que la reconnaissance faciale soit utilisée pour de la « surveillance pour motifs politiques » et pas pour le travail de la police.

Si ce projet inquiète, c’est aussi parce qu’il serait question de le connecter à un système de données similaires aux États-Unis. The Intercept parle d’une « consolidation transatlantique massive des données biométriques » qui inquiéterait les chercheurs en protection de la vie privée. Si à l’heure actuelle des accords existent déjà avec le pays de Donald Trump, notamment avec le système ESTA, ces échanges sont encadrés.

En France, le secrétaire d’État au Numérique Cédric O, a mis en avant en octobre 2019 la nécessité d’encadrer les projets de reconnaissance faciale face aux dérives potentielles et notamment pour « éviter la surveillance généralisée ».

Source : Le Point

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