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La radicalisation de Mickaël Harpon résulte d’évidence d’un phénomène psychique. Toute conversion ou crise religieuse advient toujours dans l’esprit de l’individu en cause. Harpon a-t-il subi un tragique épisode délirant-mystique – ce que le préfet de police dit à présent ? A-t-il sinon été longuement manipulé et « chauffé » par des fanatiques, devenant leur instrument et agissant, durablement peut-être, à leurs ordres ; hypothèse autrement redoutable ? Impossible bien sûr d’interroger l’intéressé, abattu lors du drame. Restent ceux qui, durablement, ont accédé à l’esprit de Mickaël Harpon ; ont jaugé son intelligence, éprouvé sa sensibilité, ses réflexes : ses enseignants, ses formateurs, ayant vécu des années à son contact, l’ayant instruit, ayant eu avec lui mille conversations. Ce d’autant plus que, devenu sourd suite à une méningite, Harpon était très entouré par ces gens admirables, formés à la psychologie spéciale des infirmes. Surtout, à l’âge de la puberté ou tout change dans l’homme, où abondent ces interrogations qu’on tait à sa famille et dont on s’ouvre au prof’, avec lequel on s’entend bien ; auquel on se confie.

L’auteur s’est entretenu avec des enseignants, notamment de l’École des sourds, ayant formé M. Harpon. Ce qu’ils en disent est saisissant : garçon intelligent ; tout sauf intolérant – fait rare, une infirmité sévère pouvant induire une rigidité mentale contre laquelle les enseignants doivent batailler pour que l’élève s’ouvre, apprenne, aille vers les autres. Rien de paranoïaque ou d’hostile chez M. Harpon. Un garçon humain, aimé dans son école, y apprenant si bien qu’il était pour ses enseignants une référence pédagogique : porter les élèves au niveau de Harpon était pour eux avoir réussi.

Ces enseignants et formateurs ont été abasourdis de ce qu’ils ont entendu et lu, du Mickaël Harpon fanatisé et meurtrier. Au point qu’avant d’avoir vu sa photo, ils ont cru à une homonymie. Terroriste et meurtrier, « leur » Mickaël ? Impossible. Après, leur réaction est unanime : il a été « marabouté » dit l’un d’eux ; « recablé », même, dit un autre. Or, ajoutent ces experts de la psychologie des infirmes, c’est un processus insidieux et long, s’agissant de gens peu confiants. Eux croient plausible l’hypothèse de la taupe, téléguidée et infiltrée au cœur du dispositif policier – à la préfecture.

Tous les moyens sont mis… 160 policiers enquêtent jour et nuit sur l’affaire, assène l’impayable Castaner. Problème : quand s’écrit cet article, nul de ces enseignants n’a été contacté ou entendu par la police. Une Castaner-galéjade de plus, après les morts des intempéries du midi et le « 11 septembre » pour réseaux sociaux d’un mythomane ? Peut-être, même si, côté impéritie, il y a pire encore. Tout être doté de l’intellect moyen d’un écolier du primaire comprend que les attentats n’adviennent jamais deux fois au même endroit, de la même façon. Des avions frappant derechef les tours du 11 septembre ; un Harpon-bis poignardant ses collègues à la préfecture de police sont d’implausibles hypothèses. En revanche, il faut en cas de drame réfléchir plus largement, voir quelles failles dans notre cuirasse l’ennemi djihadiste peut exploiter. Or ces failles existent, énormes même, et nul à l’instant n’y pare vraiment.

Il s’agit de l’externalisation de maintes fonctions (notamment logistiques) du ministère de l’Intérieur. Pourquoi pas, si ce travail est bien fait et moins cher ? Reste que, comme à Aéroport de Paris, une accréditation spécifique doit contrôler le niveau technique du prestataire et le sérieux de ses personnels. Or, quand s’écrit cet article, nulle accréditation n’existe pour les personnels externalisés opérant dans les bâtiments de l’Intérieur. Quelques exemples (hors bâtiments des services spéciaux, eux, protégés) :

– Sur la plupart des sites concernés, les uniformes des policiers sont livrés par des transporteurs privés sans nul contrôle, cynophile ou autre,

– Les éboueurs, réparateurs (machines à café, distributeurs d’aliments, etc.), laveurs de carreaux ou femmes de ménage, ne sont quasiment jamais fouillés.

Pourtant, les risques existent : empoisonnements, sabotages, pose de dispositifs interceptant les ondes type Imsi-catcher, attaque au couteau, etc. De tels cas abondent dans des pays subissant la menace terroriste, djihadiste ou autre. Cette périlleuse impéritie concerne l’Intérieur, mais pas seulement : un témoin direct a ainsi récemment vu un véhicule de la force « Sentinelle », récupéré, pour être réparé, par un barbu, zebiba au front (marque noire générée par ces prosternations où l’on frappe le sol du front). C’est plus cela qu’il faudrait surveiller, que la propension de X ou Y à faire la bise aux filles du bureau. Or à présent, rien de systématique et de durable n’est fait dans ce registre.

Source : Profession Gendarme

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