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En mars 2011, éclatait le confit syrien, dans le sillage du Printemps arabe. Comme pour les autres pays précédemment atteints par la vague, la Tunisie, l’Égypte et la Libye, les médias unanimes ont présenté ce conflit comme le soulèvement courageux d’un peuple tentant pacifiquement de secouer le joug d’un régime ignoble dirigé par un abominable dictateur. Ceux qui se montraient dubitatifs et prétendaient faire entendre un autre son de cloche, ont vite été réduits au silence, exclus de tous les débats, traînés dans la boue et traités de tous les noms, en particulier de ceux de « complotistes » et de « conspirationnistes »i.

En novembre 2018, éclatait ce qu’on pourrait appeler, quoique les proportions demeurent incomparables, le « conflit français ». Initié par les « gilets jaunes » il a vite fait tache d’huile dans toute la France. Au-delà du problème du prix du carburant, les gilets jaunes expriment leur défiance envers le système tout entier et semblent même de plus en plus réclamer, osons l’expression, un « changement de régime ».

Contrairement à leurs camarades syriens il y a sept ans, les manifestants français ont été maltraités par les médias et les politiques de « leur » pays : beaufs, poujadistes, populistes, extrémistes, antisémites, complotistes, peu de noms d’oiseaux leur ont été épargnés ; ils ont été traités avec mépris et à la moindre occasion diabolisés. Le discours des vœux pour 2019 du président Macron sont révélateurs. Le mot « gilet jaune » n’a pas même été prononcé une seule fois, et la seule mise en garde a été contre ceux qui » prennent pour prétexte de parler au nom du peuple (…) et n’étant en fait que les porte-voix d’une foule haineuse, s’en prennent aux élus, aux forces de l’ordre, aux journalistes, aux juifs, aux étrangers, aux homosexuels, c’est tout simplement la négation de la France «

Les gilets jaunes sont sans doute les mieux placés pour constater ce traitement médiatique mensonger et diabolisateur, et nous disposons de suffisamment de recul pour affirmer, tranquillement, après sept années de manipulations en tous genres, que la couverture médiatique de la guerre en Syrie a constitué et constitue encore un mensonge organisé intégral : en particulier, pour ne considérer que les premiers mois du conflit, les médias ont systématiquement nié ou minoré le détournement des manifestations par des groupes terroristes financés par des pays étrangers, et les exactions précoces de ces derniers contre les civils, les fonctionnaires, et les militaires et les forces de l’ordreii. Dans le même temps le combat des « rebelles » était au contraire magnifié sans nuance en geste héroïque.

Placer en miroir ces deux couvertures médiatiques est extrêmement éclairant dans la mesure où, au-delà de leur caractère frauduleux, elles représentent l’exact inverse de ce qu’elles auraient dû être dans un monde normal. Résumons : en changeant seulement une poignée de termes et expressions, on s’aperçoit que les articles écrits il y a sept ans sur les manifestants syriens correspondent à ceux qui auraient dû être écrits ces deux derniers mois sur les gilets jaunes. Voici quatre exemples pris dans une myriade.

Sommaire
Quatre exemples d’articles inversés
BHL sur les Gilets jaunes
BHL sur le « Printemps arabe » en Libye
BHL sur le conflit syrien
Un rapport d’Amnesty international dénonçant les violences policières contre les gilets jaunes
Quatre exemples d’articles inversés
Le Figaro, 24 mars : « Sur Facebook, «The Syrian Revolution 2011» appelle à des manifestations massives, ce vendredi, dans toutes les villes de Syrie contre le président Bachar al-Assad. Les mesures annoncées jeudi soir par le régime restent insuffisantes aux yeux de l’opposition. Le rendez-vous de ce vendredi s’annonce comme un test pour le pouvoir, selon un observateur syrien qui, comme beaucoup de ses compatriotes, se demande si la vague des révolutions arabes emportera à son tour un régime en place depuis quarante ans. »

modifié : Sur Facebook, «la France en Colère » appelle à des manifestations massives, ce samedi, dans toutes les villes de France contre le président Emmanuel Macron et le régime français. Les mesures annoncées jeudi soir par le régime restent insuffisantes aux yeux des Gilets jaunes. Le rendez-vous de ce samedi s’annonce comme un test pour le pouvoir, selon un observateur français qui, comme beaucoup de ses compatriotes, se demande si la vague du réveil des nations européennes emportera à son tour un régime en place depuis soixante ans.

Le Monde, 22 avril : « Les premiers gestes du président syrien, Bachar Al-Assad, qui a levé l’état d’urgence et allégé le dispositif sécuritaire jeudi dans le pays, n’ont pas convaincu les opposants au régime, qui ont lancé sur Facebook des appels à de nouvelles manifestations, vendredi 22 avril. Ils sont plusieurs dizaines de milliers à avoir défilé dans tout le pays, jugeant insuffisantes les mesures annoncées : la levée de l’état d’urgence, qui limitait de façon drastique les libertés depuis 1963, était l’une des principales revendications des opposants au début de la contestation. Mais ils réclament désormais aussi des réformes démocratiques, la libération des détenus politiques et la fin de la mainmise des services de sécurité sur la société. (…)

Avant l’intervention des forces de l’ordre, la journée avait connu l’une des plus importantes mobilisations depuis le début, le 15 mars, du mouvement de contestation sans précédent contre le régime du président Bachar Al-Assad, arrivé au pouvoir en 2000 à la mort de son père, Hafez Al-Assad. Quelque dix mille contestataires se sont rassemblés dans le centre de Deraa, épicentre de la contestation, à la sortie des mosquées, appelant à la dissolution des services du renseignement. Certaines pancartes appelaient à l’« annulation de l’article 8 » de la Constitution, qui consacre l’hégémonie du parti Baas, selon un militant. (…)

« Nous déplorons l’usage de la violence, nous sommes très inquiets au sujet des informations parvenues de Syrie », a déclaré vendredi aux journalistes le porte-parole du président Barack Obama, Jay Carney. « Nous appelons le gouvernement syrien à cesser d’avoir recours à la violence, nous appelons toutes les parties à cesser d’avoir recours à la violence », a-t-il ajouté, précisant que les États-Unis suivent de « très près » l’évolution de la situation. Paris a réagi tard vendredi soir. Le ministère des affaires étrangères a appelé les autorités syriennes à « renoncer à l’usage de la violence contre leurs citoyens » et à mettre en œuvre les réformes.

modifié : Les premiers gestes du président français, Emmanuel Macron, qui a allégé le dispositif sécuritaire samedi dans le pays, n’ont pas convaincu les opposants au régime, qui ont lancé sur Facebook des appels à de nouvelles manifestations, samedi 29 décembre. Ils sont plusieurs dizaines de milliers à avoir défilé dans tout le pays, jugeant insuffisantes les mesures annoncées : la levée de l’état d’urgence et l’abolition des lois liberticides, qui limitaient de façon drastique les libertés depuis 2015 et la tuerie de Charlie Hebdo, était l’une des revendications des opposants au début de la contestation. Mais ils réclament désormais aussi des réformes démocratiques, la libération des détenus politiques et la fin de la mainmise des services de sécurité sur la société. (…)

Avant l’intervention des forces de l’ordre, la journée avait connu l’une des plus importantes mobilisations depuis le début, le 17 novembre, du mouvement de contestation sans précédent contre le régime du président Emmanuel Macron, arrivé au pouvoir en 2017 en remplacement de François Hollande. Quelque trente mille contestataires se sont rassemblés dans le centre de Paris, épicentre de la contestation, occupant les places et les ronds points, appelant à la dissolution des services du renseignement. Certaines pancartes appelaient à l’instauration du Referendum d’Initiative Citoyenne (RIC), pour mettre fin à l’hégémonie des partis politiques traditionnels et refonder la démocratie. (…)

« Nous déplorons l’usage de la violence, nous sommes très inquiets au sujet des informations parvenues de France », a déclaré samedi aux journalistes le vice-ministre du gouvernement italien Matteo Salvi. « Nous appelons le gouvernement français à cesser d’avoir recours à la violence, nous appelons toutes les parties à cesser d’avoir recours à la violence », a-t-il ajouté, précisant que l’Italie suit de « très près » l’évolution de la situation.

Damas a réagi tard samedi soir. Le ministère des affaires étrangères a appelé les autorités françaises à « renoncer à l’usage de la violence contre leurs citoyens » et à mettre en œuvre les réformes.

Le Figaro, 6 mai : « Les militants syriens avaient invité les sympathisants du mouvement de protestation engagé contre le régime de Bachar el-Assad à manifester à travers le pays pour une journée baptisée « Vendredi du défi ». « Nous nous sacrifierons pour la liberté, la dignité et la fierté. Pour elles, nous défions le monde», affirme un texte posté sur le site «The Syrian Revolution 2011» créé par de jeunes militants. Ces manifestations sont interdites par le régime.

L’appel a été entendu puisque, selon les militants, des rassemblements ont eu lieu à Qamishli, Amouda et al-Dirbassiyeh dans les régions kurdes du nord du pays. Chacune de ces manifestations aurait rassemblé au moins 2000 personnes. Cinq mille personnes sont également descendues dans les rues de la ville côtière de Banias. Une autre rassemblement a eu lieu dans le quartier de Saqba, dans la banlieue de Damas : 2000 manifestants ont réclamé la libération des personnes arrêtées par les forces de sécurité ces derniers jours.

Modifié : Les militants français (les Gilets jaunes) avaient invité les sympathisants du mouvement de protestation engagé contre le régime de Macron à manifester à travers le pays pour une journée baptisée « Samedi du défi ». « Nous nous sacrifierons pour la liberté, la dignité et la fierté. Pour elles, nous défions le monde », affirme un texte posté sur le site « Les Gilets jaunes officiel » créé par de jeunes militants. Ces manifestations sont sévèrement réprimées par le régime.

L’appel a été entendu puisque, selon les militants, des rassemblements ont eu lieu à Toulouse, Nantes, Bordeaux, Rouen, et dans le nord du pays. Chacune de ces manifestations aurait rassemblé au moins 10000 personnes. Cinq mille personnes sont également descendues dans les rues de la ville côtière de Marseille. Un autre rassemblement a eu lieu en Seine Saint Denis, dans la banlieue de Paris : 2000 manifestants ont réclamé la libération des personnes arrêtées par les forces de sécurité ces derniers jours.

France24.fr, 5 août : titre « Ces jeunes militants qui se battent pour faire l’information de Syrie ».

« Depuis près de cinq mois, ce sont de jeunes Syriens qui se mobilisent, dans leur pays et à l’étranger, pour pallier l’absence de médias sur le terrain. Ils agissent en réseaux, au péril de leur vie. Avec humilité, courage et détermination.

Amer el-Sadeq n’en finit pas de tousser. Il n’a que 27 ans mais sa voix semble bien plus âgée. Au cours des quatre derniers mois, il a changé de domicile trois fois. Fatigué, il est encore connecté à Internet, tard dans la soirée. Ce jeune syrien est, à Paris, l’un des porte-parole de l’Union des Coordinateurs de la Révolution Syrienne (SRCU).

« Dès que la contestation a commencé, des militants opposés au régime de Bachar al-Assad se sont rassemblés dans différentes régions du pays pour relayer les informations et discuter de différents sujets, explique par Skype [un logiciel qui permet de téléphoner par Internet, ndlr] Amer el-Sadeq, entre deux quintes de toux. Peu à peu, nous avons commencé à nous connaître les uns les autres et nous avons décidé de créer cette organisation, pour mutualiser nos forces. Nous pouvons ainsi coordonner nos actions sur le terrain et être représentés politiquement et médiatiquement. » Aujourd’hui, le SRCU compte 77 représentants de différentes coordinations locales. Le réseau est présent dans presque toutes les villes mobilisées du pays. Chaque jour, de nouveaux groupes se joignent au mouvement.

Depuis le début de la révolution syrienne, mi-mars, Abdulsattar Attar est l’un des animateurs de la page Facebook « The Syrian Revolution 2011 », suivie par plus de 240 000 personnes et considérée comme l’un des principaux moteurs du mouvement de contestation. Chaque jour, des dizaines de messages, photos ou vidéos sont publiés pour rapporter ce qui se passe dans le pays. (…)

12h30, les premières images des manifestations de ce vendredi, le premier depuis le début du ramadan, sont retransmises en direct sur al Jazeera. Dans le salon de Amrou, la télévision trône, encadrée par deux grandes enceintes. Arrivé en France il y a deux ans, celui-ci s’est installé il y a quelques mois dans un appartement de la banlieue parisienne, chez un ami. Il ne quitte des yeux son écran d’ordinateur que pour jeter un coup d’œil à la télé. Membre d’un petit réseau – dont il préfère taire le nom -, il est connecté sur Skype avec une trentaine de personnes : des militants installés principalement à Damas, d’où il est originaire, et des responsables des médias internationaux.

« Notre boulot a beaucoup évolué, raconte-t-il. Au début, nous nous battions pour que l’une de nos vidéos enregistrées ou un témoin passent sur les chaînes de télévision. Maintenant, c’est le direct qui est le plus important : de cette façon, nous maîtrisons l’image de la révolution. D’ailleurs, les chaînes nous demandent des vidéos de bonne qualité, bien filmées… »

Qamishli, Lattaquia, Damas, Homs, Hama… Dans la plupart des villes de Syrie, des groupes de citoyens, qui peuvent rassembler jusqu’à plusieurs dizaines de personnes, se sont mis en place. Là aussi, on se répartit les tâches : mobiliser la population avant les rassemblements en faisant circuler le message concernant l’heure et le lieu du rendez-vous ; préparer slogans et banderoles ; prendre des photos, des vidéos ; les envoyer par Internet… « Si ce sont des membres de notre réseau qui nous envoient des documents, nous les publions. Sinon, nous vérifions les images ou les informations à partir de deux ou trois sources différentes avant de les mettre en ligne », explique l’un des porte-paroles des Comités locaux de coordinations, Hozan Ibrahim.

Modifié : titre : « Ces jeunes militants qui se battent pour faire l’information de France »

« Depuis près de deux mois, ce sont de jeunes Français qui se mobilisent, dans leur pays et à l’étranger, pour pallier l’absence de médias sur le terrain. Ils agissent en réseaux, au péril de leur vie. Avec humilité, courage et détermination.

Jérôme le Tomer n’en finit pas de tousser. Il n’a que 27 ans mais sa voix semble bien plus âgée. Au cours des deux derniers mois, il a changé de domicile trois fois. Fatigué, il est encore connecté à Internet, tard dans la soirée. Ce jeune français est, à Paris, l’un des porte-parole des gilets jaunes.

« Dès que la contestation a commencé, des militants opposés au régime d’Emmanuel Macron se sont rassemblés dans différentes régions du pays pour relayer les informations et discuter de différents sujets, explique par Skype [un logiciel qui permet de téléphoner par Internet, ndlr] Jérôme le Tomer, entre deux quintes de toux. Peu à peu, nous avons commencé à nous connaître les uns les autres et nous avons décidé de créer cette organisation, pour mutualiser nos forces. Nous pouvons ainsi coordonner nos actions sur le terrain et être représentés politiquement et médiatiquement. » Aujourd’hui, le mouvement « Coordination Nationale des Régions » compte 133 représentants de différentes coordinations locales. Le réseau est présent dans presque toutes les villes mobilisées du pays. Chaque jour, de nouveaux groupes se joignent au mouvement.

Depuis le début de la révolution française, mi-novembre, Séverine Queriney est l’une des animatrices de la page Facebook « En avant les gilets jaunes ! », suivie par plus de 240 000 personnes et considérée comme l’un des principaux moteurs du mouvement de contestation. Chaque jour, des dizaines de messages, photos ou vidéos sont publiés pour rapporter ce qui se passe dans le pays. (…)

12h30, les premières images des manifestations de ce samedi, la première à Paris depuis le début du mouvement le 17 novembre, sont retransmises en direct sur la chaîne RT France. Dans le salon de Sébastien, la télévision trône, encadrée par deux grandes enceintes. Arrivé en Italie il y a un mois, celui-ci s’est installé il y a quelques mois dans un appartement de la banlieue turinoise, chez un ami. Il ne quitte des yeux son écran d’ordinateur que pour jeter un coup d’œil à la télé. Membre d’un petit réseau – dont il préfère taire le nom -, il est connecté sur Skype avec une trentaine de personnes : des militants installés principalement à Paris, d’où il est originaire, et des responsables de médias russes, italiens, vénézuéliens, iraniens et des autres pays non alignés.

« Notre boulot a beaucoup évolué, raconte-t-il. Au début, nous nous battions pour que l’une de nos vidéos enregistrées ou un témoin passent sur les chaînes de télévision. Maintenant, c’est le direct qui est le plus important : de cette façon, nous maîtrisons l’image de la révolution. «

Lyon, Marseille, Rouen, Lille, Clermont Ferrand… Dans la plupart des villes de France, des groupes de citoyens, qui peuvent rassembler jusqu’à plusieurs milliers de personnes, se sont mis en place. Là aussi, on se répartit les tâches : mobiliser la population avant les rassemblements en faisant circuler le message concernant l’heure et le lieu du rendez-vous ; préparer slogans et banderoles ; prendre des photos, des vidéos ; les envoyer par Internet… « Si ce sont des membres de notre réseau qui nous envoient des documents, nous les publions. Sinon, nous vérifions les images ou les informations à partir de deux ou trois sources différentes avant de les mettre en ligne », explique l’un des porte-paroles des Comités locaux de coordinations, Gaspard Chagnoleaux.

La quasi perfection de la transposition ne laisse-t-elle pas rêveur ?

Et comme par hasard ceux qui ont menti sur le conflit syrien sont les mêmes qui aujourd’hui mentent sur la nature du conflit français, et ceux qui ont menti de la façon la plus éhontée sont ceux qui aujourd’hui mentent de la façon la plus éhontée.

A tout seigneur tout honneur, même si l’exercice est un peu éculé, prenons l’exemple de Bernard-Henri Levy, et plaçons côte à côte ses récentes « réflexions » sur le mouvement des gilets jaunes avec celles que lui inspiraient les « révolutions » libyenne et syrienne de 2011, dont il a été l’un des thuriféraires les plus actifs et les plus inconditionnels.

BHL sur les Gilets jaunes
BHL est un twitter compulsif. Innombrables sont donc ses tweets « anti » gilets jaunes depuis le début du mouvement le 17 novembre. Certains sont déjà célèbres. En voici pour rappel une poignée.

26 novembre

Cette vague populiste, ce discrédit de la politique et de ceux que l’on appelle les élites est une tragédie. Cela amène des clowns au pouvoir. Il est capital que les institutions, les corps intermédiaires se réveillent. https://lemde.fr/2RfI8AD #Brésil #Europe #USA

6 décembre

Que Macron parle ou pas, que l’on soit d’accord avec lui ou non, qu’on soit pour ses réformes ou contre, n’a, à cet instant, aucune importance. Face à la montée en puissance des fachos, des factieux et des ennemis de la République, une seule option digne:#SoutienAuPresidentMacron

8 décembre

Place Saint-Augustin, à Paris, les casseurs d’ultra-droite, les casseurs d’ultra-gauche et les #GiletsJaunes semblent indissociablement mêlés. Là, risque d’être, hélas, le vrai échec du mouvement.

11 décembre

#GiletsJaunes. L’opinion se lasse. Les chaînes d’info, qui mènent le bal, vont se réinteresser au reste du monde. Le Pen et Mélenchon, qui vivent sur la bête, vont les lâcher en rase campagne. Le plus sage : prendre ce que la lutte a permis de gagner et rentrer fêter Noël.

22 décembre

Image pathétique de ces #GiletsJaunes déambulant, sans but, sans mot d’ordre, quenelle de Dieudonné par ci, Macron démission par là, sorte de bateau ivre qui ne fait honneur ni à Paris ni à la grande et belle histoire des luttes populaires en France

4 janvier

Tous les enfants ont du talent, sauf Minou Drouet, disait Jean Cocteau. Homonymie pour homonymie, toutes les colères sont légitimes sauf celle d’Eric Drouet – le Gilet Jaune factieux et fier à bras qui « fascine » Monsieur Mélenchon. #EricDrouet #giletsjaunes

Plus collabo tu meurs. BHL affiche un soutien total, inconditionnel, au système français actuel et à son président, et manifeste un mépris et une haine sans fond contre les gilets jaunes à qui il dénie toute légitimité.

Le changement de ton est impressionnant quand on relit ses anciennes positions sur les manifestants libyens et syriens et les « régimes » contre lesquels ils se seraient viscéralement dressés (comme lui). C’est, comme on dit… le jour et la nuit.

BHL sur le « Printemps arabe » en Libye
NB : pour rappel, l’intervention de l’OTAN en Libye en 2011 a été une catastrophe pour le pays. La plupart des infrastructures vitales ont été détruites et des dizaines de milliers de civils ont péri lors des bombardements. L’État libyen est considéré comme failli et le pays est éclaté en trois zones de pouvoir. Les populations noires y sont réduites en esclavage. Le pays est devenu un des viviers du terrorisme international et une porte d’entrée grande ouverte vers l’Europe pour les flux de migrants que pouvait réguler Mouammar Kadhafi, par ailleurs lynché pour finir dans des circonstances infâmantes.

Ce qu’il pense de ceux qui contestent le bien-fondé d’une intervention militaire en Libye ?

« Cette tentation souverainiste, cette idée que la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes signifie la liberté des dictateurs à disposer de leurs peuples, cette notion d’une responsabilité pour autrui qui s’arrêterait aux limites de notre pré carré national, cette façon de se laver les mains du sort du monde au motif que nos lointains ne sont pas nos prochains, tout cela me répugne. »

Le danger d’une récupération du mouvements par les Islamistes ? « Une chose importante déjà : ce sont des musulmans laïques. La Libye qu’ils projettent sera une Libye où la religion sera affaire de conscience. Le gouvernement qui remplacera la dictature actuelle sera issu d’élections libres. Et probablement transparentes. Deux émissaires du CNT étaient, hier soir encore, à Paris. Ils ont réaffirmé cela de la manière la plus nette. La démocratie parfaite n’existe pas, nous le savons bien. Mais ce « chemin vers la démocratie », il méritait pour le moins d’être encouragé et appuyé. » Sept ans après la « libération » du pays, cette projection est si éloignée de la situation actuelle qu’il est impossible de ne pas la considérer comme un fieffé mensonge.

Au moins est-il clair sur les responsabilités du déclenchement de la dite intervention : « D’ailleurs, à plusieurs reprises dans le livre, c’est ce que dit le président : « Oh la France, vous savez… Il n’y a pas tant de gens, en France, pour soutenir cette guerre… » Si l’on veut être honnête, je crois qu’il faut dire ceci. Cette guerre a été possible à cause de la détermination d’un président, du soutien de celle qui était à l’époque la patronne de la gauche, Martine Aubry, et puis aussi de la presse qui, dans son ensemble, a tout de suite compris les enjeux historiques considérables qui se trouvaient mobilisés là. On en sait quelque chose, ici, à L’Express, qui a été, aussitôt, par cette urgence humanitaire, morale, et historique. Un président donc. Une cheffe de l’opposition, souvent arcboutée contre une grande partie du PS. La presse et les reporters de guerre. Quelques intellectuels. Voilà la coalition, apparemment hétéroclite, mais en réalité solide comme le roc, qui a rendu cette guerre et cette victoire possible. » Le groupe très restreint évoqué ici est précisément le même qui diabolise et réclame la répression des gilets jaunes en France.

Lui oppose-t-on que Kadhafi demeure soutenu par une grande partie du peuple libyen ? : « Une grande partie de son peuple, vous êtes sûr? J’ai, moi, dans l’œil, et dans les oreilles, les images des manifestations anti-Kadhafi de février dernier. A Tripoli, a Benghazi, dans toute la Libye, c’est tout le peuple libyen qui était dans la rue. »

Et voici le titre avec lequel il s’est senti poussé à renverser le « régime libyen » : « C’est en tant que juif que j’ai participé à cette aventure politique, que j’ai contribué à définir des fronts militants, que j’ai contribué à élaborer pour mon pays et pour un autre pays une stratégie et des tactiques ». « Je ne l’aurais pas fait si je n’avais pas été juif » ».

BHL sur le conflit syrien
NB : comme la Libye, la Syrie a très tôt dû faire face à des agressions de groupes armés financés par l’étranger (les fameux « amis de la Syrie »), mais les médias alors ne parlaient que de manifestants pacifiques sauvagement réprimés. Sept ans après le début du conflit, plus personne ne peut plus nier ce fait, à part des gens comme BHL. La vision manichéenne initiale des médias non seulement n’est plus tenable, mais nous sommes parvenus au point où l’on peut tout simplement l’inverser.

Suite au meeting « SOS Syrie » du 4 juillet 2011, dont il était l’un des organisateurs, BHL écrit sur son site la Règle du jeu : « Depuis le mois de mars 2011, le peuple syrien a rejoint le Printemps arabe. Bravant avec un courage éblouissant la sauvagerie de l’appareil répressif aux ordres du clan Assad, des centaines et des centaines de milliers d’hommes et de femmes sont descendus dans les rues pour exiger la fin de la dictature et la liberté.
Nous ne sommes pas parmi les spectateurs attentistes et frileux de la révolution syrienne. Nous ne sommes pas non plus les soutiens aveugles et angéliques d’un mouvement dont l’issue est, évidemment, incertaine. Nous savons que l’Histoire n’est jamais écrite d’avance. Et il est clair que le destin de la révolution syrienne en marche dépendra aussi de l’aide que le monde démocratique saura, ou non, lui fournir. » Encore un passage qui (re)fonctionne normalement si l’on remplace les éléments syriens par des éléments français.

BHL est bien sûr disposé à s’ingérer dans le conflit syrien : « Nous disons à nos amis syriens : parce que la démocratie est un bien universel, parce qu’elle est un droit absolu pour toute l’humanité, nous faisons le serment de vous accompagner jusqu’à ce quelle triomphe dans votre grand pays. »

Un mois plus tard, 14 août, il récidive : « Faut-il intervenir ? Et la « responsabilité de protéger », qui est la version onusienne de l’antique théorie de la guerre juste, s’applique-t-elle à la situation ? La réponse est oui. Inconditionnellement oui. Ou, plus exactement, elle ne peut être que oui pour ceux qui estimèrent, l’année dernière, qu’elle s’appliquait au cas libyen. La cause est juste. L’intention est droite. Ce sont les Syriens eux-mêmes qui – paramètre essentiel – appellent à l’aide. Les recours politiques et diplomatiques, les tentatives de médiation, ont tous été épuisés. Et les dommages causés par une opération de sauvetage des civils seront, quoi qu’il arrive, moindres que ceux des canons à longue portée urbicidant les villes insurgées. »

Plus loin il écrit : « Assad est un tigre de papier. Il est fort de notre faiblesse. Que les amis du peuple syrien montrent leur résolution, qu’ils donnent des signes tangibles de leur capacité à frapper et il préférera – on peut le parier – l’exil au suicide. » Une telle phrase ne pourrait-elle s’appliquer au président Macron, ou mieux à BHL lui-même ?

Et sept ans après, le niveau de haine et de pulsion meurtrière n’a pas baissé, bien au contraire : « L’assassin en série Bachar el-Assad plus puissant que jamais, interlocuteur et partenaire obligé des grandes et respectables nations, retour à la case presque départ – encore un peu et on le verra réinvité à parader, bestial et enfantin, son visage cireux à peine marqué par l’épreuve de la cruauté, sur tels ou tels Champs-Élysées. » Bestial et enfantin, son visage cireux… là tu en fais peut-être un peu trop Bernard.

Bilan : grosso modo, pour BHL, c’est un devoir d’intervenir dans tous les pays du monde pour y installer par la force la « démocratie » et les « droits de l’homme », au nom du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », mais quand un vaste mouvement populaire et spontané revendique massivement en France, et pendant des semaines, plus de démocratie, c’est une bande de sous-hommes stupides et haineux qu’il faut dénoncer et réprimer comme tels, au nom des mêmes valeurs.

Un rapport d’Amnesty international dénonçant les violences policières contre les gilets jaunes
Il fut de règle, ces sept dernières années, que les medias se jettent avec avidité sur les rapports d’ONG comme Human Rights Watch ou Amnesty International dénonçant les « abus » du pouvoir syrien. Les extraits les plus accablants étaient soigneusement sélectionnés pour être mis en exergue, ceux qui au contraire tendaient à les minimiser ou renvoyaient dos-à-dos pouvoir syrien et « rebelles » étaient passés sous silence. Même des rapports plutôt équilibrés étaient déformés de façon à en faire des dossiers à charge, pour fournir du carburant à l’inlassable propagande appelant à un changement de régime en Syrie, quitte à passer, au besoin, par une guerre d’ingérence de la « communauté internationale ». D’un autre côté, tous les dossiers et documents qui étaient susceptibles, à bon droit, d’améliorer l’image du pouvoir syrien aux yeux des opinions publiques occidentales étaient impitoyablement censurés et ceux qui les brandissaient publiquement traînés dans la boue.

Il est donc savoureux en ce début d’année 2019, placé sous le signe des Gilets jaunes, de lire les premiers rapports d’ONG pointant la brutalité de la répression policière contre ces derniers, et d’observer comment les médias y font écho.

Lundi 17 décembre, l’ONG Amnesty International a publié les résultats d’une enquête pointant (titre) « l’usage excessif de la force lors des manifestations des gilets jaunes » ; « Les forces de l’ordre ont utilisé des flashball, des grenades de désencerclement et des gaz lacrymogènes contre des manifestants majoritairement pacifiques. Nous avons pu recenser de nombreux cas de recours excessifs à la force par des policiers… » entame sur le même ton le chapeau. Parmi divers extraits marquants on relèvera ceux-ci :

« si les autorités ont, de manière tout à fait légitime, condamné à maintes reprises les actes de violence commis par des manifestants, elles n’ont pas exprimé d’inquiétudes concernant le recours excessif à la force par des policiers, qui doit faire l’objet d’une enquête indépendante, impartiale et efficace. »

« Des récits de victimes et de témoins, ainsi que des vidéos que nous avons examinées montrent que la police a fait un usage inapproprié des flashball, en tirant sur la foule. Elle a aussi lancé des grenades de désencerclement, qui ne devraient jamais être utilisées dans des opérations de maintien de l’ordre. »

« Outre des manifestants, de nombreux journalistes ont été blessés, et certains ont affirmé avoir été délibérément visés. Une vidéo montre un journaliste portant un casque de presse touché dans le dos par une grenade de désencerclement alors qu’il s’éloignait du cordon de policiers. »

« Le 8 décembre, près de 400 personnes qui se rendaient aux manifestations ont été arrêtées à Paris après avoir été fouillées à des barrages de police. Ces « arrestations préventives » ont été rendues possible par l’autorisation accordée aux policiers, sur réquisitions du procureur de la République, de mener des opérations de fouilles dans certaines zones. »(…) « Beaucoup ont été libérées dès le lendemain faute de preuves suffisantes. Selon les chiffres publiés par le ministère de l’Intérieur, au total 1 082 personnes ont été arrêtées à Paris le 8 décembre, dont 100 mineurs. »

« Le 6 décembre, des affrontements ont éclaté entre la police et des élèves du lycée Saint-Exupéry de Mantes-la-Jolie, en banlieue parisienne. Au total, 163 élèves, dont les plus jeunes n’avaient que 13 ans, ont été arrêtés. Une vidéo montrant des dizaines de lycéens contraints de s’agenouiller, les mains derrière la tête ou menottées dans le dos, est devenue virale.

Selon Mourad Battikh, avocat de plusieurs de ces jeunes, certains ont été maintenus jusqu’à quatre heures dans cette position. Le maintien des élèves dans une telle position pendant si longtemps, s’il est confirmé, s’apparente à un traitement cruel, inhumain ou dégradant, interdit en toutes circonstances par le droit international.

« Une avocate de lycéens concernés a dit que certains n’avaient pas eu à manger ni été examinés par un médecin avant d’être interrogés. Leurs interrogatoires par la police n’ont pas été enregistrés, alors que la loi française impose un enregistrement audiovisuel. En outre, des avocats n’ont pas été autorisés à assister aux interrogatoires. »

Nous pouvons être certains que si un tel rapport était paru en 2011 concernant l’attitude des forces de police syrienne à l’égard des manifestants « pacifiques », il aurait été non seulement massivement relayé par les grands médias avec la rhétorique anti Assad traditionnelle, mais ses aspects les plus choquants auraient été amplifiés à plaisir pour diaboliser le « régime » aux yeux de l’opinion publique.

Or qu’en a-t-il été cette fois-ci ? Je renvoie pour plus de détails à un article d’Acrimed publié par Frédéric Lemaire le 28 décembre dernier, qui détaille la couverture médiatique de ce rapport, et plus généralement celle des violences policières depuis le début du mouvement le 17 novembre. Après avoir pointé son caractère « famélique », il conclut : « Tout se passe comme si l’ampleur croissante des violences policières était inversement proportionnelle à l’intérêt qu’elles suscitent dans les grands médias ; alors même que les violences des manifestants y sont scrutées, commentées, dénoncées à longueur de journées. »

Après l’acte 8 qui a eu lieu samedi 4 janvier, réunissant de nouveau des dizaines de milliers de manifestants dans toutes les villes de France, les Gilets jaunes ont publié sur les réseaux sociaux des photos impressionnantes montrant les violences policières à leur encontre, quand les medias au contraire ont pointé la loupe sur des débordements de gilets jaunes – le fameux boxeur – en passant ces violences policières sous silence. Loin de tenir compte du rapport d’Amnesty international, le gouvernement français semble entrer en mode « Bachar el-Assad », je veux dire le Bachar el-Assad complètement fantasmagorique tel qu’il est présenté dans les medias depuis 7 ans, le « dictateur-qui-oppresse-son-propre-peuple », ou plus sobrement le « président-gouvernant-contre-son-peuple » pour reprendre l’expression que s’est permise d’employer le vice-premier ministre du gouvernement italien, Matteo Salvini, en apportant son soutien aux gilets jaunes.

Lundi 7 janvier, lors de ses vœux aux forces de l’ordre, le ministre de l’intérieur Richard Castaner a averti : « A l’utra-violence, nous opposerons l’ultra-fermeté. » Et il a ajouté qu’il fallait « repenser notre doctrine de maintien de l’ordre, la moderniser, la renforcer » pour « plus de souplesse, de flexibilité ». Le premier ministre Edouard Philippe a lui aussi promis une fermeté accrue envers les manifestants, en sanctionnant notamment plus sévèrement les « manifestations non déclarées ». Plus les dirigeants français réfléchiront et s’exprimeront de la sorte, insensibles à la soif de justice et de démocratie exprimée par les gilets jaunes plus il se mettront à ressembler en vrai à la caricature du « régime syrien » imposée à l’opinion publique depuis sept ans. Quelle ironie de l’histoire !

François Belliot

Notes

i Ci-dessous une liste d’articles anticonspirationnistes sur la guerre en Syrie. La plupart de leurs auteurs sont des militants anti-Assad très actifs depuis le début des troubles en mars 2011 : « Troubles en Syrie, un complot pour l’apéro ? », Rudy Reichstadt, Conspiracy Watch, 28/04/2011 ; « Oui, la répression est bien réelle en Syrie, n’en déplaise à Meyssan et Cie », Rudy Reichstadt, Conspiracy Watch, 18/12/2011 ; « Sur la Syrie, la propagande à longueur de commentaires », Mickael Szadkovski, Lemonde.fr, 24/02/2012 ; « Le petit monde composite des soutiens au régime syrien », Christophe Ayad, Le Monde, 06/06/2012 ; « Non,les chrétiens ne sont pas persécutés en Syrie ! », Christian Cannuyer, Lavie.fr, 27/06/2012 ; « Syrie, la légion française d’Assad », Vincent Hugueux et Hala Kodmani, Lexpress.fr, 13/09/2012 ; « Syrie,le père Paolo contre la théorie du complot », Rudy Reichstadt, Conspiracy Watch, 30/09/2012 ; « La révolution syrienne et ses détracteurs », Faroukh Mardam Bey, XX/10/2012, L’Orient le Jour ; « La Syrie, terre de mission de conspirationnistes », Catherine Gouësset, Lexpress.fr, 06/09/2013 ; « Attaque à l’arme chimique, la théorie du complot qui fait pschitt », Jean-Laurent Cassely, Le Monde, 30 août 2013.

Pour ne citer qu’un exemple : le massacre de 120 policiers début juin 2011 dans la ville de Jisr-es-Choughour, dans le cadre d’une embuscade.

source : francoisbelliot.fr

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