PARTAGER

Angela Merkel a accepté de se prêter au jeu de communication du Président Macron, en signant une déclaration franco-allemande illusoire, dont elle ne peut apporter aucune garantie, puisque dans son propre pays, la chancelière a les mains liées par le système fédéral et parlementaire. Mais le chef d’Etat français a joué la carte de la menace populiste, s’appuyant sur des sondages créditant Marine Le Pen de 45% des voix au deuxième tour de l’élection présidentielle, si elle avait lieu en ce moment.

Angela Merkel, encore traumatisée par la montée brutale de l’AFD à partir de 2015, par la victoire de Salvini aux élections générales de 2018 et par le Brexit – Berlin n’attendait aucun de ces événements -, avait toutes les raisons de venir au secours du Président français, qu’elle n’aime pas, mais qui demeure le meilleur garant des intérêts allemands dans l’Hexagone.

Alors qu’elle s’attendait à être critiquée au sein même de son parti, la chancelière a finalement trouvé le soutien de la branche la plus capitaliste de la CDU, incarnée par l’un des très sérieux candidats à sa succession : Friedrich Merz, par ailleurs Président de l’association Allemagne – États-Unis. C’est que la Droite capitaliste allemande a besoin de l’euro, pour le bon fonctionnement de son économie, basée sur les exportations.

Mais que va-t-il vraiment se passer, maintenant que les Allemands ont offert son show au Président Macron et mis en colère les vrais alliés de Berlin (les pays frugaux) ?

En France, les eurosceptiques croient que le plan de relance présenté par la Présidente de la Commission Européenne – une allemande, Ministre de l’Armée dans le précédent gouvernement Merkel – ouvre la voie à plus de fédéralisme. C’est une erreur. Les Allemands ne veulent pas d’une Europe fédérale. Il suffit pour s’en rendre compte de lire la tribune-réponse à Emmanuel Macron d’AKK, la dauphine d’Angela Merkel, lors des dernières élections européennes :

« Aucun super-État européen ne saurait répondre à l’objectif d’une Europe capable d’agir. Le fonctionnement des institutions européennes ne peut revendiquer aucune supériorité morale par rapport à la coopération entre les gouvernements nationaux. Refonder l’Europe ne se fera pas sans les États-nations: ce sont eux qui fondent la légitimité démocratique et l’identification des peuples. »

Les Allemands ne veulent qu’une chose, c’est pérenniser le marché commun et l’union monétaire. Pour cela, ils attendent des réformes brutales de notre Droit du travail et une inflexion à la baisse de la dépense publique : tout le contraire de ce que Macron a promis aux Français pour le monde d’après. D’ailleurs, lors de leur conférence de presse commune, les deux chefs d’État ont oublié d’expliquer ce passage discret de la déclaration franco-allemande : « Elle s’appuiera sur un engagement clair par les États membres d’appliquer des politiques économiques saines et un programme de réformes ambitieux », et Merkel a laissé le Président français faire son spectacle sur la dette commune. Cela a bien fait rigoler à la CDU. Un allemand de Bruxelles m’a avoué : « Il n’a rien compris. Il a fait de l’interprétation et c’était faux ».

Si la chancelière allemande a, en effet, concédé que la Commission Européenne puisse emprunter au nom de l’Union, pour secourir des pays au bord de la faillite, comme l’Italie, elle a rejeté le principe de dette européenne, en insistant sur le caractère exceptionnel de cette action et sur les contreparties sévères que les États devront accepter, portant, notamment, sur l’âge de départ à la retraite.

Outre-Rhin, c’est l’union sacrée derrière la protection de la dette nationale. Le Ministre fédéral des finances et Vice-Chancelier, Olaf Scholz, appartient au SPD, le parti social-démocrate. Il est pourtant le leader allemand le plus sévère sur les eurobonds : Nein, c’est non! Le 31 mars dernier, il se rendait à Münich pour visiter le Ministre Président de la Bavière, membre de la CSU – le parti soeur de la CDU, dans ce Land catholique, historiquement autonome -, et rappelait, soutenu par son adversaire politique intérieur le plus acharné (la CSU est encore plus à Droite que la CDU, et le Ministre-Président Söder un concurrent de Scholz pour la chancellerie fédérale), que, jamais, l’Allemagne n’accepterait que l’on mutualise les dettes des pays de la zone euro. Et la déclaration franco-allemande est extrêmement claire : on ne mutualise pas les dettes nationales, mais l’UE va emprunter le temps de la crise et reverser aux régions et aux secteurs les plus touchés.

Le plan de relance de la Commission Européenne n’a pas encore été validé par le Conseil Européen, et la tâche s’annonce difficile. L’Autriche, le Danemark, les Pays-Bas et la Suède, alliés indéfectibles de l’Allemagne, ont déjà enterré les propositions phares. Il faudra également voir comment, à tête reposée, le Bundestag réagira. Il est encore trop tôt pour le savoir.

Une chose est sûre, l’euro ne résistera pas si ses troisième et quatrième économies s’effondrent, et Berlin a tout intérêt a empêché cela.

Dans les milieux intellectuels, on commence à reparler de l’histoire de l’union monétaire des deux Allemagne. A l’époque, Helmut Kohl était chancelier de la République fédérale et il voulait absolument que la réunification ait lieu sans délais, y compris au niveau monétaire. Après 41 ans de séparation et d’occupation soviétique, prendre son temps n’était pas une option. Le traité monétaire, signé le 18 mai 1990, seulement six mois après la chute du mur, établit un taux de conversion d’un Deutsche Mark pour un Ost Mark – alors qu’il était de cinq Ost Mark pour un Deutsche Mark, sur le marché noir – et ignorait totalement les recommandations de la banque fédérale et du Sachverständigenrat – le conseil fédéral des experts économiques -, qui préconisaient une solution par étape.

La suite sur Valeurs actuelles

Publicité