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Devant la préfecture de police, le 3 octobre 2019 après l'attaque dans laquelle trois agents ont été tués au couteau par un de leurs collègues. (image d'illustration) - © Bertrand Guay Source: AFP

Alors que le parquet antiterroriste s’est saisi de l’enquête sur la tuerie à la préfecture de police, les premières informations sur l’assaillant se font jour : habilité secret-défense, il disposait notamment des adresses de chaque fonctionnaire.

Va-t-on assister à un séisme au sein du renseignement ? Si l’enquête, saisie le 4 octobre par le Parquet national antiterroriste (PNAT), confirme les hypothèses qui pointent vers un acte djihadiste, ce sera la première fois qu’une telle attaque est commise de l’intérieur même de l’appareil sécuritaire français. Et cela a de quoi faire trembler en haut lieu.

L’assaillant, Mickaël Harpon, agent administratif depuis 2003 à la préfecture de police de Paris, où il a tué au couteau quatre de ses collègues le 3 octobre avant d’être abattu, était en charge de la maintenance des ordinateurs du millier de fonctionnaires du renseignement parisien.

Il disposait notamment des adresses de chaque fonctionnaire

Disposant d’une habilitation secret-défense, il avait ainsi accès à des informations ultrasensibles, entre autres celles en lien avec la lutte contre l’islam radical. Plus inquiétant encore, l’assaillant «disposait des adresses de chaque fonctionnaire», s’inquiète un policier, dont les propos sont rapportés par Le Parisien. En effet, si l’homme était lié à une entreprise terroriste, pas de doute que ces informations auraient pu tomber entre de mauvaises mains.

En tout état de cause, si la piste terroriste venait à être confirmée, il apparaîtrait troublant qu’aucun indice n’ait attiré l’attention sur Mickaël Harpon avant qu’il ne passe à l’acte, l’habilitation secret-défense dont il disposait impliquant une enquête administrative approfondie.

«Seul Dieu te jugera. Allah akbar»

Le 4 octobre au soir, plus de vingt-quatre heures après les faits, la section antiterroriste de la police judiciaire parisienne, la Direction centrale de la police judiciaire et la DGSI ont été officiellement saisies de l’enquête par le PNAT. C’est l’analyse du téléphone de Mickaël Harpon qui est à la source de ce rebondissement dans l’enquête.

Peu avant de passer à l’action, l’assaillant avait envoyé un message à sa femme évoquant l’achat d’un couteau doté d’une lame en céramique, non détectable par les portiques de sécurité. L’épouse, qui était toujours en garde à vue ce 5 octobre, aurait répondu en substance, selon des informations du Parisien : «Seul Dieu te jugera. Allah akbar».

En outre, l’analyse poussée du portable du meurtrier a démontré ses liens avec un prédicateur d’une mosquée du Val-d’Oise connu de la DGSI. Le Parisien rapporte, citant des témoins, que Mickaël Harpon venait régulièrement prier à la mosquée de Gonesse, ville où il résidait, mais qu’il n’avait «jamais donné aucun signe d’une pratique extrême de sa religion». Selon ces mêmes informations, il s’était converti il y a déjà plusieurs années.

Certains de ses collègues le surnommaient «Bernardo», prénom du majordome sourd et muet de Zorro

Le 3 octobre, peu après les faits, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, affirmait que l’agent administratif n’avait «jamais présenté de difficulté comportementale», ni «le moindre signe d’alerte». Les premiers témoignages rapportés dans la presse, y compris ceux de ses collègues, n’avaient pas fait état d’un comportement suspect et l’homme était décrit unanimement comme «gentil» et «poli».

L’Obs rapporte néanmoins de possibles frustrations dues à son handicap. Mickaël Harpon était en effet atteint de surdité et souffrait des railleries de ses collègues, dont certains le surnommaient «Bernardo», prénom du majordome sourd et muet de Zorro.

En outre, selon des sources policières de la préfecture de Paris, qui connaissaient bien le tueur, l’épouse de ce dernier aurait confié que son mari, quelques jours avant les faits, avait réuni sa famille à son domicile de Garges-lès-Gonesse pour lui annoncer son «départ». Un élément qui donne un peu plus de crédit à la piste d’un acte prémédité. Ce sera à l’enquête de le déterminer avec certitude.

Source : RT France

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