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Dans un entretien à Franceinfo, Guillaume, 48 ans, raconte être soumis à une angoisse permanente depuis la mise en scène de son employeur en juin 2018.

Se reconstruire relève du parcours du combattant. Pendant deux ans et demi, Guillaume, rescapé du Bataclan, parvient à faire face, pour ses enfants. Physiquement indemne mais psychologiquement très touché, il souhaite simplement tourner la page. Une psychologue devra insister pour finalement le convaincre de porter plainte et le prévenir des risques de rechute dans les semaines, les mois ou les années à venir. « Elle nous a dit : Il y aura un retour de bâton, explique-t-il à Franceinfo. Ces médecins-là savent qu’il y aura ce que j’appelle un deuxième effet Kiss Cool trois mois plus tard, cinq ans plus tard, vingt ans plus tard. On a eu une lettre du fonds de garantie disant qu’on avait le droit à une indemnisation forfaitaire. On s’est dit : Bon, on prend ça, on clôt le dossier et puis on passe à autre chose, on reprend notre vie quotidienne et normale… Ce qui a fonctionné pendant deux ans et demi. »

Deux ans et demi, jusqu’à ce jour de juin 2018 où le pire a refait surface. « Mon employeur organise un exercice lié au terrorisme et lâche un sniper dans les couloirs, armé d’une fausse kalachnikov, mais sans prendre le soin de prévenir les deux-trois personnes qui étaient au Bataclan, dont moi. Et je tombe nez-à-nez avec ce terroriste de pacotille  ! Je l’ai vécu comme si ça recommençait. » Réaction prévisible qui n’a, semble-t-il, pas interpellé ses employeurs de l’époque. « La plaie que j’avais mis longtemps à cicatriser s’est rouverte de façon béante, raconte-t-il. Je suis retourné voir la psy. Je ne me rendais pas compte, mais j’étais en pleine dépression. J’ai dû prendre un avocat pour signifier à mon employeur qu’il avait commis une faute irréparable. »

Guillaume est depuis juillet 2018 en arrêt maladie et suit toujours une thérapie. Sous antidépresseurs, il lutte contre un mal permanent, « des cauchemars, des pensées intrusives, un monstre qui vous envahit, qui vous envahit le corps et la tête ». Il explique : « C’est un bruit de palettes qu’un magasinier va décharger qui peut faire penser à une détonation. Cette espèce de souvenir comme un boulet au pied qui va vous poursuivre tout le temps. C’est pour ça que je l’appelle le monstre. Et j’ai abandonné toute idée de m’en débarrasser. Je ne pense pas qu’on puisse s’en débarrasser. Mais j’ai l’espoir de pouvoir vivre avec. » Le rescapé du 13 Novembre assigne son employeur devant les prud’hommes, une audience est prévue en janvier prochain.

Source : Le Point

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